La traditionnelle lettre pastorale de l’évêque de Port-Louis dans le cadre du carême chrétien qui débute ce mercredi porte sur la famille, un sujet d’actualité dans l’Église catholique à travers le monde en raison du très médiatisé Synode sur la Famille tenu lieu à Rome en octobre dernier. Dans ce mandement intitulé « Familles, Dieu vous aime », qui a été présenté cet après-midi, Mgr Maurice Piat passe en revue les types de souffrances auxquelles sont confrontées les familles mauriciennes et souligne les « blessures » qui marquent profondément des familles catholiques. Mgr Piat reproche à l’Église de s’être « trop préoccupée de mettre les familles en règle et pas assez de les mettre en route ». Il pense qu’elle doit se remettre en question sur sa façon de présenter « l’Évangile comme bonne nouvelle aux familles » en insistant sur l’importance de son rôle d’accompagnateur. Par ailleurs, Mgr Piat souhaite que la famille, qu’il considère comme « la ressource la plus précieuse du pays », soit au centre des préoccupations ecclésiales et nationales car « la paix sociale dépend de la bonne santé de nos familles ». Il plaide ainsi pour une politique de la famille dans tout programme de développement socio-économique et fait part du désir de l’Église d’« ouvrir des passerelles de dialogue et de collaboration avec l’État sur des dossiers précis qui concernent la famille ».
Mgr Piat est convaincu que pour chacun d’entre nous, la famille reste « le bien le plus précieux » même si elle est souvent la cause de bien de soucis. L’Évêque de Port-Louis s’adresse aux familles mauriciennes sur un ton d’amitié, rempli d’affection et souligne d’un bout à l’autre de cette lettre pastorale, l’amour et la miséricorde de Dieu qui, dit-il, « ne s’offusque pas des faiblesses de l’homme ni de ses péchés ».
Dans la première partie de cette lettre, l’Évêque de Port-Louis pointe les différentes situations qui fragilisent les familles. Elles sont la source de nombreuses souffrances qui concernent tant l’individu que le collectif. « Le manque d’attention et de temps gratuit accordés à son conjoint ou à ses enfants est la cause de grandes épreuves qui restent souvent cachées. Les tensions entre les parents et leurs enfants, adolescents ou adultes, provoquent des blessures souvent difficiles à partager et à soigner. Les séparations, les divorces et les remariages, même s’ils sont quelques fois inévitables, laissent le plus souvent de vives cicatrices chez les époux comme chez les enfants. Ils entraînent aussi des situations douloureuses comme celles des femmes abandonnées qui restent seules à porter tout le poids de l’éducation des enfants, ou celles des hommes désemparés, perdus devant l’échec d’une vie ».
Il ne faut pas aussi ignorer, dit l’Évêque, les facteurs externes qui influent et fragilisent la vie des couples et celles des familles. Il cite à titre d’exemple le contexte économique ultralibéral, la cherté de la vie, la précarité de l’emploi, les horaires de travail « écrasants ». Dans de telles conditions, certaines familles n’offrent pas à leurs enfants un cadre de vie stable nécessaire pour un développement humain équilibré.
Mgr Piat note que des familles qui passent par des moments difficiles n’osent pas partager leurs souffrances par peur d’être jugées ou rejetées. Mais, dit-il, derrière ces situations douloureuses, se cache « une soif de vie stable ». Plutôt que d’adopter une posture de jugement pour critiquer ce qui se passe en surface, le chef de l’Église appelle tout un chacun « à une attitude d’écoute, de proximité et de bienveillance » envers ces familles en détresse. Une telle attitude, selon lui, « peut déverrouiller cette peur et ouvrir la porte à un dialogue confiant qui remet la personne en route sur un chemin de vérité et de vie ».
Mgr Piat dit que l’Église – c’est-à-dire, les paroisses, les prêtres, les religieux/religieuses et les laïcs engagés – a un rôle clé dans cette démarche pour remettre debout ces familles qui passent par des épreuves. Or, il constate que l’Église « s’est trop préoccupée de mettre en règle les familles » et a failli quelque part dans son rôle d’accompagnateur. Selon Mgr Piat, la vaste consultation auprès des fidèles l’an dernier dans le cadre du projet, a révélé que l’enseignement de l’Église est perçu par beaucoup de catholiques comme « un ensemble de règles et d’interdits » qui leur paraissent difficiles à mettre en pratique dans la vie courante. « Beaucoup de personnes ont alors l’impression d’être mises devant un choix cruel : soit tout accepter d’un coup, ce qui leur paraît impossible, soit se retrouver plus ou moins marginalisé par l’Église, ce qui leur paraît injuste ». Mgr Piat qualifie de « terrible malentendu » cette perception et pense que « l’Église doit se remettre en question sur sa façon de présenter l’Évangile comme bonne nouvelle aux familles ». Avec franchise, l’Évêque poursuit : « L’Église s’est montrée trop exclusivement préoccupée par la justesse de son enseignement, par sa capacité de le fonder en raison », par la nécessité de le défendre. « Elle n’a pas assez donné le visage d’une Église prête à “sortir” d’elle-même pour rejoindre les familles dans leurs réalités concrètes, à se faire proche d’elles, à les écouter (…) Le Bon Berger n’est pas là pour juger et décréter qui est en règle et qui ne l’est pas ».
Il souhaite que l’Église à Maurice remette au coeur de sa mission son rôle d’accompagnateur des couples et des familles en soulignant l’appel du Pape François à ce sujet. L’Évêque de Port-Louis invite les familles chrétiennes, en ce temps de carême, à un temps de discernement sur leur propre famille et leur propose quelques pistes de réflexion pour faire cet exercice.