Dimanche matin, dès 09 h 30, les parents des 11 victimes des inondations meurtrières du 30 mars 2013 s’étaient réunis autour de la stèle érigée en mémoire de ce triste samedi. Autour d’eux, proches, amis et aussi anonymes, de même que des religieux de toutes confessions, répondirent présents, le temps d’une prière. Ce fut un moment des plus poignants, un an jour pour jour après cette terrible journée qui coûta la vie à tant de personnes…
Les pleurs incontrôlables de Brinda Tewary, mère d’Amrish et Trishul, qui périrent noyés dans le tunnel sous le Harbour Front Building, brisent le silence religieux de mise, pour cette première et triste commémoration des inondations meurtrières. Au premier rang, à côté de l’unique fils qui lui reste, la mère d’Amrish et de Trishul Tewary ne parvient plus à contenir sa douleur… Autour d’elles, d’autres parents, dont sa soeur Sharda Ramdharri, mère de Keshav, qui trouva lui aussi la mort dans ce même tunnel ce jour-là, tente autant qu’elle le peut de consoler sa jeune soeur, tout en retenant ses propres larmes.
Un peu plus loin, Savita Bhobany et sa fille Jenita, Allan Wright et son fils Jason, Marie-Hélène Henriette et ses enfants, de même que Véronica Lai et ses enfants Angelo et Nella donnent également libre cours à leur peine. « Zame nou pou kapav bliye ni aret pans zot… » Vinod Khoosye, dont le fils Vikesh était parenté aux Ramdharri et Tewary, tente autant qu’il le peut de ne pas se laisser submerger par ses larmes.
La veille, samedi 29, une prière interreligieuse avait réuni ces mêmes parents et proches à Grand-Bassin, mais n’avait pas été au goût de tout le monde : « Pourquoi avoir mêlé les politiques à cette action ? » déplorent certains membres des familles endeuillées qui réprouvent également, ce dimanche matin,  la présence de plusieurs membres de l’opposition à leurs côtés lors de cette commémoration.
Prenant de la distance de l’événement, une fois les prières terminées et que quelques membres de la foule se sont dispersés, Allan Wright soutient que « nous, les parents des 11 victimes de ce drame, devons faire bloc et nous battre pour que justice soit rendue à ceux que nous avons perdus brutalement ». « Je suis également d’avis que l’État devrait constituer une structure spéciale pouvant venir en aide aux parents des victimes de tels accidents. C’est la première fois à Maurice qu’on a été témoin d’une telle chose… À la suite de ces inondations, plusieurs familles se sont retrouvées sans le sou ! Je pense ici à Mme Bhobany, ainsi que Mme Lai. Ces femmes ont besoin de travailler… Si je ne me trompe pas, l’État leur avait promis de leur venir en aide. Est-ce que l’État ne peut pas leur trouver un travail décent pour qu’elles puissent faire vivre leurs familles ? »
« C’est très dur pour moi de remettre les pieds à Port-Louis après que j’ai perdu mon fils, Keshav… », avoue Goorooparsad Ramdharri. Son épouse, Sharda, raconte que « mo garson ek mo bann neve ti bann extra bon garson… Zot fer louvraz tou dan lakaz. Akot zot ete zordi ? Kouma inn ariv sa ? » Elle a une pensée spéciale pour sa soeur Brinda Tewary : « Elle est vraiment accablée. Kouma kapav aksepte sa ? Perdi ou 2 garson mem zour, ek dan ki sirkonstans… »
Presque deux heures après l’hommage aux victimes des inondations meurtrières, les parents des 11 Mauriciens qui ont perdu la vie ce samedi 30 mars 2013 peinent à quitter les lieux… Le regard embrumé, les yeux remplis, le coeur gros, chacun recherche un peu de réconfort auprès des autres et fait de son mieux pour les consoler. La douleur de perdre les leurs a amené ces pères, mères, soeurs et frères à constituer, autour d’eux, une nouvelle famille. Si chaque année, estiment-ils, il faudra absolument commémorer la disparition de leurs proches, entre-temps, chacun a l’attention braquée sur le procès qui démarrera le 21 avril prochain, à l’initiative du DPP…