Le rêve de Maillot Jaune de Mark Cavendish devant son public s’est fracassé sur le final de la première étape à Harrogate, dans le Yorkshire. Après la chute du Britannique, le Tour a commencé comme il s’était fini l’an dernier : par une victoire de Marcel Kittel.
Alors que tout le public britannique, le Prince William et le Premier ministre David Cameron en tête, s’attendaient à féliciter Mark Cavendish, c’est sans doute à l’hôpital qu’il fallait se rendre samedi soir, et non sur le podium protocolaire d’Harrogate, pour rencontrer l’enfant du pays. Le destin est cruel pour le roi des sprinteurs, tombé à environ trois cents mètres de la ligne alors qu’il était à la lutte – à la limite du coup de boule d’ailleurs – avec Simon Gerrans, emporté lui aussi dans la chute. Le « Cav » a vu s’envoler son rêve de Maillot Jaune, qu’il n’a jamais porté. Pire : à terre, il se tenait la clavicule droite, avec sur le visage un rictus triste qui mêlait souffrances physique et psychologique. Il n’était donc peu probable qu’il puisse prendre le départ de la deuxième étape, aujourd’hui entre York et Sheffield, alors qu’elle passera devant la maison d’enfance de sa mère.
C’est un cauchemar que vit le coureur de l’île de Man, qui rêvait tout haut le matin même, mais rien ne dit pour autant que sans sa chute, il aurait gagné la première étape du Tour 2014, la première en Grande-Bretagne depuis 2007. Loin de là, car avant de tomber, Cavendish était en retard. Pourtant, son équipe, Omega Pharma-Quick Step, avait pris les commandes du peloton à quatre kilomètres de l’arrivée, plaçant six hommes devant son sprinteur. Ne manquait qu’Alessandro Petacchi, ce qui n’est pas rien, puisque le vieil Italien avait lâché prise dans troisième et dernière côte du jour, au 130e des 190,5 kilomètres de l’étape. C’est d’ailleurs à ce moment de la course que le dernier des trois échappés, Jens Voigt (42 ans), a été repris, puisque le plus vieux coureur du Tour depuis plus de 80 ans (!) n’avait qu’un objectif : prendre le maillot à pois. Tout le reste de l’étape ne devait ensuite servir pour le peloton qu’à préparer la bataille des sprinteurs.
Problème : le bel attelage consitué autour de Cavendish s’est décomposé dans une dernière petite bosse juste avant la flamme rouge, où Fabian Cancellara a tenté sa chance. Quand le Suisse a été repris, à environ cinq cents mètres de la ligne, le « Cav » était distancé ou presque. Restait donc à savoir qui pourrait tirer son épingle du jeu dans un final où les trains n’existaient plus, où il fallait en fait presque autant de punch que de vitesse pure. Peter Sagan (2e de l’étape) et Bryan Coquard (4e), qui ont ce profil, étaient présents, mais Marcel Kittel aussi. Sur le Tour, l’Allemand est devenu une machine à gagner. Le voilà qui ajoute un nouveau bouquet après les quatre de 2013, dont le dernier sur les Champs-Elysées, là où avait l’habitude de gagner un certain Cavendish. S’imposer sur le terres de son adversaire, à l’issue d’une étape marquée par un très grand succès populaire, dans un décor de carte postale, n’est-ce pas ça la plus belle des victoires ?