La loi avalisant le paiement d’une compensation salariale « across the board » à tous les employés a été adoptée lors de la première séance parlementaire après les élections générales hier après-midi. Ce fut l’occasion pour le Premier ministre de souligner que le nouveau gouvernement a été élu pour redresser l’économie du pays. « Nous le ferons », a-t-il lancé.
Le leader de l’opposition, Paul Bérenger, a voulu savoir si le niveau de la compensation salariale par rapport au taux d’inflation ainsi que la hausse des allocations de pension sont une « one off electoral mesure » ou si ce sera la tendance adoptée par le nouveau gouvernement. Le ministre des Finances a pour sa part annoncé que le budget qui sera présenté en mars ne comprendra aucune taxe additionnelle. Par ailleurs, les travaux parlementaires ont été ajournés au 27 janvier prochain et seront marqués par la présentation du Discours Programme.
Les nouveaux parlementaires — qui ont prêté serment hier matin à l’Assemblée nationale présidée pour la première fois par femme en la personne de Maya Hanoomanjee – ont adopté hier après-midi le premier texte de loi de la nouvelle session. Les débats sur le texte de loi sur le paiement de la compensation salariale ont d’ailleurs donné lieu à des échanges qui donnent le ton des relations entre le gouvernement et l’opposition parlementaire.
Il est revenu au Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, de clôturer les débats après un réaménagement de la liste initiale d’orateurs. Ce dernier a d’entrée provoqué l’hilarité au Parlement lorsqu’il a déclaré : « J’avais compris durant la campagne que l’opposition avait choisi de regarder de l’avant, mais voilà que subitement aujourd’hui elle a choisi de regarder en arrière. » Il a accusé l’opposition d’avoir critiqué Xavier Duval et Pravind Jugnauth en tant qu’anciens ministres des Finances sans piper mot de la performance de Rama Sithanen, qu’elle voulait présenter à nouveau comme ministre des Finances.
« Nous sommes venus pour redresser l’économie du pays, nous le ferons », a déclaré sir Anerood Jugnauth. Il a observé que le nouveau gouvernement a été élu sur la base d’un programme et a donné l’assurance qu’il ira jusqu’au bout de sa mission. Il a également rappelé qu’entre 1983 et 1995 le gouvernement et le secteur privé ont travaillé en étroite collaboration. « Le secteur privé était très heureux », a-t-il dit. Toutefois, ajoute le Premier ministre, le secteur privé ne doit pas oublier qu’il fait partie de la nation mauricienne et que le temps de l’esclavage et des travailleurs engagés est révolu. « Nous vivons dans une île Maurice libre. Tous les citoyens ont les mêmes droits. Toute la nation doit comprendre que tous doivent apporter leur contribution pour faire du développement économique une réalité », a-t-il dit.
État de droit
Le Premier ministre a soutenu que le niveau de la compensation salariale et l’augmentation des pensions consolident l’État de droit. « The consolidation of the Welfare State is in progress », a-t-il dit en soutenant que le nouveau gouvernement a respecté ses promesses. Il a également souligné que la lutte contre la pauvreté figure en priorité sur l’agenda du gouvernement.
Intervenant après le ministre Soodesh Callichurn, qui a fait hier son maiden speech pour présenter son premier texte de loi en tant que ministre du Travail, Paul Bérenger est revenu sur les compensations adoptées par le gouvernement depuis 2012. Il a rappelé qu’en 2012 alors que le taux d’inflation était de 6,5 %, le gouvernement avait payé une compensation de Rs 350 ; en 2013, l’inflation était de 3,9 %, mais le ministre des Finances avait payé une compensation de Rs 300. En 2014, la compensation était de seulement Rs 300 alors que l’inflation était de 3,5 %. De plus, les pensions de retraite n’avaient connu qu’une hausse de Rs 129. Il a rappelé que l’ancien gouvernement avait proposé une compensation de Rs 400 pour l’année 2015 malgré le fait que le taux d’inflation en 2014 est estimé à 3,3 %. Il observe que le nouveau gouvernement a porté la pension à Rs 5 000 et propose le paiement d’une compensation de Rs 600. La question clé, selon Paul Bérenger, est de savoir si le niveau de compensation et d’allocation de retraite est une « one off electoral measure » ou si ce sera la tendance qu’adoptera désormais le gouvernement. Citant le ministre des Finances qui avait parlé de situation de grande misère dans le pays et d’écart grandissant entre les riches et les pauvres, le leader de l’opposition a estimé que ce sont des mots très forts qui « speak volumes » concernant la performance des précédents ministres des Finances. Il a demandé au ministre des Finances d’expliquer, en attendant la présentation du Budget, si le paiement d’une compensation supérieure au taux d’inflation sera la tendance qu’adoptera le gouvernement. Paul Bérenger a aussi évoqué les difficultés rencontrées par les PME dont l’endettement est très élevé.
Coût de la paix sociale
Pour sa part, le ministre des Finances Vishnu Lutchmeenaraidoo a expliqué que la question de compensation est liée à un concept global de la philosophie du développement du pays. Il a expliqué que la campagne électorale a permis de se rendre compte du niveau de misère dans lequel vivent beaucoup de citoyens mauriciens. Il a critiqué Rama Sithanen pour la réforme introduite entre 2005 et 2010 qui a, selon lui, appauvri les plus vulnérables dans le pays. Il a observé que le gouverneur de la Banque de Maurice a confirmé la croissance de l’écart entre les riches et les pauvres. Or, a-t-il insisté, « nous ne pouvons construire le miracle économique sur une base sociale en pleine explosion. C’est la raison pour laquelle nous avons donné priorité au social ». Vishnu Lutchmeenaraidoo a soutenu que les budgets présentés entre 2005 et 2010 ont fait beaucoup de mal au consommateur et qu’il convient de rétablir de coût de la vie des pauvres. Il a reconnu que le coût du paiement de la compensation estimé à Rs 4,7 milliards est élevé, mais pour lui le rétablissement de la paix sociale a un coût. Alors que l’ancien gouvernement a soutenu que le nouveau gouvernement ne pourrait soutenir cette augmentation sans augmenter la Taxe à la valeur ajoutée, le ministre des Finances a soutenu qu’aucune taxe additionnelle ne serait introduite par le budget qui serait présenté en mars.
Reza Uteem a repris les arguments du leader de l’opposition en critiquant la politique économique pratiquée par les anciens ministres des Finances Pravind Jugnauth et Xavier-Luc Duval. Il a aussi demandé si le niveau de la compensation salariale est un « one off » ou si ce sera la politique adoptée par le nouveau gouvernement. Pour lui, il est injuste de critiquer Rama Sithanen. Reza Uteem a aussi rappelé que l’opposition a toujours été en faveur du « rattrapage salarial » au lieu d’une simple compensation. Il a conclu que l’opposition était en faveur du paiement d’une compensation de Rs 600 et attendait la présentation du budget pour évaluer l’impact de cette mesure.
Le Premier ministre a présenté ses voeux de Joyeux Noël et de Bonne Année au Président de la République, au Speaker, aux membres de l’Assemblée et à la nation, voeux auxquels s’est joint le leader de l’opposition. Les travaux parlementaires ont ensuite été ajournés au 27 janvier 2015.