La cérémonie d’ouverture des 11es Championnats d’Afrique juniors, le 29 août, à Bambous, a été marquée par une remise de certificats et médailles dans le cadre des 100 ans de l’athlétisme. Une cérémonie au cours de laquelle ont été décorés tous ceux qui ont contribué au développement de cette discipline dans le pays. Parmi on retrouve un certain Daniel André, Rodriguais et premier athlète mauricien à avoir participé aux Jeux olympiques en compagnie des Vivian Coralie, Christine et Dominique Béchard. C’était en 1984 lors des Jeux de Los Angeles aux États-Unis.
La passion reconnue. C’est ainsi qu’on pourrait qualifier la décision de l’Association mauricienne d’Athlétisme (AMA) de décorer l’ancien sprinteur Daniel André. Une juste récompense pour celui qui n’a jamais délaissé une discipline qui lui a tant donné au cours de ces 30 dernières années. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la flamme qui l’a animé à ses grands débuts ne l’a jamais quitté. L’enfant de Citronnelle aujourd’hui Senior Youth Officer à la Commission de la Jeunesse et du Développement Communautaire est toujours au coeur de l’action en sa capacité de secrétaire du comité régional de Rodriguais, d’entraîneur et d’ instructeur de la International Association of Athletics Association (IAAF).
A 49 ans, Daniel André a dit que c’était une fierté de constater que son travail ait été reconnu à l’occasion d’ un événement aussi symbolique que les 100 ans de l’athlétisme. Il est d’ailleurs le seul athlète, ancien ou nouveau, à avoir obtenu cette distinction. Et il n’a pas manqué de remercier tous ceux qui ont cru en lui, par le passé et ce jusqu’aujourd’hui. « Sincèrement, je ne m’attendais pas à recevoir cette distinction et je remercie tous ceux qui ont pensé à moi et qui ont reconnu le long chemin parcouru jusqu’ici. Cela fait des années que je suis dans le giron et si je suis toujours là, c’est surtout par passion pour une discipline qui m’a tant donné », a-t-il déclaré à Week-End, lors de notre rencontre à Bambous.
Le Rodriguais s’est dit fier de ce qu’il a accompli depuis ses débuts vers la fin des années 70. Il était alors étudiant au Rodrigues College avant qu’il ne mette le cap sur Maurice pour ses études et sa carrière de sportif. Spécialiste du 200m et  400m – il a  également était un coureur du 100m – Daniel André a été recordman national du tour de piste de 1984 à 1987 avec un chrono de 48:01. Il avait d’abord égalé l’ancienne marque qui était à l’époque de 49:05 avant de l’améliorer. Au cours de sa riche carrière, Daniel André a eu l’occasion de participer aux Jeux olympiques, mais aussi aux Championnats et Jeux d’Afrique, aux Jeux du Commonwealth et aux Jeux des Îles de l’océan Indien entre autres.
Des Jeux de 1985 inoubliables
De ces événements sportifs majeurs, Daniel André gardera des 2es Jeux des Îles de l’océan Indien de 1985 à Maurice des images inoubliables qu’il a qualifiées comme le plus beau de sa carrière d’athlète. « Dimoune pou dire mwa: Daniel samem pli bon souvenir tone trouvé pour dire (rire). Mais pour moi, ce sont ces Jeux qui m’ont marqué et j’en garderai toujours de très bons souvenirs. Il y avait autant de ferveur autour de ces Jeux et tout le monde était réuni autour d’une même cause, notamment le sport. Il n’y avait pas de race, ni de communauté. On était tous unis. C’était fantastique », se remémore-t-il avec beaucoup de nostalgie.
A une question de savoir quel aura été le moment le plus sombre de sa carrière, Daniel André nous dira, avec le franc parler qui lui est propre: « il y en a eu tellement que je préfère ne pas m’étaler la-dessus. » Il dira quand même à Week-End que: « Nul n’est prophète dans son pays » en faisant référence à Rodrigues. Car ce n’est qu’en 2003, a-t-il souligné, que ses performances ont été finalement reconnues lorsqu’il a reçu la Citoyenneté d’Honneur auprès de l’Assemblée Régionale. Ce qui l’irrite, c’est que « zotte pas fine servi sa dimoune la couma bizin  et c’est toujours le cas », avec beaucoup d’ironie. En 2000, il était élu athlète du siècle à Rodrigues à la suite d’un sondage réalisé par un journal de l’île.
Hormis cela, Daniel André avait été décoré en 1985 par la Reine d’Angleterre en recevant le titre de Outstanding Performance in Sports, alors qu’en 2001, l’AMA lui a décerné le titre d’entraîneur de l’année. « Ce dont je suis fier aujourd’hui, c’est qu’après une carrière d’athlète, je suis passé entraîneur. Cela afin de partager avec les jeunes ce que le sport m’a offert. Et aujourd’hui, je suis très heureux que la République de Maurice ait toujours reconnu ma valeur, ma contribution. Une république de Maurice pour laquelle j’ai également beaucoup contribué en matière sportive. « 
Malgré le fait de vivre à Rodrigues, la fédération a tout le temps fait appel aux compétences de Daniel André. En 2008, il a été responsable de l’équipe technique aux Jeux olympiques de Pékin en Chine, alors que lors des Jeux des Îles de l’océan Indien de 2007 à Madagascar, il a été responsable des sprinteurs. Il a aussi participé à plusieurs stages de formation et était reçu instructeur de l’IAAF en 2008. Il a aussi remporté, à deux reprises, le titre de meilleur entraîneur lors des Rodrigues Sports Awards.
« Réussir ses études académiques ou vocationnelles »
Après une longue et riche carrière, que pense-t-il de la nouvelle génération d’athlètes, comparativement à sa génération où il y avait très peu de moyen ? A cela, Daniel André nous dira tout simplement qu’il ne peut juger les jeunes d’aujourd’hui. « A l’époque, nous nous entraînions à la raison de deux fois par jour sans vraiment nous soucier ce qu’on allait recevoir en retour. On pensait d’abord à se surpasser, à donner le meilleur de nous même, à remporter des médailles et à améliorer les records. » Selon lui, cette mentalité a beaucoup changé. « Les jeunes d’aujourd’hui revendiquent d’abord avant même d’avoir réalisé quelque chose, voire d’être quelqu’un. Au contraire, ils doivent d’abord chercher à atteindre le haut niveau, l’excellence. Ils bénéficient aujourd’hui des facilités dont on n’avait pas à l’époque. Mon message est qu’ils en profitent  pleinement afin de progresser et d’atteindre les sommets. Les à-côtés suivront. »
Selon lui, les encadreurs doivent également apporter leur contribution pour changer ce mindset. Malheureusement, a-t-il indiqué, la majorité de ceux qui ont un gros vécu ont pris leurs distances de l’athlétisme. »Mon souhait est que tous ces anciens athlètes reviennent à la source pour encadrer cette jeunesse qui, pour moi, a beaucoup de potentiel. Je terminerai par ce message aux jeunes: Le sport ne nourrit pas son homme. De nos jours, il est primordial de réussir ses études académiques ou vocationnelles. Nous avons des structures comme le Trust Fund for Excellence in Sports pour vous encadrer et vous guider. Avoir un plan de carrière sportive est bien, mais une formation professionnelle est aujourd’hui une obligation », a-t-il conclu.