À un peu plus d’un mois de l’audience du Tribunal d’arbitrage sur les Droits de la Mer des Nations unies consacrée à la contestation par Maurice du projet de Marine Protected Area aux Chagos, le ton est monté d’un cran entre Port-Louis et Londres. L’annonce de l’envoi d’une mission d’experts britanniques dans l’archipel en vue d’un éventuel projet de resettlement a eu pour conséquence d’irriter outre mesure l’hôtel du gouvernement, qui a transmis en fin de semaine une Note Verbale au Foreign and Commonwealth Office pour protester contre cet état de fait. D’autre part, faisant état d’une written answer déposée à la Chambre des Communes, le quotidien britannique The Independent, dans son édition d’hier sous le titre de US military dumped sewage and waste in protected coral, fait des révélations accablantes sur la nette dégradation du lagon de Diego Garcia et des Chagos, des unités de la marine américaine y faisant régulièrement leur vidange alors que Londres se vante que le projet de Marine Protected Area a pour objectif de préserver l’environnement.
Dans un document officiel à la Chambre des Communes, le Foreign and Commonwealth Office révèle que la base américaine de Diego Garcia est la cause de pollution conséquente du lagon. En effet, des centaines de tonnes d’eaux usées et de vidange en provenance des unités de la marine américaine sont déversées dans le lagon lors des escales. Cette situation aurait duré au moins depuis ces trois décennies, soit avec la nouvelle vocation de la base nucléaire américaine en tant que Naval Support Station dans l’océan Indien.
Même si ces pratiques mettant en danger la faune et la flore marines aux Chagos remontent au débuts des années 1980, le Foreign and Commonwealth Office n’en a été informé que depuis un peu moins d’un an et cette information n’a été rendue publique qu’au cours de la semaine dernière. « In April last year, it came to our attention that the US vessels moored in the lagoon had been discharging waste water into the lagoon since the establishment of the naval support station there in the early 1980s », déclare le Foreign Office Minister, Mark Simmonds.
Poursuivant ses explications écrites, le ministre Simmonds a concédé que ces pratiques sont contraires à la politique déclarée de Londres car les coraux sont protégés sous la Ramsar Convention on Wetlands. L’embarras pour Londres est encore plus grand car « it is not known how much waste has been discharged and how often, but a large vessel can generate several tonnes of watery waste and sewage per day, suggesting that hundreds of tonnes will have been discharged in the past 30 years. »
Les dégâts à l’environnement marin à Diego Garcia et dans l’archipel peuvent être considérables, alors que Londres annonce qu’une évaluation au sujet de l’état des coraux est en cours. Des scientifiques britanniques ont relevé que le taux d’azote et de phosphate dans le lagon est de quatre fois supérieur à la normale, soit un taux suffisant pour détruire les coraux des Chagos, présenté par la Grande-Bretagne comme étant « the world’s largest marine reserve ». Quelque 5 000 marines américains sont installés à Diego Garcia, sans oublier ceux en service sur les unités de la marine en transit sur cette base.
« Our policy has consistently been that any form of discharge of these substances into the lagoon is prohibited because of clear scientific advice that it would be damaging to coral in the long term. That advice has not changed, and nor has our policy. UK scientists concluded that, based on available data, there were elevated levels of nutrients in the lagoon which could be damaging to coral », ajoute Mark Simmonds dans The Independent, qui ajoute qu’à ce jour il n’y a aucune indication si des sanctions ont été prises ou sont envisagées à l’encontre de l’US Navy pour ces infractions à la protection de l’environnement.
Interrogé par Week-End hier matin, le ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell, a voulu adopter un ton très dur à l’encontre des Britanniques. « C’est un cas flagrant de double standards, d’hypocrisie institutionnalisée pour ne pas dire de la perfidie de la part de la Blonde Albion. De quel Marine Protected Area aux Chagos parlent les Anglais ? Nous savons pertinemment bien les raisons pour lesquelles ils sont venus de l’avant avec ce projet à un moment spécifique. Aujourd’hui, la vérité les éclabousse en plein visage, eux qui aiment gloser sur le concept de Sustainable Development dans des instances internationales », a-t-il déclaré en dénonçant que l’environnement est présenté comme un paravent par ces puissances de manière cynique pour poursuivre d’autres intérêts.
Les détails de la written answer de Mark Simmonds sur la « pollution criminelle » du lagon de Diego Garcia et des eaux de l’archipel des Chagos ont également suscité des protestations venant de la communauté chagossienne à Londres. « While the people who were born and bred on Chagos are not allowed to return to their island, the military base of Diego Garcia houses about 5,000 US servicemen and women and ancillary workers. It makes no sense to suggest that Chagossians cannot return because of pressure on the environment », fait ressortir Philippa Gregory de la UK Chagos Support Association.
Un autre développement sur le dossier des Chagos est également venu provoquer l’irritation du gouvernement. Le Foreign and Commonwealth Office a donné le feu vert au déplacement d’une mission d’experts pour les Chagos en vue de procéder à une réévaluation du projet de resettlement. Le document du Foreign and Commonwealth Office stipule que « the independent consultants, which will not include Chagossians, have been instructed by the Foreign Office to neutrally examine the options and risks involved in establishing some sorts of community on the outer islands as well as on Diego Garcia ».
Les options de relogement concerne la mise en place de « modern lifestyle, an eco-village, a pilot resettlement with employment on the military base and a scientific research station ». « All options should consider the development of a sustainable local economy, social and livelihood development and income generation for any resettled individuals », s’appesantit le Terms-of-Reference Paper.
La confirmation du déplacement de cette mission d’experts aux Chagos a provoqué une véritable sortie du chef de la diplomatie mauricienne avec une Note Verbale de protestations. « Tout cela ressemble à un schéma bien planifié et orchestré avec la connivence des membres du All-Party Parliamentary Group de la Chambre des Communes. Il n’y a rien d’innocent dans la tentative de pousser des Chagossiens installés à Crawley dans la voie de l’autodétermination. Nous avons témoigné du même scénario aux Malouïnes ou encore à Gibraltar. Nous devrons être sur nos gardes », a soutenu Arvin Boolell, qui va jusqu’à parler « de véritable ironie quand nous constatons la position de Londres sur le problème de la Crimée et de l’Ukraine. »
« Ces deux derniers épisodes dans le dossier des Chagos témoignent de la mauvaise foi des Britanniques et que tout cela ne fait que add insult to injury », conclut le ministre Boolell.