Cyril Ramdoo a voulu rendre hommage à Ernest Wiehe à sa façon en redonnant vie aux chansons d’une cassette qu’il avait réalisée avec le musicien, et excellent arrangeur. S’il la réédite cette fois sous la forme d’un CD, il en a gardé toute la saveur de l’époque, jusqu’à l’étrange graphie qui mélange le français et le kreol. Un pain ti godon associe des chansons à écouter en famille à un accompagnement musical particulièrement varié.
Après Alalila ou encore Froder mariaz, Cyril proposait avec Un pain ti godon sa troisième cassette, il y a vingt ans, fidèle à sa réputation de chanteur à écouter en famille, dont les disques peuvent entrer dans les foyers sans choquer ni dévergonder. Leurs textes racontent les petites choses du quotidien, les activités qui font la saveur du folklore mauricien, mais qui tendent à disparaître avec le développement de nouveaux modes de consommation.
Ainsi raconte-t-il les joies et les déboires d’un pique-nique un peu rocambolesque, le bonheur d’aller faire son marché au bazar, ou encore de fréquenter “lotel dité”, où cette boisson se commandait d’ailleurs sous un vocabulaire imagé aujourd’hui tombé en désuétude : champagne, malaï, avion, demi-blanc, rouge, etc. ! Notre homme oeuvre aussi pour la paix des ménages (Retourner, Sanze to mentalite) et aime jouer avec les mots (Lala ki pa la, li la, etc.), et s’amuser avec quelques caricatures et clichés masculins.
Il avait fait appel au jazzman pour une chanson qu’il devait interpréter à l’occasion d’un anniversaire (Descende pousser). Ernest Wiehe avait alors réuni une vingtaine de musiciens et concocté des arrangements dont il avait le secret. Cette expérience donnant une nouveau souffle au séga du chanteur, ils prirent la décision d’étendre l’expérience à neuf autres morceaux…
Cette initiative a été rendue possible grâce une copie cachetée de la bande originale, cette dernière ayant subi les affres du temps. Voilà un petit morceau de l’histoire du séga, bénéficiant d’une riche instrumentation, pour cet ancien éducateur qui a consacré de nombreuses années à enseigner la musique et le jardinage aux jeunes handicapés. Cyril Ramdoo, qui garde un souvenir ému de Roger Augustin, nous confie avec une certaine pudeur qu’il préfère être appelé « raconteur d’histoires à travers la musique et les chansons » plutôt que ségatier, un peu blessé qu’il est par les mines condescendantes que peut encore susciter cette forme d’expression.