« La crise économique est loin d’être derrière nous », a lancé hier le gouverneur de la Banque de Maurice Manou Bheenick lors de la cérémonie de signature du premier décaissement au titre de la ligne de crédit spéciale en devises étrangères sous la forme d’un Memorandum of Understanding avec le président de la MPCB, Diwakar Bundhun.
Ce premier décaissement tournant autour de 350 000 euros a été alloué à M. Nundall, propriétaire de l’hôtel Le Grand Bleu, par le biais de la MPCB. Manou Bheenick a rappelé que les conditions de déboursement de la ligne de crédit ont été rendues plus flexibles suite à une session de travail avec la Mauritius Bankers Association la semaine dernière.
À la suite de cette rencontre, la Banque de Maurice avait annoncé un assouplissement des conditions de déboursement de la ligne de crédit spéciale en devises étrangères à l’intention des banques commerciales.
« Taking into consideration proposals made by banks, the Bank improved its offer by reducing the margin at which banks can borrow from the Bank of Mauritius for on-lending under the facility », avait souligné un communiqué publié à cette occasion.
Aux termes des nouvelles conditions, les banques sont en mesure d’effectuer des retraits de fonds à partir de la ligne de crédit à un taux de 1 % supérieur au LIBOR (taux interbancaire appliqué sur les prêts en devises sur le marché bancaire international) pour les prêts devant atteindre leur maturité dans une année au plus. Un taux de 3/4 % supérieur au LIBOR est appliqué pour les prêts de moins d’une année. Les banques commerciales sont en mesure d’effectuer des prêts à leurs clients dans le besoin à un taux maximal de 2 %.
« Banks can on-lend to clients at a maximum of 200 basis points (2 %) » au-dessus du coût obtenu de la Banque de Maurice.
Le gouverneur Manou Bheenick a souligné hier le peu d’empressement des banques commerciales à profiter des facilités offertes. « Lorsqu’on a lancé le projet le 9 juin dernier nous pensions qu’il y aurait queue devant la Banque de Maurice le lundi suivant. Cela n’a pas été le cas. Certains ont préféré nous critiquer et ont exprimé la crainte que nous avions des motifs inavoués ou que nous essayions de détourner l’attention des questions essentielles. Ils estimaient que la vraie priorité était la dépréciation de la roupie. Or le mandat de la BoM consiste à protéger les intérêts de toute la nation. La dépréciation est une mesure injuste et va à l’encontre de la promotion du bien-être social de la population. Elle aurait bénéficié à un petit groupe mais aurait infligé un coût considérable à l’économie », explique le gouverneur de la Banque centrale.
Le lancement de la ligne de crédit spéciale en devises étrangères, associé à la décision de reconstituer les réserves en devises étrangères pour les porter à l’équivalent de six mois d’importation, a permis d’apporter un certain équilibre sur le marché financier, estime Manou Bheenick. Ce dernier a aussi insisté sur la nécessité d’approfondir le marché des capitaux et a annoncé l’intention de la Banque centrale de lancer des projets dans ce sens. Il s’est dit satisfait que la ligne de crédit spécial permettra d’éviter toute dépréciation de la roupie tout en évitant que des entreprises aillent à la faillite en raison du “misalignment” au niveau du taux de change.
Manou Bheenick a, par ailleurs, estimé que la prudence reste de mise car la crise de l’euro est loin d’être dernière nous. « De gros nuages noirs continuent à nous menacer et les informations en provenance de l’Europe ne sont pas bonnes », dit-il.