DEVARAJEN KANAKSABEE

Citoyen mauricien

Au cours de la treizième session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel tenue au Swami Vivekananda Convention Centre, à Pailles, j’ai déposé le 27 novembre à midi au secrétariat de l’UNESCO un mémorandum de quatre pages sur six héritages immatériels de la culture et de l’art tamouls pour être considéré par cette instance des Nations unies.

Conscient que toute demande doit être faite par le biais du National Committee à l’UNESCO, la secrétaire m’ayant informé que le dossier doit passer par ce comité, j’ai pris quand même ce risque. Sachant fort bien que le dossier mentionné n’atterrira jamais à l’UNESCO, j’ai donc pris une mesure précautionneuse qui suit: la délégation des Tamouls en France, menée par Deven Rengasamy du World Tamil Parliament, compte soumettre le dossier au siège de l’UNESCO à Paris.

Dans le mémorandum en question mention est faite que la communauté tamoule débarqua sur l’île en 1735 avec pour mission de répondre aux exigences de cette époque : aménager le chef-lieu militaire sous Labourdonnais – vital pour la prospérité de l’île et de la métropole. S’ensuivait dans ce sillage la construction d’infrastructures importantes et d’édifices en pierre taillée.

Il est légitime que l’UNESCO porte une attention toute particulière à la contribution culturelle et artistique de cette composante de la population de la République. On constate une politique discriminatoire à l’égard de la communauté tamoule ; en dépit du fait qu’elle ait tant donné à l’édification de la nation mauricienne, notre culture et notre langue ancestrale restent dans les marges. Tous les gouvernements de l’île Maurice ont mis l’accent sur l’Aapravasi Ghat, Le Morne et leurs corollaires mais n’ont accordé aucune importance à l’échelle internationale des valeurs tamoules; peut-être pour des raisons électoralistes et numériques car la communauté tamoule ne représente pas grand-chose aux yeux de certains…

Mention est aussi faite dans le dossier de l’assimilation de la communauté tamoule au groupe hindou – qui serait semblable à la présence de la communauté créole au sein de la population générale –, d’où son appauvrissement économique et politique entre autres. Cette perte d’identité a été fatale pour les Tamouls mauriciens.

On demande que ces six héritages immatériels soient  décrétés patrimoine de l’humanité. La particularité très mauricienne est, bien entendu, de mise:

1. LE KOLAM – L’art de dessiner sur le sol des scènes tantôt mythologiques, tantôt géométriques avec du riz coloré.

2. LE KOHL ATTAM – Une danse pratiquée avec une paire de bois ronds (40cm x 1.5cm) s’alliant aux cérémonies culturelles et religieuses.

3. LE KOUMMI – Une danse ancrée dans une dynamique musicale et dans la grâce même de jeunes filles et dames, avec leurs claquements de paumes en mouvement et virtuosité, le tout coordonné à merveille.

4. LE BOUMATTAM – Cette danse de six personnes – qui n’a malheureusement plus cours à Maurice – consiste en de mouvements circulaires avec une corde attachée à deux bouts de bois entre les mains des artistes qui convergent vers un pivot central en haut pour finalement lui donner la forme d’une queue-de-cheval tressée d’une jeune fille.

5. SEPT CARIS – Menu hautement apprécié par tous les Mauriciens. Les sept caris se révèlent être une combinaison de plusieurs vitamines et cela se consomme sur la feuille tendre du bananier….

6. LE TORNUM – À l’aide des feuilles de cocotier, on fabrique des oriflammes en tous genres. En se servant uniquement de la verdure, la protection de l’environnement est privilégiée.