Intervenant hier en fin d’après-midi lors de la réunion du conseil municipal de Curepipe, le maire par intérim, Michel Latour-Adrien, s’est dit « déçu, écoeuré et horrifié » de la façon dont certains hauts cadres de l’administration municipale traitent le personnel et les administrés. Il s’est livré à un véritable réquisitoire contre l’administration curepipienne.
« Je tiens à vous faire part que, depuis une semaine que j’assume la suppléance, j’ai été surpris, déçu, écoeuré et horrifié de la façon dont certains hauts cadres traitent leur personnel, notre personnel, les Curepipiens et les acteurs économiques, par leur arrogance et leur dédain envers ces derniers », a déploré Michel Latour-Adrien en présence du Chief Executive (CE) Vineshsing Seeparsad, des chefs de département et de ses collègues conseillers.
« Tout d’abord, je dois publiquement présenter mes excuses aux représentants syndicaux pour le manque d’égard que le Chief Executive a eu envers eux », a ajouté le maire par intérim, le maire Sunil Kumar Beedassy étant en mission à l’étranger. Selon Michel Latour-Adrien, le CE a renvoyé une réunion qu’il devait tenir avec les syndicalistes « sans même avoir eu la décence de les prévenir… Le problème des éboueurs pouvait attendre », a-t-il ironisé.
Michel Latour-Adrien a ensuite énuméré une longue liste de ce qu’il considère comme un traitement discriminatoire de la part du personnel municipal envers certains opérateurs économiques. « Demandez aux différents opérateurs du bazar – qu’ils soient fleuristes, bouchers, maraîchers, marchands de fruits ou de fleurs et autres – les misères, humiliations et harcèlement que certains doivent subir quotidiennement. En revanche, certains – le plus grand nombre –, qui ne sont même pas habitants de Curepipe, des intouchables, au nez et à la barbe des inspecteurs municipaux, ont droit à un traitement VIP », a-t-il dénoncé dans un silence religieux, et ignorant la mine déconfite du CE et des cadres municipaux présents.
Michel Latour-Adrien donne ensuite des exemples concrets des misères endurées par les citadins dans leurs démarches auprès de l’administration municipale. « Allez demander à ceux qui ont réclamé un permis de construire pour une maison de vous raconter le parcours du combattant et l’arrogance, si ce n’est l’humiliation, qu’ils ont dû subir ! » a martelé Michel Latour-Adrien.
Et l’intervenant de s’en prendre ensuite personnellement à Vineshsing Seeparsad. « Notre CE ne sait rien, ne voit rien, ne dit rien. Chacun fait sa petite popote et nous traite, nous conseillers, sans aucune élégance, comme si nous étions à sa merci et à sa disposition. Pourquoi aurions-nous droit à un traitement différent ? » lance-t-il.
« N’est-il pas temps de demander à certains anciens hauts cadres, qui inspiraient dans le temps le respect, de venir former certains aujourd’hui pour leur monter comment traiter le public avec humanité et leur apprendre le B.A. BA du savoir-vivre ? » se demande encore Michel Latour-Adrien.
« Le mur de Berlin est tombé. Il est temps de faire tomber le mur de l’arrogance et de la honte, de permettre aux cadres qui travaillent de redorer leur blason, et que les Curepipiens soient dorénavant traités avec humilité, respect et dignité ! » a conclu Michel Latour-Adrien sous les applaudissements des autres conseillers. Alors que le CE a insisté pour intervenir après le réquisitoire du maire suppléant, ce dernier a vigoureusement tapé du poing sur la table pour lui faire comprendre qu’il n’avait pas droit à la parole, suivant les Standing Orders, après une déclaration du maire (voir encadré).
Deux motions ont été ensuite adoptées après les débats. La première du conseiller Vicky Beetun, autorisant les marchands de fleurs à exposer leurs produits dans une délimitation d’un mètre et demi autour de leur étal. La seconde, du conseiller Mohammad Iqbar Akay, réclamant une meilleure coopération entre les élus et les cadres.
–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––
« Pa finn gagne lokazyon pou exprim mwa ! »
À l’issue de la réunion, le CE Vineshsing Seeparsad a sollicité Le Mauricien pour réagir. Il déclare : « Mo pa finn gagn lokazyon ek prezidan pou exprim mwa lor statement ki li finn fer, malgre ki mo finn demand la parol. Par examp, reinion sindika finn fer », a-t-il déclaré sans vouloir s’étendre davantage sur la question, malgré nos sollicitations.