La Commission Femmes du Mouvement militant mauricien exprime sa vive inquiétude au sujet de l’augmentation alarmante des cas du cancer du sein et celui du col de l’utérus. Dans un document transmis aujourd’hui au ministre de la Santé, elle fait part de son constat fort détaillé sur la maladie, sur le traitement et insiste sur l’urgence d’un plan d’action. L’instance du MMM souligne le manque aigu de personnel qualifié en ocologie à plusieurs niveaux dans les services publics. « Il n’y a qu’un oncologiste médical. Il n’y a aucun oncologiste chirurgical, ni de spécialiste en chirurgie du sein ni de spécialiste en médecine palliative… Et aucun infirmier n’est formé en oncologie », écrivent les dirigeantes de la commission qui ont présenté leur document à la presse à la mi-journée.
 « Nos inquiétudes sont fondées. Notre travail de recherches ces derniers mois sur ces deux types de cancer (NdlR : cancers du sein et du col de l’utérus qui atteignent directement les femmes) confirme malheureusement l’ampleur du problème », explique la présidente de la Commission Femmes du MMM. « Nous sommes en colère car nous n’avons pas l’impression que les autorités de la santé en mesurent suffisamment la gravité et les conséquences sur la famille des malades. À chaque interpellation parlementaire, on nous promet des études et on nous balance “we will look into the matter” mais il n’y a en réalité aucun suivi sérieux. Nous avons, entre autres, relevé beaucoup de lacunes dans le traitement », ajoute Lysie Ribot.
La Commission Femmes du MMM fait référence à une abondance de statistiques pour les cancers du sein et du col de l’utérus afin de soutenir ses dires concernant la progression de la maladie dans les deux cas. Selon elle, il y a chaque année 350 nouveaux cas de cancer du sein et 150 pour celui du col de l’utérus.
S’agissant du cancer du sein, le nombre de cas enregistrés a augmenté de 45 % de 1997 à 2008.  La Commission Femmes du MMM ajoute que 30 % des cancers du sein et du col de l’utérus se terminent par un décès durant les trois premières années et que 50 femmes meurent chaque année de la deuxième maladie.
La Commission Femmes du MMM énumère aussi une série de problèmes que rencontrent fréquemment les malades pendant le traitement à l’hôpital et qui, selon ses dirigeantes, ont déjà fait l’objet de plusieurs questions parlementaires à plusieurs reprises. Elles citent en premier lieu le manque de places dans le ward réservé spécifiquement pour cette catégorie de malades. Quand ce n’est pas carrément le renvoi des patientes chez elles, retardant par la même le traitement, celles-ci sont dirigées vers d’autres salles qui ne sont pas appropriées. « More often than not, cancer patients inappropriately occupy beds in other medical and even surgical wards in the hospital. »
La Commission Femmes du MMM interpelle aussi les autorités sur le manque de personnel qualifié à divers niveaux pour la prise en charge des patientes. Il n’y a cependant pas que le nombre insuffisant de médecins spécialistes en oncologie dans le service hospitalier qui pose problème. Selon son constat sur le terrain, il y a dix « therapy radiographers » au lieu de 18 et un nombre très restreint du personnel infirmier attaché au ward s’occupant de cette catégorie de malades. Il y a ainsi 8 « charge nurses » au lieu de 16 ; 12 « nursing officers » au lieu de 24, et 4 « health care assistants » au lieu de 10.
Cette commission relève par ailleurs le manque de formation en oncologie pour le personnel infirmier. L’aile féminine du MMM déplore aussi l’absence d’un accompagnement psychologique et social pour les patientes et leur entourage familial qui, selon elle, devrait faire partie du traitement dispensé dans le service public. « Valeur du jour, des services de soutien ne sont offerts que par Link to Life qui est une ONG », signale-t-elle dans son document.
La Commission Femmes du MMM fait aussi état du nombre insuffisant d’équipements et des défectuosités au niveau des machines indispensables dans le processus du traitement. D’après son relevé, il n’y a que neuf appareils de mammographie, une seule unité de « nuclear medicine », un « linear accelerator » qui est « due to be replaced » et trois appareils de radiothérapie « qui tombent souvent en panne ».
Parmi les requêtes de la commission au ministre de la Santé : une augmentation de lits, un soutien psychologique aux cancéreux et des visites de médecins généralistes aux malades à leur domicile pour éviter les longs trajets. Elle souhaite que la spécialisation en oncologie soit placée sur la liste prioritaire des bourses d’études offertes par le gouvernement. « Que des vaccins pour prévenir le cancer du col de l’utérus soient disponibles pour les filles dont les mères sont atteintes ou sont mortes de cancer car ces enfants sont considérés comme les cas les plus à risques. Cette question a été régulièrement évoquée depuis 2006 au Parlement. »  
Selon la Commission Femmes du MMM, il y a urgence aujourd’hui pour une étude approfondie et menée sérieusement sur ces deux types de cancer. « Devant l’augmentation alarmante du nombre de cancers en novembre 2010, le ministre de la Santé d’alors avait avoué que “there is need for an in-depth study” et avait donné des instructions “to see whether we can get a consultant from World Health Organisation, who could help us with an in-depth study on the matter”. En octobre 2011, le ministre déclare que nous attendons toujours l’arrivée de cet expert en cancer. À ce jour, il n’y a eu aucune étude », déplore la Commission dans son document.