Deux activités organisées durant ce mois d’avril par le diocèse de Maurice pour commémorer son 160e anniversaire, l’une centrée sur l’histoire et l’autre avec une dimension sociale, apportent un nouvel éclairage sur la vie de la communauté anglicane. Une conférence-débat s’est déroulée il y a quelques jours sur le thème “La Responsabilité et la mission sociale de l’Église”. En sus du lancement, avant-hier, de la réédition de “A History of the Anglican – Diocese of Mauritius 1810-1973”, un ouvrage de feu Ghislain Emmanuel, qui fut le premier évêque mauricien du diocèse anglican.  
L’ouvrage original a été publié en 1975 et l’auteur a écrit son livre alors qu’il était “Vénérable Archidiacre” du diocèse anglican. En décembre 1976, Ghislain Emmanuel a été élevé au rang d’évêque, devenant ainsi le premier évêque mauricien du diocèse anglican. Mais il a occupé ce poste pour peu de temps, car il est décédé deux mois après son installation.
Depuis quelques années, le diocèse anglican a découvert qu’il n’existait aucun exemplaire du livre de Ghislain Emmanuel dans les librairies, lequel est aussi  introuvable dans les bibliothèques. D’où la décision prise de rééditer l’ouvrage et d’inclure son lancement au programme des célébrations pour marquer ce  160e anniversaire. Mais le travail de préparation pour cette réédition a commencé depuis 2010, sous la responsabilité de John Leung Yinko (chancellier du diocèse anglican). Donald Runghen (ancien recteur du  collège St-Andrew’s) et Breejan Burrun (journaliste et  passionné d’histoire) y ont aussi collaboré. La tâche de cette équipe n’a pas été facile en raison des difficultés techniques importantes. « Il a fallu scanner chaque page de l’ouvrage, qui en contient plus de 300, pour en faire d’abord une version en PDF. Mais ce procédé technique ne reconnaissait pas certains caractères typographiques de l’époque. Après un premier scan, nous avons entrepris une vérification de fourmi de chaque page pour relever les erreurs. Et les pages aussi avaient été décalées. Ce travail de vérification et de réajustement, après chaque étape, a pris beaucoup de temps, sans compter les recherches effectuées pour le volet additionnel. Mais nous sommes satisfaits du résultat final », dit John Leung Yinko.
A souligner que la réédition de ce livre d’histoire comprend un “addendum” couvrant la période 1973-2000 et durant laquelle la communauté anglicane a poursuivi son parcours sous trois épiscopats, à savoir celles de Mgr Edwin Curtis (1973-1976), de Mgr Trevor Huddleston (1978-1983) et de Mgr Rex Donat (1983-2001). L’ouvrage a été  lancé à la Salle d’oeuvres de la Cathédrale St-James par l’ancien vice-Président de la République Raouf Bundhun, et ce en présence de plusieurs personnalités, dont l’ancien vice-Président Karl Offmann, les Hauts-Commissaires de Grande-Bretagne et d’Australie, et Mgr Rex Donat (ancien évêque de Maurice). Des proches de feu Ghislain Emmanuel  étaient également présents.
Le livre contient en effet une mine d’informations, qui vont certainement intéresser les passionnés de l’histoire de notre pays. Il  retrace l’histoire du diocèse anglican depuis 1810 et, dans le même temps, un important pan de l’histoire du pays. Pour Mgr Ernest, évêque de Maurice et archevêque de l’océan Indien,  cet ouvrage de Ghislain Emmanuel représente un « précieux trésor qu’il faut jalousement garder » car c’est le seul ouvrage publié jusqu’ici sur le diocèse anglican. Et de remercier dans le même temps la famille Emmanuel pour sa collaboration à la réalisation de ce projet de réédition. « Notre diocèse s’inscrit comme un participant actif dans le développement religieux/spirituel, social et éducatif de notre pays. Ce document historique, élaboré par feu Mgr Emmanuel, est d’importance monumentale car il offre une description richement détaillée d’un peuple d’envoyés qui, contrairement à certaines perceptions, n’a voulu que partager la Bonne Nouvelle de Jésus Christ sans aucun marchandage. L’adhésion à la famille anglicane s’est faite par une décision libre et non imposée », a affirmé l’évêque de Maurice avant-hier.
L’ancien vice-Président Raouf Bundhun, dans son discours, a souligné la « contribution énorme » du diocèse anglican au développement de la société mauricienne en évoquant son engagement dans le domaine de l’éducation. L’orateur, qui a été élève au collège St-Andrew’s et, plus tard, enseignant dans ce même établissement, se souvient encore des « distinguished tacher » venant d’Angleterre qui l’ont marqué. De même, il dit aussi garder de bons souvenirs de ses camarades de classe, qui occupent aujourd’hui des postes à responsabilités au sein du diocèse. M. Bundhun a aussi rappelé que ce diocèse a été un « pionnier » dans l’éducation primaire. « The cessation of these schools to the education authorities constituted a great blow to the diocèse. »
Par ailleurs, la conférence-débat organisée par le diocèse anglican, sur le thème “La Responsabilité et la mission sociale de l’Église” – et qui a eu lieu il y une dizaine de jours au collège St-Andrew’s –, a permis à l’assistance de découvrir les différentes actions du diocèse anglican sur le plan social – en dehors de l’éducation – et qui sont méconnues de la grande majorité des Mauriciens. Les intervenants étaient : Mgr P. J. Lawrence (directeur du centre de formation du diocèse anglican), Jean Bruneau (Commissaire des Prisons), Lysie Ribot (enseignante et parlementaire), Jean Noel Adolphe (fondateur de l’ex-IDP et travailleur social), et Edesse Bégué (responsable de l’organisation anglicane). Le Commissaire des Prisons a rendu ce jour-là un hommage appuyé à l’Église pour sa contribution au travail de réinsertion sociale des détenus. « L’Église a été présente dans le monde carcéral depuis toujours et, d’après l’histoire, le Père Laval fut le premier aumônier de l’église catholique à la prison. Vu la complexité de l’être humain, le département de la prison seul ne pourra jamais assurer sa réhabilitation sociale et sa réintégration. La participation de l’Église et des ONG est indispensable pour aider à remettre debout ces centaines de détenus, hommes et femmes », a expliqué Jean Bruneau. Ce dernier a salué « l’Outgate programme », projet du diocèse anglican qui, selon lui, a « ajouté une pierre à l’édifice dans la réhabilitation et la réinsertion des détenues ».  
Lysie Ribot, dont l’intervention était axée sur la recrudescence des cas de violences à l’égard des femmes, a été critique envers l’Église sur son rôle passif dans le combat contre la violence domestique en insistant sur la nécessaire collaboration de tous les citoyens pour mettre un frein à cette tendance. « Il va sans dire que, dans ce monde en dérive où nous vivons, la spiritualité prend tout son sens. Et ramener le plus de fidèles possibles vers l’Église et s’occuper de leur spiritualité est, et demeure, le rôle principal de toute église. Mais l’Église doit avoir un rôle encore plus proactif dans ce combat contre la violence domestique », a dit la députée, qui suggère aux diocèses anglican et catholique d’avoir une action commune pour faire régresser ce problème. « L’engagement social de l’Église anglicane n’est pas une activité extra-curriculaire. Cela fait partie de la mission qui a été confiée par Dieu. Ce qui est formidable dans cette conférence-débat, c’est que les intervenants ont parlé de choses concrètes auxquelles ils ont contribué et continuent de le faire. La députée Ribot a interpellé l’Église et les religions sur son action face à la violence. J’admets que c’est un problème qui ne doit pas être géré seulement par la classe politique, mais par tout un chacun, et j’ai pris bonne note de ses propositions », dit Mgr Ernest au Mauricien.