Dès la fin de la projection du documentaire de Cyril Dion et Mélanie Laurent dans la salle pleine du cinéma de Trianon, il flotte comme un moment d’hésitation, avant que s’élèvent des applaudissements parsemés, progressivement suivis par l’assemblée, comme si nous avions du mal à accepter que « Demain » était possible.
Documentaire passionnant où l’équipe se rend dans 10 pays différents à la rencontre des « pionniers qui réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation ». En présentant ces actions concrètes déjà en fonctionnement, on peut voir émerger un monde différent, plus humain, plus serein, cette planète telle qu’on aimerait la voir évoluer demain.
Mais est-ce bien réaliste au stade où nous les terriens sommes rendus au 21e siècle ?
Non, il n’est pas rétrograde de penser que l’aide mutuelle telle que pratiquée chez les abeilles et les fourmis et tant d’autres communautés animales est un facteur de base des structures sociales. L’excellent essai de Kropotkine dès le début du 20e siècle sur le sujet en donne les clefs. Mutual Aid: A Factor of Evolution fait état de tous les avantages de l’entraide communautaire pour faire évoluer et prospérer en groupe.
Non il n’est pas interdit de dénoncer les dégâts des produits chimiques et autres potions magiques destructrices, intensément et impunément utilisés en agriculture; de même pour la pollution du sol et des aliments dénaturés au détriment des populations.
Non il n’est pas démodé de croire qu’aussi spectaculaires qu’auront été jusqu’ici les développements technologiques et scientifiques, mal utilisés, ils défont les liens sociaux et familiaux et endorment l’énergie créative entre autres.
Oui la construction de l’humain passe par l’éducation, l’éveil aux vraies valeurs et le développement harmonieux de l’individu. C’est une vérité basique, qu’on a le droit de défendre sans être taxé de ‘has been’.
Un ami proche, militant de choc et progressiste dans l’âme, happé par l’élan politique au temps de braises idéologiques, revenait sur sa carrière professionnelle. Il avait gravi les échelons jusqu’à atteindre le sommet de la profession. Aujourd’hui à la retraite, il affirme très sérieusement : « j’aurais dû avoir été responsable  d’écoles maternelles … »  Observation inattendue sur le coup, mais qui prend tout son sens quand on reconnaît que c’est au premier stade d’enseignement que les tout jeunes commencent leur réel apprentissage de la vie. Au sortir du nid, quand on sait que de nombreuses familles n’ont ni la formation, ni les convictions nécessaires, encore moins les méthodes efficaces pour semer dans ces jeunes cerveaux de quoi les préparer à devenir des ados avertis et des adultes épanouis.
Oui , c’est à 3-4 ans quand de plus en plus de parents se sont déjà endettés pour offrir des tablettes à leurs marmots, qu’une solide contrepartie éducative doit s’enclencher.
Tu as archi-raison l’Ami, la formation des responsables des « ti lekol » est d’une importance capitale. Un départ éducatif sérieux, pour que « demain » ne soit plus qu’un rêve flou, inatteignable.