La nouvelle année amène aussi son nouveau lot de centenaires. La deuxième à avoir soufflé ses bougies est Andréa Zéphir. Originaire de Quatre-Bornes et vivant désormais à Bambous, issue d’une famille très pauvre de trois garçons et trois filles, Mme Zéphir en est désormais l’unique représentante. La première centenaire de 2014 affectionne « le pain grillé au petit déjeuner, et toujours un peu de piment pour épicer ses plats, dont son préféré, les brèdes malbar à l’étouffée et du riz », indique sa nièce, Arlette Vincent. La centenaire trouve que « de nos jours, les jeunes n’ont pas de bonnes manières comme à mon époque et ne sont pas suffisamment respectueux… »
C’est « une petite bonne femme très active, qui fait toujours son lit dès qu’elle se réveille le matin », explique Arlette Vincent. « Puis, c’est une certaine routine à laquelle elle s’est habituée : elle va prendre son bain, s’installe pour son thé, qu’elle déguste accompagné de quelques céréales. Mais ces temps-ci, elle a développé un petit faible pour le pain grillé… »
Andréa Zéphir entame ensuite la matinée en regardant un peu de télévision. « Mais elle ne rate jamais son heure de déjeuner », remarque encore Arlette Vincent. Femme d’origine très modeste, avec un père ferblantier et une mère bonne et cuisinière, Andréa Zéphir a gardé intact son goût pour les plats simples : au top de ses préférés, les brèdes malbar à l’étouffée avec du riz. « Et jamais sans un peu de piment », ajoute Arlette Vincent.
Cette dernière confie qu’Andréa Zéphir « est une mère pour moi. C’est elle qui m’a élevée. » Notre interlocutrice explique comment la soeur de sa mère, qui a eu une grossesse malheureuse et n’a pas eu d’enfant, s’est vue confier la garde d’Arlette quand celle-ci était petite.
« C’est une femme remarquable », continue Mme Vincent. « Elle n’a certes pas eu la chance d’avoir une grande éducation, mais elle a un coeur d’or ! Jusqu’à présent, elle accorde davantage d’importance aux autres qu’à elle-même ». Et de raconter comment quand quelqu’un leur rend visite, « elle me dit immédiatement : « Eta, fer enn du the donne li boir » ou « Servi li manger » »
Arlette Vincent relate les fois où « même s’il n’y avait à manger pour que deux personnes à la maison, et qu’ils sont à cinq qui nous rendent visite, Andréa va faire de sorte à ce que tous aient à manger… Elle est ainsi : faire plaisir et aider les autres passe avant tout. C’est comme cela qu’elle a toujours vécu ». Et c’est peut-être le secret de sa longévité.
Pourtant, relève Mme Vincent, « si dans la famille, elle est l’unique des six à avoir atteint les 100 ans, ma grand-mère et mon arrière grand-mère ont également vécu très longtemps. Mais comme ce sont des vieilles personnes qui n’avaient plus de papiers, on n’a jamais pu véritablement connaître leur âge. Très probablement, elles ont vécu jusqu’à plus de 90 ou 95 ans… »
Quand Le Mauricien s’entretenait avec Arlette Vincent au sujet d’Andréa Zéphir, celle-ci faisait une petite sieste. Quand elle s’est réveillée et qu’elle a été informée qu’on parlait d’elle, Mme Zéphir s’est dit « très contente. » Parlant très clairement, la première centenaire de 2014, très philosophe et posée, souligne que « mo kontan ki mo bien. Tant que j’ai une bonne santé, que je peux marcher, parler, manger et boire, je ne me plains pas… »
Ayant une petite pensée pour « mes camarades d’antan », Andréa Zéphir leur passe son bonjour, dans un grand sourire… Ramenant, sans doute, une foule de bons souvenirs et de bons moments passés ensemble. « Elle m’a élevée comme son enfant, reprend Arlette Vincent. Et c’est elle encore qui s’est occupé de mes enfants quand j’en ai eu. Ils étaient tellement attachés à elle qu’ils l’appelaient « maman ». C’est tout Andréa, ça… Énormément d’affection mais aussi très sévère ! »
En effet, retient Arlette Vincent, « Andréa a toujours été très disciplinée et une femme de principes. Elle nous a tous inculqué, à moi comme à mes enfants, les bonnes manières et le respect. » Ce qui amène la centenaire à remarquer que « de nos jours, cependant, les jeunes ne sont plus aussi respectueux que de mon temps. Ils ont perdu les bonnes manières… C’est triste. »