Le comité de politique monétaire de la Banque de Maurice estime que la position adoptée actuellement en matière de politique monétaire est plus ou moins appropriée compte tenu de la grande incertitude entourant l’économie globale et l’impact attendu des récentes mesures prises par la banque centrale sur l’inflation. « Les niveaux relativement similaires du taux d’intérêt directeur (4,9 %) et le taux d’inflation prévu pour cette année n’offrent pas réellement de marge de manoeuvre pour assouplir davantage la politique monétaire », soutient le comité de politique monétaire dans le procès-verbal de sa dernière réunion tenue le 11 juin dernier.
Cette réunion, qui s’est soldée par un vote unanime des neuf membres du Monetary Policy Committee (MPC) pour le maintien du taux directeur à 4,9 % — un membre du comité s’était, au départ, prononcé en faveur d’une baisse du taux directeur mais s’est ravisé par la suite pour laisser l’impact des récentes mesures annoncées par la Banque de Maurice (BoM) filtrer dans l’économie —, a permis au comité de passer en revue la situation économique globale et d’évaluer, entre autres, les retombées de la crise dans la zone euro sur l’économie locale. « Assuming that the risks in the euro zone are contained, growth in 2012 was expected to remain more or less unchanged from the forecast made in March 2012, at 3,8 % », peut-on lire dans le procès-verbal. « However, there were clear downside risks to this scenario », ajoute le MPC, indiquant que si la croissance dans la zone euro demeurait négative, il faudrait corriger à la baisse de 0,5-0,6 point de pourcentage l’estimation du taux de croissance économique à Maurice.
Pour ce qui est de l’inflation en progression annuelle, le taux devrait rester juste en dessous de 5 % alors que la headline inflation (moyenne sur douze mois comparée à celle de l’année précédente) s’élèverait à 4,5 % en 2012. « The main upside risks to inflation were seen to emanate from a possible resurgence in global oil prices and the potential impact of the recently announced measures », estime le MPC. Les récentes mesures décidées par la BoM concernent la reconstitution de ses réserves en devises, une opération qui aura aussi pour effet de corriger le mauvais alignement de la roupie par rapport aux fondamentaux économiques du pays. En d’autres mots, une dépréciation de la monnaie locale est à l’ordre du jour. De plus, la BoM a mis à la disposition des exportateurs une ligne spéciale de crédits en devises en vue de minimiser les risques de change et en tenant compte de l’impact de ces risques sur la stabilité du secteur bancaire et celle du secteur des services financiers en général.
Le MPC a noté que les risques à la croissance globale se sont intensifiés depuis sa dernière réunion tenue en mars 2012 alors que l’incertitude entourant la crise de la dette dans la zone euro ne semble pas s’estomper. Les pressions inflationnistes se sont atténuées mais on craint toujours que les problèmes géopolitiques ne poussent à la hausse les prix des matières premières. Le MPC est arrivé à la conclusion que les risques à l’économie globale « has clearly shifted the balance of risks in the domestic economy to the growth outlook ». Cependant, le comité prévient que les mesures exceptionnelles annoncées par la BoM méritent une attention particulière, considérant leur impact possible sur l’inflation locale. Les membres du comité sont d’avis qu’il est primordial d’anticiper les risques de l’inflation et de minimiser autant que possible les effets de second tour. « Considering the high uncertainty surrounding the global economic landscape and the potential pass-through of the recent measures initiated by the Bank to inflation, the Committee concurred that the monetary policy stance was broadly appropriate », souligne le procès-verbal de la réunion du 11 juin.
Les membres du MPC ont argué que les mesures non conventionnelles prises par la banque centrale « had to be given time to work their way through the real economy » et qu’il était important de ne pas envoyer des signaux confus quant à la direction de la politique monétaire. De plus, le MPC a jugé qu’il est impératif de corriger les déséquilibres structurels dans l’économie du pays et de régler les questions de compétitivité à long terme.
Le procès-verbal fait ressortir que les changements structurels nécessaires pour améliorer la compétitivité de l’économie mauricienne ne résident pas dans la politique monétaire. Le déséquilibre de la croissance entre l’épargne et l’investissement, qui fait grimper le déficit de la balance des comptes courants, les gains de productivité insuffisants par rapport à la rémunération des salariés nécessitent, selon le MPC, des réformes budgétaires en vue de promouvoir l’épargne nationale et l’amélioration de la productivité.
Le MPC a fixé sa prochaine réunion au 24 septembre mais peut se rencontrer avant si la situation l’exige.