Le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, procédera, mardi matin, à l’ouverture de la première conférence ministérielle de l’Indian Ocean Rim Association (IORC) sur le thème de l’Économie bleue. Cette conférence, programmée sur deux jours, réunira quelque 300 participants (décideurs politiques, experts et techniciens) des pays membres de l’association à l’hôtel Le Méridien, à Pointe-aux-Piments. Ceux-ci se sont donnés pour tâche principale de dégager une feuille de route pour l’exploitation maximale des potentiels de la mer susceptibles, dans la foulée, de générer de nombreux emplois.
Il convient de rappeler, d’emblée, que rien qu’en ce qui concerne seulement la République de Maurice, l’Economic Mission Statement présenté il y a une semaine par le chef du gouvernement prévoit des investissements de l’ordre d’un milliard de roupies dans le secteur de l’économie océanique avec pour objectif d’y créer, à terme, 25,000 emplois.
Il faut aussi souligner que le choix de Maurice pour abriter la conférence avait été décidé en octobre de l’année dernière dans le sillage de la réunion du Conseil des ministres de l’IORA qui avait eu lieu à Perth, en Australie. Ce Conseil avait convenu de mettre l’accent prioritairement sur l’Économie bleue afin d’engranger des revenus et de booster l’emploi dans les pays riverains de l’océan Indien. Les secteurs porteurs clairement identifiés alors avaient été la pêche et l’aquaculture, la modernisation des ports et du transport maritime, les énergies océaniques renouvelables (dont l’éolien en hors-côtes et l’énergie marée-motrice), la biotechnologie marine, l’exploitation des fonds et du sol marin et de leurs minéraux, le tourisme en mer et les proccupations et les attentes des petits états insulaires. Parmi, les Maldives, archipel dangereusement menacé par la montée des océans.
Pour nombre d’observateurs, le choix de Maurice pour la conférence offre à notre pays quelques très belles cartes à jouer. À condition, bien sûr, que ses porte-parole en saisissent l’occasion, se fassent entendre et bien comprendre.
Sur le plan politique, d’abord. Si la conférence est bien orientée et que les participants y mettent une réelle volonté de réussir, ils pourraient permettre à l’IORA de véritablement décoller et assumer sa mission qui a toujours été celle d’aider au développement économique dans notre partie du monde. Or, comparativement aux blocs régionaux déjà bien installés à l’instar de l’Union européenne, de l’Alena (USA, Canada et Mexique) et de l’ASEAN (Asie-Pacifique), l’Indian Ocean Rim Association – et, à un moindre degré, la Commission de l’Ocean Indien (COI) – a pris un retard considérable à se mettre en place et à produire des résultats probants. Ce retard doit tenir en compte que l’idée même de  regrouper et d’organiser les pays de la région en un bloc économique et culturel efficace remonte, en réalité, à plus de… 65 ans! C’est en 1950 que la toute première tentative d’instituer un Pan Indian Ocean Commission fut débattue à Nairobi, au Kenya. Encore que ce ne fut pas le fait de politiques, mais plutôt celui de deux géographes, l’Australien Kirk et l’Indien Mukerjee. Ensuite, il faut, sans doute, reconnaître que la mise en place de l’Indian Ocean Rim Association avait bénéficié de l’appui du gouvernement mauricien en fonction entre 1991-95. Rama Sithanen, parmi d’autres, s’y était pleinement engagé en tant que ministre des Finances. Malgré tout, le progrès a été extrêmement lent, pour ne pas dire quasi nul par manque de volonté et d’intérêt commun. Ainsi, si la conférence de Pointe-aux-Piments devait atteindre son but et que des décisions vraiment valables en sortaient, la République de Maurice pourrait alors légitimement se flatter d’avoir redonné vie à une organisation qui aura longtemps végété.
Un navire-usine aux Chagos pour la pêche
Les autres belles cartes que la République de Maurice pourrait jouer promettent d’être encore plus intéressantes car elles nous profiteraient directement:
– Au-delà des projets à court terme et aux bénéfices, sans doute, immédiats, on estime que Port-Louis pourrait profiter de la présence des décideurs politiques du pourtour de l’océan Indien pour les conscientiser sur le litige merdique qui oppose notre pays à la Grande-Bretagne sur l’archipel Chagos depuis 1965 (bientôt 50 ans que ça perdure!) À l’initiative de l’ancien régime travailliste de Navin Ramgoolam, le Tribunal d’arbitrage de la Mer des Nations Unies (UNCLOS) a, en janvier dernier, confirmé les « droits inaliénables » de Maurice sur la pêche et les minéraux autour des îles de l’archipel. Et dans son document intitulé British Indian Ocean Territory (BIOT) Policy Review of Resettlement Consultation with Interested Parties, circulé le 4 août auprès des organisations chagossiennes, le Foreign and Commonwealth Office reconnaît que (nous citons textuellement en Anglais ) « the UK Government has a long standing commitment to cede the Territory (ndlr: autrement dit, les Chagos) to Mauritius when no longer required for defence purposes. »
D’aucuns pensent qu’il serait très pertinent que le gouvernement mauricien, de préférence son Premier ministre en personne, suggère aux représentants des pays de l’Indian Ocean Rim Association qu’ils appuient un projet de Port-Louis d’implanter un navire-usine de transformation du poisson et des crustacés dans les eaux des îles outremers des Chagos (les bandes d’îles de Peros Banhos et des Salomons laissées à l’abandon par les britanniques de manière égoïste) pour en exploiter les ressources halieutiques énormes! Autour de ce navire-usine, toute une flottille de pêche mauricienne – au demeurant, en partenariat avec des pays-membres – pourrait ainsi se déployer créant des centaines d’emplois pour les Chagossiens et les Mauriciens, interdits d’accès aux îles pour le moment, sans que ceux-ci aient obligatoirement besoin d’y mettre les pieds !
Permettre la prospection de pétrole et de gaz
– Parallèlement au développement d’une industrie de la pêche autour des îles chagossiennes, Maurice pourrait également solliciter un coup de main des pays de l’IORA afin qu’une pression soit exercée sur la Grande Bretagne et son complice, les USA, pour que Maurice puisse disposer tout aussi librement de son droit de choisir une compagnie pour prospecter le pétrole et le gaz dans les eaux de l’archipel. Il faut, effectivement, savoir que depuis le début des années 70,  lorsqu’il en a pris le contrôle en vertu d’un traité avec Londres, ce sont les Etats-Unis, sous-locataire de l’archipel et que nous considérons pourtant comme un pays ami, a apposé son véto afin d’empêcher la compagnie Shell d’entreprendre des fouilles là-bas…      
Pêche industrielle à grande échelle et prospection de pétrole et gaz (avec la possibilité, sait-on jamais, qu’on en découvre affectivement) dans les Chagos ne sont que deux pistes que l’IORA pourrait suivre dans son ardent désir, apparemmenr authentique, d’aider un de ses pays-membres (ici, Maurice) à profiter pleinement des ressources du Grand bleu. Il existe certainement encore d’autres perspectives. Mais voyons voir d’abord si la conférence ministérielle de Pointe-aux-Piments se montera sensible à ces deux pistes sérieuses.