Bientôt un demi-siècle après un odieux chantage politique des colons anglais, les deux jugements prononcés, mercredi, par la Permanent Court of Arbitration sous la Convention des Nations unies sur les Droits de la Mer, lavent l’affront subi par Maurice avec l’excision de l’archipel des Chagos du territoire à la veille de l’indépendance. Ces rulings, suite à une procédure d’arbitrage initiée depuis 2010 pour contester la création d’un Marine Protected Area autour des Chagos en excluant la base militaire de Diego Garcia, constituent un double first politique et diplomatique, que Londres tente en vain de minimiser, rendant la victoire de Maurice encore plus éclatante.
Le parc marin des Anglais aux Chagos, décrété le 1er avril 2010, a été invalidé de manière unanime et catégorique par les cinq juges de la Cour Arbitrale Permanente de La Haye, présidée par le Pr Ivan Shearer d’Australie et siégeant à Istanbul. Ensuite, pour la première fois, la Grande-Bretagne a été dénoncée et condamnée par une cour internationale pour le démembrement du territoire mauricien en totale violation de la résolution 1514 de l’Assemblée générale des Nations unies.
Pire encore demeure le fait qu’aucun des cinq juges de cette émanation de la Convention des Nations unies sur les Droits de la Mer n’a reconnu la souveraineté prétendue de la Grande-Bretagne sur les Chagos, devenus British Indian Ocean Territory (BIOT). Par contre, dans une dissenting and concurring opinion, les juges James Kateka et Rüdiger Wolfrum se veulent intraitables quant au comportement de la Grande-Bretagne, que ce soit par rapport au Marine Protected Area des Chagos d’avril 2010 ou pour l’excision de l’archipel en 1965. «Although these two events are 45 years apart, they show a certain common pattern. This is the disregard of the rights and interests of Mauritius», s’insurgent les deux juges dans leur jugement minoritaire.
What’s next pour les Chagos ? La question se pose depuis la publication officielle des jugements de la Permanent Court of Arbitration validant les droits inaliénables de Maurice sur la souveraineté des Chagos, de même que les droits de pêche et d’exploitation des fonds marins. Toutefois, un premier rendez-vous majeur se profile à l’horizon à court terme. Londres et Washington sont engagés depuis la fin de l’année dernière dans des consultations militaires de haut niveau sur le renouvellement du bail de Diego-Garcia pour une nouvelle période de 20 ans à partir de 2016.