Tous les insolents du monde sont en deuil, profondément bouleversés par l’attentat contre Charlie Hebdo.  Qu’ils aient parfois été gênés par l’humour acerbe de ces journalistes, ou se soient ouvertement opposés à certaines prises de position, ils se sont spontanément reconnus en une confrérie « foutante » décapitée ce mercredi 7 janvier.  Mais comme chez ces vers plats de mes années de biologie, capables de se régénérer quasi-indéfiniment, d’autres têtes pensantes émergeront, aux idées toutes aussi tordues et subversives, dérangeantes et nécessaires.
Je connais bien le quartier où s’est déroulé le massacre et suis encore incapable de l’imaginer théâtre d’une telle tuerie.  Je reste encore étonné et admiratif devant l’obstination, sinon l’innocence de ceux qui ont persisté dans l’impertinence, face à des menaces bien réelles, comme s’ils se promenaient sifflotant dans une jungle, narguant des fauves.
Je fais un salut amical à mes amis musulmans dont certains ont un humour aussi corrosif que Charlie.  Capables de se moquer des autres mais aussi d’eux-mêmes.  Je pense à tel fan de Woody Allen, à celles et ceux qui m’ont soigné récemment à l’hôpital, certains me racontant parfois des blagues aussi déplacées que les miennes.  Mais demeurant des blagues, des vues de l’esprit, ne méritant aucunement le sort qu’on a réservé aux journalistes de Charlie Hebdo.  Nous avons assisté à un choc de cultures.  Il s’agit de bien savoir lesquelles se sont opposées, et ne pas se tromper dans leurs définitions.
Dans ma tête, en tout cas, continuera à sautiller une petite femme ébouriffée, aux fesses rebondies, échappée des griffes de George Wolinski, mort pour ses idées.