Le rapport de l’Audit est encore plus accablant cette année. On frémit à l’idée que tant de milliards de roupies des contribuables partent ainsi en fumée, si ce n’est dans les poches de quelques protégés qui sauront certainement renvoyer l’ascenseur lors des campagnes électorales, partielles ou générales. Alors qu’il y a des chantiers sociaux tellement urgents comme la lutte contre la pauvreté, la pénurie d’eau, le mal-logement, notamment ceux qui vivotent dans des bicoques en béton armé d’amiante.

A entendre ceux qui tentent, avec culot et indécence, de se dédouaner, c’est la faute aux fonctionnaires si le gaspillage a pris une telle ampleur comme si c’était eux qui décidaient d’embarquer le pays dans une spirale de l’endettement qui va se chiffrer à plus de Rs 300 milliards à la fin du mandat de ce gouvernement. Non, la responsabilité est politique et ceux qui sont coupables de cet énorme et coûteux gâchis doivent assumer pleinement leurs responsabilités et faire face aux conséquences, ou, du moins, si on était un pays sérieux.

Prenons le cas de l’incroyable saga des tablettes et des connexions WIFI qui aurait pu prêter à rire si ce n’est pas des fonds publics qui étaient ainsi balancés par-dessus la fenêtre. Week-End a, ces dernières semaines, régulièrement dénoncé les dessous de cette arnaque. Ce que dit le rapport de l’Audit cette année est juste un rappel et une condamnation de l’absence de réaction du ministère que dirige Yogida Sawmynaden.

L’année dernière déjà, le rapport dénonçait le paiement à DCL de Ganesh Ramalingum d’une somme de Rs 45 millions sans respect des procédures financières et sans la fourniture des produits déjà payés, alors que l’Education en avait déjà vécu l’amère expérience. Celle de ne pas s’être vu livrer les tablettes qu’elle avait déjà payées. Et bien avant que le ministère des TIC ne donne suite à son contrat WIFI avec DCL, la ministre de l’Education avait annoncé des poursuites contre cette compagnie. A la place des poursuites, les cadeaux somptueux ont continué.

Cette année, la somme du Loto remise à DCL a presque doublé, Rs 81,7 millions. Les déboires de cette compagnie étaient déjà connus lorsque le ministère des TIC a fait montre d’une générosité suspecte à son égard. Et même lorsque des bruits couraient que cette compagnie allait être mise en liquidation, le ministère a continué à payer.

Et comme si tout avait été bien orchestré, ce n’est qu’après qu’elle eut été placée sous administration judiciaire que le ministère a fait semblant d’alerter le State Law Office pour obtenir un avis sur la marche à suivre. Une démarche vaine, bien entendu.

Le cas du ministère de la Santé est tout aussi révoltant. En abusant d’un système désuet, antidémocratique et opaque, celui des pouvoirs délégués de la Public Service Commission, déjà elle-même assez contestée et qui devait, selon le manifeste de Lepep, procéder à des enregistrements vidéo des entretiens d’embauche qu’elle réalise, les services d’Anil Gayan et d’Anwar Husnoo ensuite ont, de 2014 à 2017, effectué des recrutements, jusqu’à 2, 416 personnes, qui ont coûté Rs 1, 5 milliard.

Comme si le triste précédent d’Ashok Jugnauth n’était pas encore là, frais dans les mémoires quant à l’illégalité et à la corruption électorale que constituent ces recrutements sur pouvoirs délégués qui profitent toujours aux habitants de la circonscription du ministre de la Santé et de ses amis politiques. Comme ce sont des fonds publics qui sont engagés, le ministère pourrait commencer par rendre publiques la liste des recrues ainsi que leurs adresses.

Selon le communiqué des délibérations du Conseil des ministres de vendredi dernier, le gouvernement va mettre sur pied un comité pour étudier le rapport et, peut-être ensuite, pourquoi pas, instituer un autre comité pour voir comment l’appliquer ? Le gouvernement, en fait, n’invente rien. Il est en panne d’idées et d’initiatives.

En 2001, il y a 18 ans déjà, le vice-Premier ministre et ministre des Finances Paul Bérenger avait, suivant les critiques de l’Audit, institué un comité — sous la présidence de Suresh Seebaluck — qui avait assez rapidement édicté des directives précises, ce qui avait donné quelques résultats. Avant que les mauvaises habitudes ne reprennent très vite.

Et, en parlant de comité, comment ne pas parler de celui qui a la responsabilité du suivi des observations du directeur de l’Audit, le Public Accounts Committee. Après la soumission d’un premier rapport, celui qui avait pris le relais d’Alan Ganoo, Veda Baloomoody, à la présidence du PAC était allé voir le Premier ministre d’alors, Sir Anerood Jugnauth, pour lui soumettre les propositions de son comité et des amendements proposés avec le State Law Office en vue d’améliorer son fonctionnement et son efficacité. Cela remonte à septembre 2015.

Evoquant la rencontre, les membres du PAC étaient revenus enthousiastes quant à la détermination du Premier ministre de donner suite à leurs suggestions. Et ils ne sont pas trompés, puisque, suivant une intervention du même Veda Baloomoody en août 2016, sur le budget à l’Assemblée nationale sur les pouvoirs du PAC et la nécessité d’introduire une Fiscal Responsibility Act, SAJ avait déclaré avoir tenu compte des requêtes des membres de ce comité et qu’il avait demandé à l’Attorney General de voir comment renforcer le PAC. C’était il y a bientôt trois ans — et rien depuis.

Et on attendra le prochain rapport et les délibérations du comité de hauts fonctionnaires. Cela ne suffit, pas parce qu’il y a des cas qui requièrent carrément des enquêtes pour divers délits de corruption, d’abus et de conflits d’intérêts. Et ce n’est ni la police, aux ordres du gouvernement, ni l’ICAC, la soumise, qui doivent s’en charger. Le directeur de l’Audit devrait sans tarder envoyer une copie de son rapport à l’Integrity Reporting Board.