Le Centre Joie de Vivre, situé à Poste-de-Flacq dans une petite ruelle en face de l’église St-Maurice, est un établissement de réinsertion sociale pour les handicapés physiques et mentaux. Il est la réalisation concrète d’une longue suite de démarches, empreintes de dynamisme et de persévérance, entreprises dans les années 1986 à 1988 par une habitante de la localité, Alcine Sakir, en vue de doter la région est de ce type d’institution. Une création ayant la dimension d’un exploit…
Le Centre Joie de Vivre fait aujourd’hui partie intégrante du paysage socio-éducatif du district de Flacq. Le bâtiment qui abrite l’institution à Poste-de-Flacq est une propriété de l’État tombant sous la tutelle du conseil des districts de Moka/Flacq. Il était autrefois le lieu d’habitation alloué par les autorités au gardien du cimetière du village.
Suivant les aléas de la vie, le gardien a, un beau matin, vidé les lieux pour s’installer ailleurs… Le Centre Joie de Vivre, alors en gestation, a ainsi entrepris des démarches auprès des autorités en vue d’obtenir le droit légal d’installer son siège dans le bâtiment en question. Finalement, sur la base de son postulat social, l’institution s’est vue octroyer ce droit moyennant une petite allocation symbolique. Vingt-cinq années après sa fondation, elle a fait une demande formelle – à travers un acte légal en bonne et due forme – aux autorités en vue d’obtenir le droit de s’y installer pour de bon. Elle attend ainsi une réponse en ce sens…
Alcine Sakir, âgée de 77 ans, est toujours active au sein du Centre Joie de Vivre en tant que conseillère. Christine Chenel occupe quant à elle les fonctions de directrice depuis 2002. Selon nos interlocutrices, l’infirmité était considérée dans les années 80 comme sujet tabou dans la région est et ce, par l’ignorance de certains faits.
Le mérite d’Alcine Sakir, née Leguesse, est d’avoir su s’y prendre pour  introduire dans cette partie du pays une culture imbue de bienveillance vis-à-vis de l’infirmité que l’on peut rencontrer chez le genre humain. La conseillère, qui est mère de dix enfants, raconte : « Tout a commencé quand un beau matin j’ai emmené mes deux filles infirmes, l’une mentalement et l’autre physiquement, au centre de l’APEIM (Association de parents d’enfants inadaptés de l’île Maurice) à Phoenix. Là-bas, j’ai reçu un accueil très humain de la part de Mme Audrey Piat et des autres responsables. Ils m’ont mise à l’aise et m’ont expliquée comment il fallait se débrouiller avec des êtres qui sont sujets à une infirmité physique ou mentale. J’ai alors senti qu’une nouvelle lumière éclairait ma vie pour le bien-être de mes enfants infirmes. Finalement, ils m’ont vivement conseillée d’oeuvrer dans le sens de la création d’un centre analogue à l’APEIM dans la région de Flacq. »
Travailleuse sociale dans l’âme, Alcine Sakir va de l’avant avec son projet de créer un centre pour les infirmes. Elle prend son bâton de pèlerin pour sonder le terrain. Grâce à sa débrouillardise, elle contacte les personnes susceptibles de l’aider à réaliser sa mission. Parmi : Paul Jones de l’hôtel St-Géran afin d’obtenir des facilités financières, le père Gérard Guillemot, curé de Ste Ursule, pour son autorisation en vue d’utiliser la salle d’oeuvres de l’église pour des cours de formation assurés par des formateurs de l’APEIM et Azize Bakur du ministère de la Sécurité sociale pour le soutien de l’État.
Toutes ces personnes répondant positivement à son appel, Alcine Sakir concrétise petit à petit son projet. Elle bénéficiera au fil des étapes de l’aide d’autres volontaires pour la mise en place de plusieurs structures. « Je remercie aussi M. Peetambur du conseil des districts de Moka/Flacq, Karl Offman, ministre de la Sécurité sociale d’alors, l’organisation United Way et autres anonymes… »
L’appellation « Centre Joie de Vivre » a été adoptée par la direction à la suite d’une demande faite à ce sujet par les stagiaires et leurs parents afin d’exprimer leur satisfaction de bénéficier enfin d’un encadrement social pour le bien-être des infirmes de la région est.
Le Centre Joie de Vivre est affilié à des organismes gouvernementaux et organisations philanthropiques comme le ministère de l’Éducation, le NGO Trust Fund et le Mauritius Council of Social Services (MACOSS). Malgré la contribution financière mensuelle de la part des stagiaires, l’institution compte aussi sur le soutien des commanditaires pour pouvoir fonctionner normalement. Elle accorde aussi un salaire minimal à ses dix employés, dont six éducateurs.
Tout en proposant les conditions nécessaires pour l’évolution d’une thérapie interactive axée sur des activités ludiques et pédagogiques, le Centre Joie de Vivre se veut aussi de dispenser une éducation appropriée aux stagiaires. « Deux de nos éducateurs ont suivi des cours avec le gouvernement pour une éducation spécialisée à l’intention des infirmes. Il nous faut aussi nous aligner sur les directives du gouvernement selon lesquelles nous devons offrir une adaptation du programme scolaire en vigueur dans les écoles primaires pour les besoins de nos stagiaires. De plus, pour la toute première fois dans les annales de notre institution, nous sommes en train de préparer des stagiaires qui prendront part aux examens de CPE au niveau national en octobre », explique la directrice. Et de préciser : « Ils sont huit et sont âgés de 13 ans à 15 ans. Même s’ils souffrent d’épilepsie, nous espérons qu’ils réussiront car ils font preuve de beaucoup d’efforts. »
Les stagiaires, une cinquantaine au total, viennent de diverses localités de Flacq comme Quatre-Cocos, Beau-Champ et Quartier-Militaire. Ils sont véhiculés gratuitement par l’organisation Charitable Trust. Quelques activités manuelles sont aussi organisées au Centre Joie de Vivre, dont la menuiserie, le jardinage et la vannerie.