« Bann Zako Moris bizin OU ! ». À la sortie du Mahatma Gandhi Institute samedi dernier, un jeune homme distribuait des dépliants et je me suis attendrie sur le sort des quelque 10,000 singes que Maurice exporterait aux laboratoires à travers le monde notamment aux États-Unis et en Europe.  La campagne « Sov Nou Zako », un projet de la BUAV (The Campaign to End all Animal Experiments) m’a en fait inspirée pour cet article.
Voyez-vous, samedi dernier ne devait pas être un jour comme les autres parce que j’allais enfin voir sur scène une chanteuse hors pair – une artiste qui me fascine depuis plus de dix ans. Une artiste qui combine la transe, les mélodies sacrées du Bhutan, les notes des liturgies chrétiennes orientales, le Blues, le Folk et j’en passe, comme je n’en ai jamais entendu. Avec elle, la transe n’est jamais très loin, on la devine, jusqu’à s’en approcher quand le tempo s’accélère à la fin de ses chansons. On est alors loin – très loin – au pays des énergies et de la spiritualité. Le noir, sa non-couleur fétiche, la crinière sauvage, les mouvements encore plus indomptés – tout ceci fusionne avec pour résultat, une performance quasi-shamanique.  L’on comprend alors pourquoi elle fut la première artiste de la World Music à avoir été nominée pour un Mercury Award en 2001 pour son album « Salt Rain ».
Bref, samedi dernier donc, j’étais au concert pour recueillir ces énergies et me perdre dans l’univers des vers carnatiques de la grande Susheela Raman. Sauf qu’en route, j’apprends à mon grand étonnement qu’un groupe socioculturel aurait fait pression, allant jusqu’à menacer l’annulation du concert, si elle n’ôte pas une chanson de son répertoire – « Paal » tirée de son dernier album « Vel ».  En signe de protestation, les musiciens ont observé quelques bonnes minutes de silence à la place de « Paal » et on a eu droit à la fin de la chanson – quelques notes de musique rythmique.
« Paal », acclamée par les critiques comme le meilleur morceau de « Vel »  après « Ennapane », est une autre chanson traditionnelle. Amorcée par une mélodie joyeuse au violon pour se terminer en rythmes envoûtants, « Paal » se veut une louange au Dieu Muruga. Comme l’aura souligné Sam Nills, le guitariste et compagnon de la chanteuse, et Susheela Raman, « Paal » a été chantée dans le berceau du Dieu Muruga dans le sud de l’Inde, aux États-Unis, au Pakistan…et même chez nos voisins les Réunionnais.  Personne n’y a vu une insulte au Dieu Muruga – Muruga, que la chanteuse idolâtre considérant les « Vel Muruga » qui habitent ses chansons. Ironiquement, Susheela Raman aura, samedi dernier, chanté les louanges du Dieu Shiva – le père de Muruga – mais aussi « Allah » ; un hommage époustouflant à l’icône du « Kawali » Nusrat Fateh Ali Khan décédé en 1997.
Personne n’y a vu d’inconvénients tout comme personne n’a vu d’inconvénients à l’accompagner dans son « Om Namah Shivaya » à la fin de son concert. Mais on la sentait crispée, froissée et ses musiciens aussi. Et ce n’était pas parce que la sono laissait à désirer samedi dernier (ou aussi) mais parce que certains « traditionalistes » – et je pèse bien mes mots – ont fait entrave à son art, à l’art tout court. Parce que certains « puritains » – et je pèse bien mes mots – ont pénétré son halo d’énergies positives et bousillé le mien en passant.
Que faire devant autant de niaiseries ? Je me suis bon creusée la tête et je suis finalement parvenue à cette solution.
À défaut de ne pouvoir changer la mentalité « zako » des uns, joignez-vous à la cause de la BUAV et sauvez nos descendants des mains de certains laborantins : www.saveourmonkeys.mu ou www.facebook.com/saveourmonkeys.