A Jour J – 18 de la présentation du Budget 2017/18, le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, entame à partir de demain la dernière ligne droite dans le Run-Up budgétaire. Le calendrier des consultations consacrées à des arbitrages au niveau des différents ministères a déjà été établi et cet exercice devra être complété au plus tard le mardi 30 mai, laissant les neuf derniers jours libres au grand argentier et à son équipe de collaborateurs des Finances de se concentrer sur le Fiscal Mix devant constituer le Budget Matrix au chapitre des revenus. En marge du discours du budget, qui sera présenté à l’Assemblée nationale à partir de 17h le jeudi 8 juin et probablement le coup d’envoi des débats budgétaires à partir de la semaine du 12 juin, Gilbert Gnany, Chief Strategy Officer du MCBGroup, revient sur l’importance des Key Infrastructure Challenges Faced by Mauritius. Dans la dernière édition de MCB Focus, publiée jeudi dernier, les risques potentiels et inhérents au méga projet de Métro Express ne sont nullement occultés, alors que l’importance des investissements dans les secteurs de l’eau, de l’électricité, du port et des TIC est remise en perspective par rapport aux ambitions de Maurice. Le signal donné à la veille de la présentation du budget est des plus clairs car « further delays with respect to the pace of execution of identified ventures would potentially translate into a review of the growth projection ».
Avec l’ajournement des travaux de l’Assemblée nationale pour une relativement longue période dans la conjoncture, le Premier ministre et ministre des Finances compte mettre les bouchées doubles dès demain en démarrant l’étape des consultations avec ses collègues du gouvernement. Ainsi, pendant 90 minutes à la Treaty Room, demain matin, les Private Parliamentary Secretaries (PPS) dresseront un constat des projets en cours dans les différentes circonscriptions et l’énumération des projets à être mis à exécution au cours du prochain exercice financier.
Ces discussions entre le Premier ministre et ministre des Finances et les PPS revêtent toute leur importance dans la mesure où le cap du mi-mandat du gouvernement MSM -Muvman Liberater sera franchi avec potentiellement seulement deux autres budgets avant les prochaines élections générales. Au cours de cette première journée de consultations ministérielles sur le budget, trois ministères stratégiques sont au programme, en l’occurrence le Deputy Prime Minister’s Office et le ministère des Utilités publiques, le bureau du vice-Premier ministre et ministère du Logement et ensuite le ministère de la Technologie, des Communications et de l’innovation. Pour cette même journée de lundi, le budget du ministère des Affaires, des Entreprises et des Coopératives fera également l’objet de discussions.
Les séances de travail de mardi débuteront avec les projets d’envergure sous l’égide du ministère de l’Infrastructure publique et les Estimates des ministères budgétivores comme l’Education et la Santé aussi bien que des discussions avec des membres de l’Assemblée nationale. Les budgets de la Sécurité sociale, avec le débat avorté sur la Basic Retirement Pension à 65 ans, l’Agro-Industrie, l’Iindustrie, la Jeunesse et des Sports et l’Attorney General’s Office devront être avalisés mercredi, soit juste avant le break pour permettre à Pravind Jugnauth d’effectuer une mission en Inde en vue de solliciter l’aide pour solder les comptes du Super Cash Back Gold du défunt groupe Dawood Ajum Rawat (voir détails plus loin).
A son retour au début de la prochaine semaine, soit le mardi 30 mai, Pravind Jugnauth devra compléter les sept autres ministères. Puis, d’ici la Special Budget Cabinet Meeting du jeudi 8 juin, le Grand argentier devra se concentrer sur des revenue Measures en vue de financer les dépenses publiques envisagées pour le prochain exercice financier.
Certes, l’investissement restera au coeur des préoccupations à l’Hôtel du gouvernement avec le compte à rebours du budget déjà enclenché. Et les observations dans la dernière édition de MCB Focus résument l’enjeu des Challenges que doit relever le gouvernement. « Overall, public sector investment has remained in generally unfavourable territories lately inspite of having constantly been hyped to provide important positive contributions to the economy given the significant range of sizeable assignments that have been lined up», note d’emblée le Chief Strategy Officer de la plus importante banque commerciale du pays, pour ne pas parler d’effets d’annonce.
Les obstacles à la concrétisation des projets d’investissements
En préambule aux investissements dans des secteurs stratégiques et cruciaux, MCB Focus identifie les obstacles à la concrétisation des projets d’investissements d’envergure, soit « from capacity inadequacies on the technical and human resource sides, administrative bottlenecks as well as the prevalence of legal issues at the tendering and procurement stages of specific projects ». De ce fait, au cours de la période allant de 2010 à 2016, le Spending Gap entre les budgets prévus et l’Actual Spending n’a cessé de croître, passant de Rs 6,2 milliards en 2010  à Rs 11,3 milliards à juin de l’année dernière.
Après avoir atteint un sommet de 92% de l’Implementation Rate en 2013, cet indicateur de performance est devenu nettement plus défavorable pour les deux derniers exercices financiers, en particulier en 2015/16. Pour cette dernière année financière, sur un budget de Rs 27,1 milliards, seul un montant de Rs 15,9 milliards a été engagé dans l’exécution des projets, avec pour conséquences des retards considérables accumulés sur le plan de l’infrastructure économique. « Conspicuously, the projected baseline implementation rate of national projects warrants close scrutiny over time insofar as further delays with respect to the  pace of execution of identified ventures would potentially translate into a review of the economic growth projection for the year», s’appesantit MCBGroup avant d’aborder l’un des plus importants projets announcés jusqu’ici, en l’occurrence le Métro Express.
A ce chapitre, le Chief Strategy Officer du MCBGroup souffle le chaud et le froid. Tout en faisant état des « strong and legitimate grounds for supporting the endorsement of alternative transportation networks », les mises en garde ne manquent pas au chapitre du Métro Express. MCB Focus met l’accent sur l’importance cruciale d’un Close Monitoring de toute une série de Key Performance Indicators, dont « the construction costs and completion time of related works; the energy requirements and broad-based maintenance expenses, the speed of moving from one place to another and the timeliness of the service; other commercial dimensions in terms of the pricing and quality of the service, noticeably in respect of passenger comfort and the availability of ancillary amenities ».
Un point fondamental
Sur un point fondamental, le suspense est encore de mise. A ce jour, les autorités se sont gardées de révéler le montant des investissements nécessaires pour la construction du Métro Express au cours ce des quatre prochaines années. Probablement, le Public Sector Investment Programme (PSIP), accompagnant les prochaines Budget Estimates pourraient contenir ce détail vital. Dans le camp de l’Association des Consommateurs de l’île Maurice (ACIM), l’on persiste à croire qu’il faudra injecter entre Rs 50 milliards à Rs 55 milliards pour la mise en opération du Métro Express entre Curepipe et Port-Louis.
Le rappel du MCBGroup est encore plus pertinent alors que les deux contracteurs indiens, Larsen and Toubro et Afcons Infrastructure, ont bénéficié d’une extension pour la soumission de leurs propositions. « Given the sheer size of the project and the wide scale of its envisioned socio-economic ramifications, the carefully-led execution of the Métro Express project would be decisive in ensuring that the project be, in its entire shape and life cycle, commercially viable and financially sound », soutient le MCBGroup en avertissant que« any slippages in connection to the expenditure and cost estimates that are being currently formulated by the authorities need to be guarded against to avoid undue strains on government finances and the feasibility of the venture ».
Indépendamment du projet de Métro Express, MCB Focus porte à bras le corps le Road Decongestion Programme, un des projets phares du gouvernement, pour rendre le trafic routier plus fluide à des points névralgiques pour l’économie, notamment dans la capitale et aux environs du port vers le nord de l’île. D’un point de vue général, au cours de ces dix dernières années, la flotte de véhicules, excluant les deux toues, a progressé de manière significative. De 2006 à 2015, le nombre de véhicules par 1000 habitants a augmenté de 58%, pour atteindre 240 ou même 328 si l’on tient compte de la population en âge d’obtenir un permis de conduire et de s’acheter une voiture. L’évolution du nombre de véhicules sur les routes exige une extension de 70% du réseau routier au cours des dix prochaines années.
Les prévisions établies par le MCBGroup sur la base des données officielles que le nombre de véhicules, sans compter les deux roues, devrait passer de 292 456 en 2015 à 494 842, soit 200 000 de plus, en 2025. Pour pouvoir accommoder cette flotte, le réseau routier devra être étendu des 2 428 kilomètres actuellement à 4 108 kilomètres. A cet effet, le MCBGroup avoue que « there is a clear-cut and immediate case for the accelerated and fullyfledged implementation of the Road Decongestion Programme. In fact, the RDP can legitimately position itself as an influential leeway to straightforwardly deal with high volume/ concentration of traffic in specific agglomerations and help to considerably alleviate current and evolving road congestion problems and dynamics, alongside providing a perceptible boost to the performance of the construction sector and the nationwide economic expansion ».
Energie : zones d’ombre
Le secteur de l’énergie retient l’attention, car « any delays in the setting up of new electricity generation plants as well as promoting the sustainability and reliability of energy production and delivery could restrain the ability of prevailing capital stock to keep pace with mounting demand pressures ». De 2011 à 2015, la vente de kilowattheures a progressé de 12% avec la consommation d’énergie électrique par tête d’habitant crevant la barre des 2 000 kWh, soit une moyenne de 2 026 kWh contre 1816 kWh.
La Peak Power Demand a enregistré une croissance à deux chiffres au cours de la même période avec pour conséquence une « sustained decline in the ratio of effective plant capacity to peak power demand ». Une autre zone d’ombre se situe sur le plan de l’Energy Mix avec 23% de sources d’énergie renouvelables contre 38% à partir des centrales thermiques et 39% du charbon.
L’équation de l’alimentation en eau potable constitue un véritable casse-tête, avec un taux de perdition sur le réseau de distribution avoisinant les 60%. Sur une moyenne de 4,4 millions de mètres cubes sous forme de précipitation chaque année, « the proportion of total yearly rainfall lost through evapotranspiration averaged around 30%, while a non-negligible part of the near 60% share relating to surface runoff is deemed uncaptured by reservoirs and river-run offtakes – a problematic situation which tends to be under-emphasised in normal periods, but strongly felt in drought seasons given the ensuing unaccommodating water cuts ».
Avec les tendances dans la consommation d’eau potable, le MCBGroup mise sur des Potable Water Requirements d’un peu plus de 100 millions de mètres cubes en 2020 pour s’approcher des 110 millions d’unités en 2015. « The expected continuing increase in per capita income and economic development will potentially pose a challenge to the water sector in terms of the additional capacity requirements, should there be no material supply-side improvements », concède MCB Focus.
Dans le secteur portuaire, une amélioration a été notée dans les Port Productivity Levels, notamment le Per Ship Working Hour passant de 24,1 à 40,6 de 2006 à 2015 ou encore le Per Gross Crane Hour de 15,9 à 19,9 au cours de la même période. Toutefois, MCB Focus maintient comme pour mieux situer l’enjeu que « going forward, the national aspirations of igniting port competitiveness to increasingly greater heights and positioning it as a preferred regional destination for trade and other activities imply that decisive strategic directions be set and ambitious measures be adopted in order to, beyond existing and envisioned moves, buttress the extent and deepen infrastructure capacity as well as enhance the adaptability of services to market exigencies, alongside ensuring that amenities can duly respond to peak periods in container traffic activity ».