Le rapport de la firme singapourienne nTan Corporate sur l’affaire BAI met en lumière des failles à plusieurs niveaux du système financier mauricien – des décideurs et hauts cadres des principales entités concernées, auditeurs de même que les régulateurs (BoM et FSC). L’on se souvient que, dans un rapport sur l’affaire MCB/NPF qui n’avait pas été rendu public mais dont « Le Mauricien » avait pu en procurer une copie et publié dans son intégralité dans son édition du 19 mars 2005, la même firme singapourienne avait dévoilé le mécanisme de cet énorme scandale en pointant du doigt de graves manquements au niveau du système de contrôle interne de la banque, ce qui a permis, selon le rapport, des transferts non autorisés des sommes faramineuses vers d’autres groupes de compagnies privées.
 Mais il n’y a pas que l’affaire BAI ou MCB/NPF ; beaucoup d’observateurs sont d’avis que si un audit approfondi était mené sur de grandes entreprises locales, l’on découvrirait alors  ce  que l’ex-directrice du défunt ECO avait appelé « un monstre de la corruption » en se référant au secteur privé lors d’une interview accordée à un hebdomadaire (Mauritius Times) du 24 janvier 2003. Mais, quoi qu’il en soit, il convient tout de même de reconnaître que Maurice ne fait pas exception à la règle globale. La crise financière mondiale de 2008 a encore une fois démontré que la base de la dérive économique est constituée d’un système financiarisé dénué de tout sens de rationalisme mais auquel sont étroitement liés le développement et l’épanouissement humain, l’existence même de l’humanité. Car il n’y a pas que des considérations économiques qui entrent en jeu mais aussi sociales et surtout evironnementales.
 En effet, tout ce branle-bas de combat que l’on a assisté l’an dernier dans le cadre de la conférence de COP21 à Paris s’est promptement estompé et les résolutions acclamées par de longues ovations risquent finalement d’être reléguées aux oubliettes. D’ailleurs, rien de concret n’est exprimé dans la feuille de route quant à la limitation de l’augmentation de la température terrestre à 1,5°C, l’exploitation des énergies renouvelables, aux engagements financiers de l’ordre de $ 100 milliards aux pays les plus vulnérables, etc. Mais la question que l’on se pose : à un moment où le bouleversement des paramètres atmosphériques est déjà significatif, la planète peut-elle réellement se permettre une augmentation de sa température ne serait-ce que d’un demi-degré centigrade ? C’est plutôt à un exercice d’assainissement de conscience auquel les décideurs politiques mondiaux s’étaient adonnés à ce sommet.
 Sur le plan social, les inégalités engendrées par un système économique qui s’arrête à la croissance de la richesse sans pour autant se soucier de sa répartition sont à la base de tant de souffrances et de drames humains au niveau global. La crise migratoire, par exemple, n’a pas débuté avec le déclenchement en 2011 de la guerre en Syrie. Même la barbarie du terrorisme qui ébranle plusieurs régions du monde ces jours-ci puise sa source dans un système économique fort inégalitaire – système qui, par ailleurs, continue à comprimer le marché du travail sur tous les continents. Aux États-Unis, durant ces quatre dernières décennies, le revenu du travail s’est réduit de 61% à 57% du PIB – une tendance également observée dans d’autres pays développés comme au Canada, en Australie, au Japon, en France, en Grande-Bretagne, entre autres. En ce qui concerne le géant asiatique, la Chine, la contraction boursière dans ce pays risque de gripper l’un des principaux moteurs de la croissance mondiale. Hormis les marchés boursiers, les partenaires commerciaux de la Chine en subissent aussi les conséquences. Et c’est à Francfort que les plus fortes influences de l’effondrement de la bourse chinoise ont été ressenties, l’Allemagne étant le pays européen le plus dépendant des exportations vers la Chine. Et les pays en développement de même ne sont pas en reste car la forte demande des matières premières de ces pays par la Chine a connu une chute conséquente ces derniers temps. Le géant sud-américain traverse également une crise sans précédent. Entré en récession dans le second trimestre de l’an dernier, le Brésil est aussi secoué par une vague de révélations sur le méga-scandale de corruption concernant le groupe pétrolier public, Pétrobras, scandale qui a entraîné dans son sillage une crise politique profonde, la présidente Dilma Rouseff étant même menacée d’une procédure de destitution.
 Ainsi, à un système de développement économique chancelant, engendrant corruption, inégalités, tensions sociales, crises financières et environnementales, plus que jamais une alternative s’impose. Avant qu’il ne soit trop tard.