Au tour d’une proche du cercle de Derek Jean-Jacques, dit Gro Derek, d’être convoquée par la Commission Lam Shang Leen. Hier, Ketty Pearly Casimir, épouse de Bruno Wesley Casimir, complice de Gro Derek, a déposé devant Paul Lam Shang Leen et ses deux assesseurs, Sam Lauthan et Ravind Dhomun. Cette représentante commerciale de produits de beauté a été appelée pour expliquer des coups de fil de son portable à des détenus ainsi que le fait qu’elle ait utilisé son compte pour alimenter en crédit plusieurs numéros.
Pas moins d’une dizaine de cartes sim seraient enregistrées au nom de Ketty Pearly Casimir. C’est ce qu’a déclaré la jeune femme elle-même. Cette représentante commerciale de produits cosmétiques, habitant Roche-Bois, a épousé Bruno Wesley Casimir, complice de Rudolf Derek Jean-Jacques, dit Gro Derek, en décembre 2015. Soit, pendant que l’homme, skipper de profession, se trouvait déjà derrière les barreaux. C’est sur ces informations qu’a débuté l’audition de Ketty Pearly Casimir.
La raison pour laquelle elle a été convoquée, a expliqué l’ancien juge Paul Lam Shang Leen, président de la Commission d’enquête, « c’est parce que nous avons établi, en parcourant votre compte en banque, notamment, et par le biais de documents fournis par un opérateur téléphonique, entre autres, que vous avez communiqué à diverses reprises avec des personnes se trouvant en prison ». À cela, Ketty Pearly Casimir a admis avoir effectivement « parlé avec mon mari, Bruno Casimir, mais aussi mon fils, qui s’est retrouvé, à un certain moment en prison ».
Le fils dont parle la représentante commerciale en cosmétiques est issu de son premier mariage et s’est retrouvé, alors qu’il avait 15 ans, « mêlé à une bagarre entre amis. Zafer-la inn roule lakour ziska li’nn gagn 18 ans. Lane dernier, li’nn absan lakour trwa ou kat kout, akoz sa mem li’nn bizin refer prizon ankor ». Le jeune homme en est ressorti « fin novembre 2016 », selon sa mère, et était écroué à Beau-Bassin.
Ce qui a intéressé Paul Lam Shang Leen et ses deux assesseurs, ce sont surtout les connexions avec le trafiquant notoire Peroumal Veeren, qui purge actuellement une lourde peine d’emprisonnement.
Paul Lam Shang Leen : Vous connaissez un certain Venkataman Ayala ?
Ketty Casimir : Non.
Paul Lam Shang Leen : Il s’agit probablement d’un étranger… Le truc, c’est que la sim card enregistrée à son nom a été retrouvée en prison. Et selon les documents de l’opérateur, c’est votre numéro qui l’a alimenté en crédit en plusieurs occasions.
Ketty Casimir : Moi ? Et comment j’aurais fait cela ?
Paul Lam Shang Leen : C’est ce que je vous demande ! Car d’après votre relevé bancaire, nous avons retracé plusieurs numéros de téléphone, dont celui que je vous ai donné, et que vous avez alimenté. Vous êtes consciente qu’appeler un détenu via un portable est un délit ?
Ketty Casimir : Oui, je le reconnais. Et je ne cache pas le fait que j’ai eu des contacts téléphoniques avec mon mari et mon fils. Je dois vous dire que quand j’avais des appels de mon fils, j’étais très émue. Je sais que c’est illégal, mais dans ces moments-là, on ne s’arrête pas à ce qui est légal ou pas. J’étais seulement contente d’entendre la voix de mon fils.
Paul Lam Shang Leen : Vous ne lui avez jamais demandé comment il avait fait pour avoir un portable pour vous appeler ?
Ketty Casimir : Comme je vous le dis, sur le moment, tout ce qui m’importait c’était d’entendre sa voix. Je lui demandais de ses nouvelles. C’est vrai que je l’ai demandé aussi comment il avait trouvé un portable pour m’appeler. Et il m’avait répondu qu’il l’avait emprunté d’un monsieur…
Paul Lam Shang Leen: Est-ce que le numéro XXXXXX vous dit quelque chose ?
Ketty Casimir : Pas vraiment…
Paul Lam Shang Leen : Eh bien ce numéro a été saisi sur un détenu qui est un trafiquant de drogue connu, en l’occurrence, Peroumal Veeren. Vous le connaissez ?
Ketty Casimir : Pas du tout. Ce n’est qu’à travers les médias récemment que j’ai vu sa photo…
Paul Lam Shang Leen : Pourtant entre votre numéro et le sien, il y a eu pas mal d’échanges !
Quand l’ancien ministre de la Sécurité Sociale, Sam Lauthan, a interrogé l’épouse de Bruno Casimir, il a relevé qu’« entre autres des échanges entre votre numéro et celui trouvé sur Peroumal Veeren, il y a eu 11 appels; quatre venant de vous, et les 7 autres, de lui ! Et vous dites que vous ne le connaissez pas ?» Ketty Casimir devait déclarer que « comme je vous l’ai dit, mon fils m’avait expliqué qu’il avait emprunté le téléphone d’un autre…». Sam Lauthan a également fait un relevé de « plusieurs numéros de téléphone pour lesquels vous avez réalimenté leur crédit pas mal de fois, allant de 10 à 22 fois… Je passe sur ceux que vous avez alimentés une ou deux fois ». À un certain moment dans sa déposition, Ketty Casimir devait faire ressortir qu’« étant représentante commerciale, j’utilise beaucoup mon téléphone comme outil de travail ». Ce à quoi Paul Lam Shang Leen lui a fait remarquer qu’« aussi longtemps que vous réalimentez votre propre numéro, nous n’avons aucun souci avec ça. Mais quand il s’agit d’autres numéros, et dont certains se trouvant en prison, là il y a de quoi s’inquiéter. Vous serez convoquée à nouveau, à la lumière d’autres informations. »