Qu’est-ce qu’un Mauricien peut-il bien faire en Malaisie ? Du business, des études… Du tourisme ! De la chanson ? En anglais peut-être. Mais, on ne s’attendrait pas à entendre un « gars de chez nous » se démarquer grâce à un Lagu Untuk Mu et remporter un concours de chants en Bahasa Melayu. Et pourtant. Il s’appelle Olivier Ng Tat Chung et n’a que 21 ans.
Lagu Untuk Mu. Meet Uncle Hussain. Mon premier est le titre d’une chanson. Mon deuxième : le nom du groupe qui l’interprète. Non, il ne s’agit pas du prochain Gangnam Style, du prochain pop-kitsh asiatique qui viendra écumer nos ondes cette année. Jusqu’à l’heure, Meet Uncle Hussain peut se targuer de pouvoir se rendre en vacances aux États-Unis ou en Europe et d’y faire ses courses en parfait inconnu. Parfait inconnu, il l’était aussi aux oreilles d’Olivier Ng Tat Chung. Et pourtant, c’est en partie grâce à cette chanson qu’il s’impose, en novembre dernier, au concours Pertandingan Akhir Palma 2012, destiné à ceux pour qui le malais, ou Bahasa Melayu, est une langue étrangère. La visée étant pour le ministère malaisien de la Culture de prouver que le malais peut être un mode de communication global.
Le Mauricien a rencontré Olivier Ng Tat Chung la semaine dernière, juste avant qu’il ne reprenne l’avion pour la Malaisie. Les questions s’enchaînent. Qu’est-ce qui a poussé Olivier Ng Tat Chung, 21 ans, étudiant en Interior Design à la Limkokwing University à Cyberjaya, à se présenter à ce concours ? Comment l’aventure s’est-elle déroulée ? D’abord, comprend-il le malais ? Est-il déjà une star en Malaisie ?
« Je ne sais pas, dit-il de manière décontractée. Je ne sais pas encore si, du coup, on va me reconnaître ou pas. » Il faut dire que l’émission a été diffusée sur une antenne nationale, TV2, mais comme Olivier était encore en stage au moment du sacre – chez Ikea, en design –, et que « juste après, je revenais à Maurice pour les vacances… » Reparti pour la Malaisie lundi dernier, on peut espérer qu’il aura eu l’occasion de mesurer sa popularité. Au moment de notre rencontre, il était, à la fois, sur son petit nuage et détaché de son succès, distance géographique oblige. Il raconte.
L’aventure
Les choses se sont enchaînées rapidement pour Olivier. Il n’est pas étranger à la musique. Après avoir évolué dans des groupes au St Joseph, il se décide à tenter le coup en Malaisie. Merci à Google. On lance une recherche. On tombe sur le site de Palma 2012.
On doit être vers fin septembre. Et les événements se goupillent bien. Le dernier round d’auditions a lieu dans une école de la localité de Cyberjaya. « Et c’est alors je m’y mets. Je ne parle pas malais… » Et il ne comprend pas non plus cette langue. Alors comment faire le tri entre une série d’onomatopées incompréhensibles, tout en travaillant la voix, l’émotion ?
Lors des auditions, Olivier tente de mitiger les risques, de se la jouer prudent. C’est avec le slow rock Kau-il-Amku que le précédent gagnant du concours Palma s’était distingué. La stratégie consistera donc à reprendre le même morceau, « en plus, c’était dans mon registre ». La méthode Ng Tat Chung est la suivante : « on retient les sons » ; on teste la voix ; « on demande aux amis d’expliquer le sens ». Et le tour est joué… Mais pas pour longtemps. Pa tou kout mem kout, dirait le Kreol.
Et après avoir passé les auditions et figuré parmi les 17 meilleurs sur 69 participants au départ, on lui annonce, à deux jours de la semi-finale (qui avait lieu une semaine après les auditions), que ce ne sera pas possible de continuer avec Kau-il-Amku. Bien sûr, c’est le titre gagnant de la saison précédente. Il faut revoir sa copie.
« Stress total. Voilà qu’on me dit que je dois changer… Et en très peu de temps : deux jours. » Et on n’est plus dans le soft rock. Meet Uncle Hussain avec son Lagu Untuk Mu, c’est le condensé de la déception amoureuse, un traité de l’étape haineuse : voix pleine, cris… Chanson qui arrivera toutefois à adoucir et nuancer Olivier. Et au final, sa tessiture collera bien à la mélodie. Grâce à sa même « méthode step-by-step », il se sera approprié l’enchaînement de Guna hati, Akal dan fikiranmu, Berbeza dans la cohérence et l’intensité. Lagu Untuk Mu était son ticket pour se qualifier parmi les 10 finalistes et accéder à la phase « résidence à l’hôtel », durant la semaine précédant la finale.
C’est le 2 novembre à l’Angkasapuri’s Main Auditorium, devant plus de 800 spectateurs, dont un groupe de Mauriciens et d’amis étudiants venus le soutenir, quadricolore en tête de proue, et des téléspectateurs de la TV 2, qu’Olivier décroche ce soir-là le prix de la meilleure performance vocale et celui de « Champion in the Men’s category ». Il aura ramené RM 11 000 (Ringgit) chez lui ainsi qu’un trophée souvenir.
« Bien sûr, la surprise est là », se souvient Olivier en commentant la vidéo Youtube (tapez Pertandingan Akhir Palma 2012). Et la surprise est double. « La présentatrice parle. Je ne comprends pas ce qu’elle dit. On nous fait avancer, un autre candidat et moi-même. Et j’entends mon nom… » Le calcul est vite fait. Au final, il a gagné bien plus que le prix de meilleure performance vocale. Il rafle la mise… Dans une langue qu’il est loin, très loin même, de maîtriser (même s’il s’est fixé pour objectif de l’apprendre. Il a tout le temps des études pour cela).
All-rounder
Une belle première ! Premier concours de chant, première victoire. Non, il n’était pas néophyte ; il est un ancien élève du Conservatoire François Mitterrand, en cours de guitare dans un premier temps mais aussi dans la formation des Select Singers de Lower Six à HSC. Exemple de l’élève qui s’essaye à tout, Olivier Ng Tat Chung aura représenté le Collège St Joseph et Curepipe en athlétisme — champion national minime en 250 mètres haies en 2006 — ou encore en natation. « J’ai fait un peu de tout », assure-t-il avec modestie. Mais on peut sentir que même si la musique tient une place de prédilection dans sa vie — Olivier avoue avoir « reçu quelques appels pour son projet musical », — « les études restent la priorité ». Il continue son petit bonhomme de chemin en musique comme en design.
Au départ, Palma 2012, c’était 69 participants étrangers et dix finalistes du Nigeria, d’Irak, d’Angleterre, du Soudan, de Chine, du Botswana, de Corée du Sud, du Népal, du Cambodge et de Maurice. Olivier Ng Tat Chung dédie sa victoire à ses parents, et aux Mauriciens qui l’ont soutenu.