La Cour suprême a rendu, hier après-midi, un vibrant hommage à Rajsoomer Lallah, ancien Chef juge, décédé le 3 juin dernier à l’âge de 79 ans à la suite d’une relativement courte maladie. Les trois intervenants, Bernard Sik Yuen, Chef juge, Me Yatin Varma, Attorney General et sir Hamid Moollan QC, qui agissait en tant que porte-parole du barreau, l’ont qualifié de sommité, qui était reconnue au niveau international comme un ardent défenseur des droits humains et qui, en tant que tel, était associé une vingtaine d’années durant à la commission créée par l’Organisation des Nations unies dans ce contexte.
Étaient présents hier, quelques-uns de ses « brother judges » et membres du barreau contemporains, notamment sir Victor Glover QC, Jocelyn Forget, anciens Chefs juge eux aussi, Robert Ahnee QC, sir Hamid et Me Raymond d’Unienville QC. Plusieurs membres de la famille du disparu étaient également là, alors que, du côté de l’État, le Premier ministre a assisté à la cérémonie, de même que les ministres Satish Faugoo et Tassarajen Chedumbrum, ainsi que le Speaker.
M. Sik Yuen et les deux autres intervenants ont retracé la carrière de Rajsoomer Lallah, que, rappelle le premier, tout le monde appelait affectueusement Soomer. Celui-ci, issu d’une famille de légistes, son grand-père ayant exercé la profession d’avoué, avait, une fois sa scolarité secondaire au collège Royal de Curepipe terminée, mis le cap sur l’Angleterre, où, au collège Balliol précisément, il avait obtenu sa licence en droit. Trois ans après, il a obtenu son Master à Oxford, et s’est spécialisé en jurisprudence. Il a été fait avocat au Middle Temple.
De retour à Maurice en 1960, il a exercé pendant quelques années au barreau, avant de se joindre au Parquet. Il s’est démarqué dans ce monde de légistes au moment où le gouverneur d’alors l’a nommé Deputy Electoral Commissioner, avec pour principale responsabilité l’enregistrement des électeurs. À cette époque, l’heure où l’on notait les noms des électeurs était dans la matinée, vers 11 heures. Mais il comprit bien vite qu’à cette heure, bon nombre de citoyens, dans un pays à vocation agricole comme le nôtre, se trouvaient alors dans les champs. Il a fait changer les horaires auxquels il fallait rencontrer ces personnes chez elles et, depuis, l’enregistrement se fait plutôt les après-midi ou en début de soirée… Satisfait, le gouverneur a insisté pour qu’il reste en poste jusqu’aux élections d’août 1967.
Soomer Lallah a par la suite réintégré le SLO. Il a été fait QC en 1976 et nommé juge en 1980. Quelques années plus tard, il a été installé comme Chef juge. Me Varma précisera qu’il a, en 1983, initié les démarches afin de créer le Council of Legal Education, qui a formé bon nombre de légistes actuels et qui continue à le faire. Le regretté Soomer Lallah a aussi agi comme Pro-Chancelier à l’Université de Maurice pendant trois ans.
Sur le plan international, outre le rôle qu’il a joué auprès de la Commission pour la défense des Droits humains des Nations unies, il a siégé sur d’autres comités de travail, toujours nommés par l’ONU, dont un avait pour but de faire des recommandations sur les problèmes découlant de l’apartheid en Afrique du Sud.