« Karay de l’inter/transculturel : heurts et bonheurs » est le thème directeur du 27e congrès annuel du Conseil international d’études francophones (CIEF). Ces rencontres attireront environ 180 chercheurs, universitaires et écrivains du 9 au 16 juin à Maurice, au Centre de conférences de Grand-Baie. Une première dans l’hémisphère sud tout au long de laquelle la littérature de Maurice et de la région sera sous les feux de la rampe.
En accueillant le congrès du Conseil international d’études francophones (CIEF) début juin, Maurice inaugure peut-être une phase de développement de ces rencontres puisque jusqu’ici elles ne s’étaient paradoxalement jamais tenues dans un pays de l’hémisphère sud. Si le CIEF a été créé au Canada et si son conseil d’administration se compose essentiellement de représentants d’Amérique du Nord et d’Europe, ses sujets d’étude couvrent toutes les facettes de la francophonie où les pays du sud occupent une place prépondérante. Nous devons cette venue à Maurice à l’actuelle présidente du CIEF, Eileen Lokha, cette dynamique Mauricienne, Canadienne, spécialiste des littératures francophones et elle-même écrivaine, en poste à l’université de Calgary.
On estime à environ cent-quatre-vingt le nombre des participants à ces rencontres, tous ayant été recrutés par un comité scientifique composé d’universitaires dans le cadre d’un appel à communication pour lequel ils proposaient un résumé de leur conférence. Ces dernières sont regroupées dans des sessions qui partagent un même thème ou un lieu géographique ou une approche critique, etc. Plusieurs sessions s’intéressent à Jean-Marie Le Clézio en tant que tel, par exemple sous l’angle de « l’écriture et des schèmes de l’imaginaire », sur la rupture et l’incertitude dans Onitcha, sur la réception de ses ouvrages en Chine, sur lui en tant que « voleur de langue » à entendre bien sûr au second degré, ou encore sujet particulièrement surprenant sur la présence de la technologie dans ses textes qu’il s’agisse du téléphone, de voiture, etc.
D’un continent à l’autre
Plusieurs sessions explorent aussi certaines créations d’Ananda Devi, sur par exemple le corps et son intimité dans un comparatif avec un ouvrage de Calixte Belaya, ou encore la traversée des langues dans Pagli, les enjeux de la traduction, etc. Plusieurs conférences traiteront comme le veut la tradition de ce congrès de son pays d’accueil et les spécialistes de la littérature mauricienne ne manquent pas à l’appel. Nous pourrons aussi relire à travers les analyses des participants, l’oeuvre d’auteurs de la région tels que Jean-Luc Raharimanana vu par Magali Marson, entre autres, ou encore celle d’Abdulrahman Waberi, et de bien d’autres encore.
Mais l’intérêt de ces sessions réside dans ce qu’elles vont nous apporter des autres pays du monde francophone que nous connaîtrions moins. Ainsi, cet événement offre-t-il l’occasion de se pencher sur les grands auteurs de la littérature maghrébine et de celle d’Afrique Noire. Il nous fera voyager au Québec et en Asie, en Europe et l’Est et ailleurs, dans tous ces pays où la langue française se pratique. Le panafricanisme, l’écologie, l’innovation technologique, la présence féminine, le sexisme, l’esprit de résistance, la violence et ses traumatismes, les guerres la résilience et la révolution ou l’art de dire l’indicible et de bien nommer les souffrances comme dirait Albert Camus, la liste des thèmes explorés est trop longue pour être complète ici. Ils nous indiquent que la littérature met des mots sur tout ce qui caractérise notre monde contemporain, elle nous permet de faire le temps d’un livre ce pas de côté qui aide à se distancier, à relire la vie et le monde qui nous entoure d’une autre manière, en devenant à chaque fois un peu plus pleinement conscient de la merveilleuse complexité de l’être humain.
Poésie et tables rondes mascarines
Le comité exécutif du CIEF se charge plus spécifiquement des tables rondes et d’une soirée poésie qui vont réunir des écrivains de Maurice et de la région. Au lendemain de l’attribution du Prix du CIEF à Édouard Maunick, la poésie sera toujours célébrée le mardi 11 juin à partir de 16 h, avec un dialogue poétique et des lectures entre Catherine Boudet et la soeur de Daniel Maximin, Micheline Rice-Maximin, qui vont croiser des textes des Antilles et des Mascareignes. Suivra un spectacle poétique présenté par toute l’équipe de la revue de poésie Point Barre avec l’appui musical de Neshen Teeroovengadum et de Daniella Bastien.
La journée de jeudi 13 juin accueillera deux tables rondes. Le matin, « Littérature indocéane : voix, voies et vagues » avec Michèle Rakotoson de Madagascar, Jean-François Samlong de La Réunion et Carl de Souza de Maurice. L’animation de cet échange sera assurée par Yolaine Parisot de l’Université de Rennes II. En soirée, « Voix et voies de la littérature mauricienne : quel (s) kari (s) pour quel karay ? » avec Shenaz Patel, Amal Sewtohul et Barlen Pyamootoo, le tout étant présidé par Kumari Issur de l’université de Maurice.
Tous ces échanges s’adressent prioritairement au public universitaire en vue de favoriser les échanges d’un continent à l’autre grâce au ciment de la langue et de la pensée. Mais la porte reste ouverte à ceux qui souhaiteraient y assister en tant qu’observateur pour une session, une journée ou même toute la semaine (inscription sur le site du CIEF ou sur place). Outre son cachet indocéanique et mauricien, que devrait apporter ce vingt-septième congrès de nouveau et spécifique : « Ce genre de rencontres, conclut Eileen Lohka, réunit des chercheurs de plus de vingt-cinq pays qui réfléchissent aux mêmes questions. La réflexion avance et se partage, les discussions s’ensuivent et donc font avancer la pensée. En plus, comme nous avons toujours des écrivains, le contact direct est formidable tant pour les congressistes que pour les artistes s’ils décident d’assister à quelques sessions. » Enfin, ce congrès honore chaque année un de ses chercheurs en attribuant le Prix du jeune chercheur qui permet à un doctorant de recevoir une bourse spéciale.