L’arbitrage de la Cour internationale de Justice des Nations unies, sous la forme d’une Advisory Opinion, demeure la seule issue pour régler le bras de fer entre Port-Louis et Londres sur le différend des Chagos. C’est ce qui découle des dernières consignes de l’hôtel du gouvernement dans la conjoncture après le deadlock de mars dernier des consultations au niveau des officiels mauriciens et britanniques et la tentative de la Grande-Bretagne de déjouer la stratégie de Maurice avec une invitation au voyage offerte aux Chagossiens. Ainsi, la mission permanente de Maurice auprès des Nations unies à New York et les conseils légaux du gouvernement ont eu pour directives de se préparer pour le rendez-vous crucial des Nations unies de juin prochain. Entre-temps, les autorités britanniques campent sur leur position en matière de mainmise sur l’archipel des Chagos en refusant d’accéder à une demande d’accès aux Diego Garcia Flight Records pour la période allant du 1er septembre 2001 au 31 décembre 2008 sous le Freedom of Information Act. Qui plus est lors des récents débats à la Chambre des Lords portant sur le déploiement des forces britanniques à l’est du Suez, Londres a évoqué un Carrier Strike Task Force Group dans l’archipel à partir de 2021 sous le prétexte de regional and global security.
Du côté de l’hôtel du gouvernement, le débriefing sur les trois premiers rounds de consultations organisés confirme que les ponts dressés entre les deux parties lors de la rencontre à New York en septembre de l’année dernière, sir Anerood Jugnauth et le Foreign Secretary britannique Boris Johnson, sont irrémédiablement coupés. Selon des sources bien renseignées, après la réunion de mars dernier à Port-Louis, la Grande-Bretagne avait gardé ouverte l’option d’une nouvelle séance de discussions sur le dossier des Chagos. Mais ce scénario ne devrait pas se réaliser avec les derniers développements politiques, soit la décision du Premier ministre britannique, Theresa May, de tenir des élections générales anticipées dans un très court délai.
Ainsi, le nouveau gouvernement britannique issu des urnes le 8 juin prochain pourra difficilement placer le dossier des Chagos « on of its priorities » vu que l’urgence se situe ailleurs, notamment les procédures du Brexit, soit le divorce entre Londres et Bruxelles. Avec ces nouvelles données sur le plan politique et le fait qu’il n’existe aucune chance de voir le nouveau gouvernement britannique modifier sa position sur la souveraineté des Chagos à court terme, Port-Louis se prépare déjà pour faire adopter par la présente assemble générale des Nations unies la résolution inscrite en son nom pour une Advisory Opinion de la Cour internationale de Justice contre les Britanniques contre l’excision de l’archipel des Chagos du territoire mauricien avant l’indépendance du 12 mars 1968.
Le Mentor Minister, sir Anerood Jugnauth, est catégorique quant à la voie à être empruntée. Pour sir Anerood, le deal avec Boris Johnson en septembre dernier avec le recours aux Nations unies pour trancher ce différend était axé sur un point, à savoir que la question de souveraineté des Chagos soit discutée et résolue à la satisfaction de Maurice. Toute autre discussion ou proposition est considérée comme étant malvenue. « Maurice a tenu la parole donnée à la présidence des Nations unies et passera à l’action au moment venu », avancent des sources autorisées au sein du gouvernement.
Compte tenu qu’il faudra attendre l’échéance de juin prochain pour initier les procédures, la mission diplomatique à New York, travaillant de concert avec la cellule des Chagos au Mentor Minister’s Office, poursuit tout le travail de préparatifs pour juin. Les conseils légaux de Philippe Sands Chambers sont également sollicités pour mettre les chances du côté de Maurice au niveau de la Cour internationale de Justice des Nations unies.
Émission de timbres
Entre-temps, comme pour rendre la monnaie de sa pièce à Londres avec son projet unilatéral de voyage aux Chagos, le conseil des ministres d’hier a entériné l’inclusion de l’archipel des Chagos au même titre que les autres îles lointaines de la République dans le Stamp Issue Programme de Mauritius Post pour 2017. Cette démarche peut être interprétée comme un message, quoique timide, à la communauté internationale que les Chagos font partie du territoire mauricien.
En dépit de la campagne électorale, les autorités britanniques persistent et signent sur les Chagos. Les dernières déclarations à la Chambre des Communes ou encore à la Chambre des Lords en font foi. D’abord, Londres maintient le black-out au sujet de l’utilisation illégale de la base de Diego Garcia par les Américains dans la lutte contre le terrorisme avec des opérations de torture hors du territoire américain entre le 1er septembre 2001 et le 31 décembre 2008. Le gouvernement britannique a rejeté une demande d’accès à des informations sur des vols atterrissant ou décollant de Diego Garcia au cours de cette période.
« A request for disclosure under the Freedom of Information Act 2000 was declined by the Department for Transport on the grounds that disclosure would be likely to prejudice relations between the United Kingdom and another State under section 27 (1) of the Freedom of Information Act 2000 », a déclaré sir Alan Duncan, Secretary of State for Foreign and Commonwealth Office dans une réponse en date du 25 avril à une interpellation du député britannique Andrew Tyrie.
A une autre interpellation du même député voulant savoir si « his department has assessed the content of the Diego Garcia Flight Records that were granted by Eurocontrol in June 2014 to determine whether they contain certain information relating to extraordinary renditions », sir Alan Duncan s’est contenté d’ajouter que « certain flight plan information relating to the operation of aircraft into Diego Garcia between 1 September 2001 and 31 December 2008 was sent to the Department for Transport by Eurocontrol, the European Organisation for the Safety of Air Navigation, in June 2014. The information provided was limited to the call sign, registration and type of aircraft involved, the airport (including time and date) of departure, time and date of arrival in Diego Garcia, aircraft operator, operator code and entry time into Eurocontrol’s route charges system. All of the data provided related to flights inbound to Diego Garcia. No information was given concerning passengers carried, if any. The vast majority of the entries related to military type aircraft ».
Par ailleurs, de récents débats à la Chambre des Lords ont remis en perspective les intérêts britanniques par rapport à Diego Garcia. La possibilité d’un renforcement avec l’envoi d’un Carrier Strike Task Group à partir de 2021 a été mentionnée. « There is no question but that the UK and US military facility in Diego Garcia contributes significantly towards regional and global security. The UK footprint may not be major in size, but it represents a significant contribution to our bilateral defence and security relationship with the US. At the moment the Royal Navy has 41 personnel permanently deployed in Diego Garcia, with a capacity to surge that for contingent operations in the wider region from 2021. That could include a carrier strike task group, should the situation change », a soutenu le Viscount Younger of Leckie lors de son intervention à la Chambre des Lords récemment.