Le festival de film sud-africain, qui a démarré hier avec le film Mandela : Long walk to freedom, du réalisateur sud-africain Anant Singh, fait aussi place à quelques courts-métrages mauriciens, dont Medy, qui témoigne de la vie d’un sans domicile fixe (SDF). Une histoire fondée sur l’expérience vécue de ses réalisateurs, Désiré Prévost et Sada Rajiah. Le film est présenté aux festivals internationaux de films de Rotterdam, aux Pays-Bas, et de Venise par la Mauritius Film Development Corporation (MFDC).
Curieux de la vie de SDF et appréhendant une réalité que certainement nul ne souhaite en vieillissant, les réalisateurs Désiré Prévost et Satish Rajiah, ainsi que leur ami Didier Grégoire, décident de vivre l’expérience de la rue pendant cinq jours en 2015. Le 21 mai, les trois amis s’immergent dans le monde des SDF avec, en tête, l’idée de vulgariser cette vie auprès du public via vidéo. Dans un premier temps, ils en ont réalisé un reportage et, par la suite, un court-métrage dans le cadre de la compétition “7 day-challenge” de la Mauritius Film Development Corporation. Ils ont décroché le premier prix.
« Nous avions commencé cette journée à 9h à Trou-aux-Cerfs, Curepipe. Nous n’avions rien sur nous, seulement nos caméras cachées », raconte Sada Rajiah au Mauricien. « Le matin nous demandions à manger à ceux qu’on croisait sur le site. C’était assez difficile, surtout avec les touristes, qui nous ignoraient ou qui nous disaient qu’ils n’avaient rien sur eux à nous offrir. Nous avons continué le parcours en nous rendant au centre-ville. Là, on peut dire que la chance de trouver de quoi se nourrir était de 50%. Il y avait des gens qui nous maltraitaient mais d’autres qui nous faisaient la charité. Le plus choquant pour moi, c’est lorsqu’un matin, on s’est rendu à la mairie de Vacoas/Phoenix. J’ai demandé un verre d’eau à une personne qui s’y trouvait et elle m’a mis à la porte. »
Pendant ces cinq jours, les trois amis parcourent toutes les villes de Maurice, de Curepipe à Port-Louis, en passant par Vacoas, Quatre-Bornes et Beau-Bassin/Rose-Hill. Ils dorment dans les gares et les abribus. « L’expérience la plus difficile, disent-ils, a été de dormir à la gare de Vacoas, où quand il pleut, il n’y a pas de place pour s’abriter. Nous étions tous trempés. En plus, c’était l’hiver. Il faisait très froid. »
Point de salle de bain pour faire leur toilette, hormis les toilettes publiques en cas de besoin. Sur la route, ils côtoient d’autres SDF et ont l’occasion de partager un repas avec eux dans un abri de nuit. « Je me souviens, on était arrivé à Rose-Hill à 17h40. J’ai croisé un ami SDF, qui nous a dit qu’il fallait faire vite si on voulait avoir un repas. Et là nous avons couru de Rose-Hill à l’église Sacré-Coeur de Beau-Bassin », relate notre interlocuteur. « Se la kot ou konn linportans enn pla manze. Enn dimounn, enn SDF, sel zafer ki li panse se kouma ek kot pou gagn manze. Apar sa li bliye tou. » Cette période, souligne-t-il, leur a aussi permis de vivre au sein du monde nocturne, qui est régi par la drogue et la prostitution.
Après cette expérience, les trois amis ont organisé une journée récréative à la plage à l’intention des SDF qu’ils ont côtoyés. En août, ils ont voulu essayer cette fois de sortir cinq personnes de la rue en leur offrant un abri et du travail. « Nous voulions voir cette évolution et c’est là qu’on s’est rendu compte que ce qu’il faut, ce n’est pas faire la charité, mais encadrer ces personnes. Car à notre grande déception, elles sont retournées dans la rue. C’était plus facile pour ces SDF, car ils y étaient nourris par la charité des autres. C’est dommage. Si on veut aider une personne et faire reculer la pauvreté, bizin pa donn kado me ankadre zot. Donn kado ve dir grandi povrete », insiste-t-il. Et de tirer la sonnette d’alarme : « Si rien n’est fait en ce sens, les 150 à 200 SDF qui peuplent l’île seront des milliers dans quelques années. »
Medy sera projeté aujourd’hui à 15h au McCiné de Trianon après la diffusion de Countdown to freedom; lundi à partir de 19h sur le terrain de foot de Petite Rivière-Noire après Cry, my beloved country, d’après l’histoire écrite d’Alan Paton, et Scholarisation, C’est mon droit, de Kersley Manon. Il est de nouveau à l’affiche le mardi 26 juillet à partir de 18h au Morne après Mandela : Long walk to freedom et  Scholarisation, C’est mon droit.