Soixante-dix membres de différents mouvements sociaux, dont une vingtaine d’étrangers, ont participé à l’école de formation sur le changement climatique organisé par CARES la semaine dernière. Cet événement s’insère dans le cadre de la 21e Conférence des Parties de la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (COP21), prévue à Paris à partir du 30 novembre. C’est une manière de créer une coalition et de synchroniser les discours de la société civile dans le cadre de la conférence.
Faire entendre la voix de la société civile sur le changement climatique. Pour cela, faut-il encore que les acteurs sociaux aient les informations nécessaires pour prendre conscience de la situation et pour mieux agir. C’est dans ce contexte que le Centre for Alternative Research and Studies (CARES) a organisé la conférence “Crise de la civilisation : crime climatique” jeudi dernier. Une école de formation a par la suite été organisée les deux jours suivants au Native Lodge, à Mahébourg. Sur les 70 participants venus de différents mouvements sociaux, on retrouvait également 22 étrangers, dont des “personnes-ressources” d’organisations internationales ainsi que des délégués de pays de la région. Citons parmi les premiers Christophe Aguiton, membre du conseil scientifique d’ATTAC (France) et animateur de la Coalition 21, Jonathan Neale, auteur du livre Stop Global Warming et Million Climate Jobs, ainsi que le professeur Alexandre A. Costa (Brésil), exerçant à l’université d’État Ceara, également climatologue et ayant participé à l’élaboration du panel brésilien sur le changement climatique.
Pour Stephan Gua, de CARES, cet événement vise à sensibiliser les acteurs sociaux sur le changement climatique. « Ce n’est pas un sujet réservé uniquement aux scientifiques. Nous sommes tous concernés. Quand il y a des “flash floods”, quand les activités d’un pêcheur sont affectées, quand les planteurs éprouvent des difficultés du fait de la sécheresse… Tout cela est l’affaire de tous. »
Une vingtaine de participants de pays africains – comme le Mozambique, la Tanzanie et la Zambie – ainsi que des délégués sud-américains, venus du Brésil et de l’Uruguay, entre autres, sans oublier nos voisins de La Réunion ont partagé leurs expériences avec les Mauriciens au cours de ces journées de formation. « Maurice se trouve parmi les pays les plus vulnérables face au changement climatique. Nous devons en prendre conscience et agir. Nous ne nous contentons pas de dénoncer ou de revendiquer : nous voulons agir au “grassroot level” pour faire comprendre aux Mauriciens qu’ils peuvent aussi agir à leur niveau. »
Dans le cadre de la conférence de Paris, il est aussi nécessaire de synchroniser les discours et les actions de la société civile. C’est dans ce contexte que Christophe Aguiton, d’ATTAC et animateur de la coalition 21, a fait le déplacement à Maurice. « La COP21 revêt une importance capitale car il y a une décision qui doit être prise pour maintenir le réchauffement climatique en dessous de 2°C. Mais les gouvernements qui s’engagent pour cela sont eux-mêmes des pollueurs. Alors il est important que la société civile fasse aussi entendre sa voie. Ma venue à Maurice représente un peu la coalition France-Océan Indien. »
Lors de la COP21, ajoute Christophe Aguiton, il faudra attirer l’attention sur la nécessité de créer des fonds verts pour venir en aide aux pays vulnérables face au changement climatique, comme Maurice. Ces actions, ajoute-t-il, doivent aller au-delà des initiatives favorisant l’investissement, comme l’utilisation des panneaux solaires. Comme ce sera le cas un peu partout à travers le monde, la coalition 21 organisera une manifestation le week-end du 28 et 29 novembre, soit tout juste avant l’ouverture de la conférence. La société civile qui se mobilisera dans le cadre de la COP21 comptera aussi la voix de la Mauricienne Aichah Soogree, désignée pour représenter la coalition mauricienne. Cette dernière estime important de créer « une force pour la durée », rappelant qu’il « s’agit de l’avenir de nos enfants ».
Selon elle, le changement climatique implique « un changement de notre manière de vivre ». Elle reprend : « Nous sommes en train de perdre nos plages, nos forêts… Aujourd’hui, en tant que pays insulaire, nous sommes vulnérables. Il faut penser à des changements en profondeur. » Aichah Soogree estime important que les citoyens soient sensibilisés et se regroupent. « De nos jours, tout est imposé. Le gouvernement décide de quelque chose et la société civile n’a pas son mot à dire. »