Le Comorien Hamada Madi Boléro a succédé à Jean Claude de l’Estrac en tant que secrétaire général de la Commission de l’océan Indien (COI) hier soir lors d’une cérémonie de passation de pouvoirs à l’hôtel Labourdonnais, en la présence de trois chefs d’Etat de la région, à savoir la présidente de Maurice Ameenah Gurib-Fakim et ses homologues des Comores et de Madagascar, Azali Assoumani et Hery Rajaonarimampianina. « Je vous l’ai déjà dit : je ne vous remplace pas, je viens juste pour compléter », a déclaré le nouveau secrétaire général à l’adresse de son prédécesseur.
Hamada Madi Boléro a dit mesurer l’ampleur de la tâche « qui est désormais la mienne, ainsi que la responsabilité historique qui m’incombe, d’abord en tant qu’Indianocéanien et, ensuite, en tant que responsable d’une organisation qui fédère le destin de cinq nations indépendantes formant une communauté ». Selon lui, « la COI n’est ni un concurrent, ni un rival de nos États, parce qu’il est impossible d’avancer dans nos objectifs sans une implication réelle de tous », avant de lancer un appel pressant aux dirigeants des États membres de la COI pour qu’ils « encouragent leurs administrations à collaborer pleinement » avec la COI « pour notre réussite ».
Être Comorien et devenir secrétaire général de la COI est, dit-il encore, « sans doute une source d’interrogation pour beaucoup ». Et de poursuivre que l’on « se demande quel sera mon comportement vis-à-vis de la France, pays membre de la COI », avant de clarifier ce que sera son action à la tête de la commission : « Il y a eu beaucoup d’évolutions entre nos pays, des évolutions qui ne peuvent s’écarter du principe général qui est celui du respect scrupuleux du droit international garanti par le Conseil de sécurité des Nations Unies, dont la France est membre permanent ».
Hamada Madi Boléro estime que, dans ce contexte, il se laissera donc « guider par le droit international ». Il fait ressortir : « Entre les Comores et la France, les négociations se poursuivent et les deux États souhaitent parvenir à une solution négociée, conforme aux résolutions des Nations Unies, tenant en compte les aspirations légitimes des Comoriens, et afin que cessent les drames quotidiens qui nous endeuillent. »
Pour sa part, le secrétaire général sortant, Jean Claude de l’Estrac, a rappelé que « ensemble, nous avons fait émerger sur la scène mondiale cet espace unique de peuples divers, mais solidaires, partageant les valeurs de solidarité, gestionnaires de leur diversité, tissant inlassablement des liens de coopération dans une ambition commune devenue une communauté de destin ». Cette ambition, poursuit-il, est portée par la COI, « qui est aujourd’hui bien plus qu’un outil de coopération : elle est un projet politique, l’expression d’une solidarité qui transcende nos frontières maritimes, nos écarts de développement et, parfois, nos égoïsmes nationaux ».
« Dans ce monde en perte de repères, notre région demeure un espace de paix, de rencontres et de dialogue (…) Cet état de fait n’est pas le fruit du hasard : il s’inscrit dans l’ADN de nos peuples. Ce qui m’autorise à affirmer que l’Indianocéanie est bien une civilisation, présente dans une géographie qui est aussi un carrefour de cultures et de croissance au coeur du nouveau monde afro-asiatique », continue le secrétaire général sortant de la COI. À noter que les trois chefs d’Etat présents ont également pris la parole, de même que le ministre mauricien des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo, et que les représentants de la France et des Seychelles.