« Pour les 14-17 ans, au moindre pépin, c’est la fin du monde ! Ils n’arrivent pas à prendre un certain recul devant les événements qui les touchent pour se dire “ça va passer”. Ils craquent à la moindre étincelle… » Mala Bonomaully, présidente de l’ONG Befrienders, se dit « très triste de constater que, de plus en plus, nos jeunes se fragilisent. Leur “coping capacity” avec les problèmes courants de la vie s’affaiblit. »
« Quand un enfant de 11 ans se donne la mort, ce n’est pas une anecdote. C’est que cet enfant a déjà compris ce qu’est la mort. Il a vu et fait l’expérience, dès ce jeune âge, de ce que représente la mort. » Mala Bonomaully, présidente de l’ONG Befrienders, continue : « Si un plus grand nombre de jeunes se laisse attirer par l’idée de la mort, cela révèle aussi qu’ils n’ont pas beaucoup de vécu. »
Elle élabore : « Nos jeunes grandissent dans des univers assez cossus et protégés. Au moindre problème, le moindre petit bobo au coeur, par exemple, c’est la fin du monde ! Peu d’entre eux ont l’étoffe et la capacité de se dire “ce ne sont que des up and down de la vie. Ça va passer, je vais m’en sortir”. » La présidente de Befrienders constate que « les “coping capacities” de nos jeunes vont en s’affaiblissant. Ils ne se retrouvent pas dans des situations qui les amènent à se forger leur caractère dès un jeune âge. »
L’élément émotionnel est aussi « très présent et prépondérant dans le comportement de nos jeunes », estime Mme Bonomaully. « Pour les 14-15 ans, un flirt est plus un “big love”, le grand amour. Quand il y a rupture, c’est la fin du monde ! Et c’est cela qui entraîne la perte de confiance en soi, mais aussi à l’égard des autres. Du fait qu’ils sont déjà fragiles, ils n’arrivent pas à gérer la situation et penchent vers la mort… »
Depuis le début de cette année, avec les différents cas de collégiens et d’autres jeunes qui se sont donné la mort, Befrienders a « été fréquemment sollicitée et nous sommes toujours en présence de demandes de la part des institutions scolaires. On nous demande de venir animer des interventions, expliquer comment identifier les “warning signs”, que faire dans ces cas précis, comment approcher ces victimes potentielles, entre autres. » Mme Bonomaully explique que « nous profitons de notre présence dans les collèges pour interpeller les jeunes, leur dire que quand ils voient l’un de leurs amis changer de comportement, donner des signes de dépression, d’aller vers ces amis. De leur tendre la main, leur offrir une écoute. Et surtout, de ne pas juger. C’est très important, car si la personne en détresse se sent jugée, cela peut la pousser à commettre l’irréparable ! Il suffit de si peu… »
Néanmoins, reconnaît notre interlocutrice, « parfois, on a aussi affaire à des “kamarad kamaron”. C’est bien dommage… » Befrienders insiste sur le “peer to peer networking”. « Les jeunes sont les éléments les plus indiqués pour déceler quand cela ne va pas chez l’un d’entre eux, explique Mme Bonomaully. Ils fréquentent les mêmes clubs, prennent des leçons ensemble, se retrouvent autour d’activités communes… Donc, ils peuvent identifier les victimes potentielles et éviter une tragédie. »