PHOTO ILLUSTRATION

Malenn Oodiah, sociologue, Jonathan Arsène, travailleur social, et Michel Vieillesse, membre de la National Preventive Mechanism Division (Human Rights) et consultant de l’ONG Kinouété, nous livrent leur bilan de l’année 2018 dans la sphère sociale. Selon eux, notre société se développe certes, mais il reste du chemin à parcourir…

Malenn Oodiah :

Divorce entre l’élite et le reste de la population

“En ce 50e anniversaire de l’indépendance, 2018 aurait pu être une année tournant pour prendre conscience de nos réussites et de nos faiblesses afin de dégager un projet pour assurer un meilleur avenir. Notre République connaît une profonde crise sociétale et n’arrive pas encore à trouver une voie de sortie pour véritablement faire face aux grands défis actuels et à venir. Malheureusement, nos élites politiques, économiques et intellectuelles n’ont pas été à la hauteur. Tout le monde préfère rester dans sa zone de confort et c’est du business as usual, même s’il y a de timides tentatives. Il y a un divorce entre les élites et le reste de la population. On s’accroche au vieux monde en brandissant les démons historiques. Ce qu’illustre, entre autres, le récent débat sur la réforme électorale.

Cette année, je retiens pour ma part la gangrène de la drogue qui persiste, plus particulièrement la drogue synthétique, malgré les recommandations du rapport Lam Shang Leen. Les autorités n’arrivent pas à faire preuve de bon sens, animées qu’elles sont par un conservatisme criminel sur la question du cannabis. Je retiens aussi un réveil de la société civile et des jeunes avec, entre autres, le mouvement Komite 13 Oktob, qui va se transformer en mouvement politique.”

Jonathan Arsène :

Il y a encore du chemin à faire

“En 50 ans d’indépendance, le mauricianisme est devenu ancré en nous. Je suis convaincu qu’avec la nouvelle génération, les pensées ne seront plus les mêmes. C’est une richesse que d’avoir ce métissage. La religion a toujours sa place dans la société, mais les jeunes sont penchés vers la modernité. Bientôt, nous pourrons utiliser cette expression : métro, boulot, dodo.

Maurice a connu quelques changements en 2018, mais il reste encore du chemin à faire. Les Mauriciens au bas de l’échelle ont senti une amélioration de la qualité de vie grâce au salaire minimum. L’augmentation de la pension de vieillesse est aussi une satisfaction pour les plus âgés. Toutefois, depuis l’application du Plan Marshall pour lutter contre la pauvreté, certaines familles ont toujours du mal à joindre les deux bouts.

Pour finir, certains changements ont eu un réel impact sur notre société. Par exemple, l’ouverture de l’autopont Decaen à Port-Louis a vraiment soulagé les automobilistes. Il y a des développements qui se font un peu partout dans l’île.”

Michel Vieillesse :

Plus de jeunes en prison

“Cette année, nous avons observé un rajeunissement de la population carcérale. En 2015, la tranche d’âge était de 26 à 35 ans. Depuis 2017, elle est de 21 à 30 ans. L’impact sera terrible pour Maurice. Toutefois, depuis cette année, les mineurs ont droit à l’éducation en prison. Ce n’est pas encore parfait, mais on peut toujours l’améliorer.

Les jeunes de la RYC ont pu s’inscrire à une formation hôtelière. Ils ont même été employés par un groupe hôtelier. C’est une première. On a également pu mettre en place une formation en électricité à la RYC et au CYC, grâce au soutien de la MITD et du collège St Gabriel. Cela a été une réussite. Les jeunes ont pu apprendre un métier et ont appris à être disciplinés.”