Jane Ragoo (CTSP) : «Inquiétudes sur l’importance accordée à l’EDB»

« Il y a beaucoup de bonnes choses annoncées, notamment en ce qui concerne la pension et le salaire minimum, mais nous sommes très inquiets de l’importance accordée à l’EDB. On a annoncé un Economic Research and Planning Bureau, qui travaillera avec l’Economic Development Board, et on sait que ce sont les gens du gouvernement qui y siégeront. Le peuple qui l’a élu pour veiller à ses intérêts n’aura pas son mot à dire. Aujourd’hui, à travers l’EDB, on est en train de vendre la côte Ouest aux Sud-Africains sans que le peuple n’ait son mot à dire. Il y a également le recrutement des travailleurs étrangers, qui se fait à travers l’EDB sans passer par le ministère du Travail.

En 2015, on avait parlé de la Freedom of Information Act. Cela ne s’est pas concrétisé et on n’a pas entendu un mot là-dessus. Comment parler d’une société inclusive quand le peuple n’a pas son mot à dire ? Comment combattre la corruption quand on va nous répondre que les accords sont secrets ? De même, rien sur la télé privée annoncée en 2015. Nous sommes également très concernés par la privatisation annoncée du Public-Private Partnership annoncé de la CWA. Pour nous, l’eau reste un cadeau du ciel, il faut que cela reste entre les mains du gouvernement. Nous n’allons pas céder là-dessus. »

Haniff Peerun ( MLC) «Bonne intention du GM mais… »

« L’intention du gouvernement d’appliquer les mesures électorales dans le discours-programme est bonne. Je constate toutefois que, comme annoncé durant la dernière campagne électorale, le gouvernement a décidé d’accorder une allocation de Rs 100 000 aux chauffeurs de taxi qui souhaitent acheter un véhicule ou encore d’enlever la taxe immobilière en faveur de ceux possédant une seule maison. Toutefois, de nombreuses mesures contenues dans le dernier discours-programme n’ont pas été appliquées. C’est pourquoi il faut à tout prix un programme pour suivre la mise en pratique de ces mesures.

J’apprécie quand même que le gouvernement accorde une importance particulière à la violence domestique dans le discours-programme. Il fallait aller plus loin dans le domaine de la violence parce qu’on constate qu’il y a des crimes crapuleux qui sont rapportés dans le pays. Ces crimes sont parfois organisés. C’est un réel problème. On voit de plus en plus de jeunes impliqués dans des cas de vol. S’agissant de l’éducation, je trouve qu’il n’y a pas assez de mesures pour les jeunes qui n’ont pu obtenir le nombre de “Credit” nécessaire. Je trouve aussi regrettable que le gouvernement ne soit pas allé de l’avant avec une mesure phare pour encourager les couples à avoir des enfants. Nous avons une population vieillissante. »

Vinod Seegum (GTU) : « Des mesures concrètes nécessaires pour le préscolaire »

« Je m’intéresserai particulièrement au secteur de l’éducation. De manière générale, on a entendu des mesures qu’on connaissait déjà, comme l’Educators Council Bill ou la digitalisation. J’accueille favorablement le projet d’un National Curriculum Framework pour le préscolaire. Toutefois, j’aurais souhaité qu’il y ait des mesures concrètes pour rehausser ce secteur. En ce qui concerne l’Educators Council Bill, ce projet était déjà prêt, mais il y a eu beaucoup de tergiversations par la suite. J’espère qu’il pourra se concrétiser. J’accueille également favorablement l’intention de mettre l’accent sur le secteur de la formation vocationnelle et technique. Cela aidera ceux qui ne parviennent pas à obtenir cinq “credits” au SC. Idem pour l’idée de créer une culture de conservation de l’environnement. En revanche, je n’ai rien entendu sur l’Educators Academy. »

Narendranath Gopee (FCSOU) : «Un joli discours, mais superficiel et spéculatif»

« C’est un joli discours, mais superficiel et spéculatif. Il est rempli de déclarations d’intentions. Je pense que c’est un discours premier-ministériel au lieu d’un discours présidentiel. Le discours est rempli de “government will” au lieu de “government should”. Ce n’est pas une vision étalée sur cinq ans, mais plutôt un discours budgétaire. Le président a fait mention d’une e-Mauritius sans mettre plus d’emphase. Il a aussi parlé de l’intelligence artificielle, mais Maurice n’a pas les ressources nécessaires pour cela. Le combat contre la corruption n’a pas été évoqué dans ce discours alors que les Mauriciens ne font plus confiance à l’ICAC. Le président aurait dû forcer le gouvernement à venir avec le Right to Information Act. Le problème du changement climatique n’a pas été bien pris en considération dans ce discours. Le président a fait mention du reboisement, mais cela peut prendre entre 50 et 100 ans. Entre-temps, le gaz carbonique envahit le pays. Le discours fait mention de la mise sur pied d’une Land Drainage Authority. Le pays souffre d’inondations depuis 2013, mais le gouvernement pense à mettre en place une autorité pour caser des politiciens au lieu de prendre des mesures immédiates et concrètes. La privatisation de la CWA est aussi à l’agenda, ce qui n’est pas une bonne chose. La transformation du secteur public ne marche pas et ne marchera pas. Pour conclure, je dirai que c’est un discours mi-figue, mi-raisin, avec aucune mesure concrète. C’est du “business as usual”. »

Suttyhudeo Tengur (APEC) : « Un discours professionnel pour une meilleure société »

« C’est un discours professionnel axé sur divers secteurs. Le gouvernement travaille sur un projet pour bâtir une société 2020- 2024. Dans certains secteurs, le gouvernement touche même 2030. Personnellement, je pense que ce programme vise à permettre aux Mauriciens dans leur ensemble de vivre dans un environnement propre. Maurice ne sera plus victime d’un développement sauvage. Le président de la République a fait mention d’une éducation 4.0, basée sur des principes. Ce gouvernement est en train de préparer un pays où les qualifications professionnelles sont importantes. Notre système éducatif est basé sur un concept académique, mais le gouvernement visionne un système pro-technique basé sur des formations. Il a aussi proposé un National Curriculum Framework pour le préprimaire, qui est une idée très novatrice. »

Nando Bodha : « Une belle feuille de route »

Pour le ministre des Affaires étrangères, Nando Bodha, qui a présidé le comité chargé de préparer le discours-programme, « c’est une belle feuille de route, qui exige qu’on relève de grands défis dans un monde en pleine mutation ». Il poursuit : « Cela demande la mobilisation de toutes les énergies à tous les niveaux, que ce soit économique, social ou au niveau de toute la population. »

Rashid Imrith (FSSP) : « Un discours classique »

« Je constate que c’est un discours classique, comme tout gouvernement le fait chaque cinq ans. Je constate aussi qu’il y a des mesures qu’on a déjà entendues dans le passé. Je cite en exemple la mise sur pied du Civil Service College, les amendements à l’Occupation and Health and Safety, l’introduction d’un Medical Scheme, les énergies renouvelables, etc. Dans le passé, j’ai eu l’occasion d’attirer l’attention sur le fait qu’on a eu droit à des annonces qui n’ont pas réellement démarré. Je saisis cette occasion pour dire qu’entre aujourd’hui et le 3 février prochain, les ministres et les parlementaires du gouvernement doivent faire une analyse de toutes les mesures qui les concernent avec l’objectif de venir démontrer au Premier ministre, Pravind Jugnauth, ce qu’ils ont pu réaliser en 12 mois. Avec un tel système d’évaluation, ils auront certainement du pain sur la planche, car il s’agit là d’évaluer leur performance, comme c’est le cas pour les fonctionnaires affectés dans divers ministères. Si un ministre n’est pas en train d’honorer ses engagements, il incombera alors au Premier ministre d’opérer un remaniement ministériel. J’ai toujours dit qu’il fallait mettre sur pied une Economic Development Unit pour suivre les projets annoncés. Malheureusement, le ministère du Développement économique a disparu depuis 2005. »

Me Sanjay Bhuckory, SC : « Rien quant à l’institution d’une cour d’appel séparée »

« En tant qu’avocat, je porte une attention particulière au chapitre ayant trait au judiciaire dans le discours-programme. J’ai été totalement déçu de constater que rien n’a été prévu quant à l’institution d’une cour d’appel séparée. C’est une mesure attendue depuis trop longtemps déjà, car le monde juridique est unanime à reconnaître qu’il est inconcevable que ce soit les mêmes juges qui siègent en première instance et en appel. Cela bafoue le principe que “justice must not only be done, but must manifestly be seen to be done”. Il n’est pas trop tard pour bien faire et j’espère fermement qu’avec l’avènement imminent de la nouvelle Cour suprême, cette lacune inacceptable sera comblée. »

Atma Shanto (FTU) : «Une relecture du budget 2019-2020»

« Le discours-programme reste un exercice symbolique pour le gouvernement. D’ailleurs, nous notons l’absence des membres de l’opposition, comme c’était annoncé. Mon constat est que ce discours-programme ressemble beaucoup au discours du budget 2019-2020, présenté par Pravind Jugnauth en juin dernier, avec quelques retouches. On a parlé d’un “parental leave” et de la nécessité d’encourager les femmes à retourner au travail. Nous ne savons pas trop comment cela va se faire. Il semble qu’on veuille également restructurer la pension et nous y portons une attention particulière. On a également mis l’emphase sur le “Green Mauritius”, mais qu’en est-il des “Green Jobs” ? Aujourd’hui, les travailleurs sont surexploités dans le secteur privé, l’installation des caméras CCTV nuit même à la santé des travailleurs. On a annoncé des mesures pour consolider le secteur de la pêche à Rodrigues, mais je ne vois rien de concret pour nos pêcheurs de Roche-Bois, de Baie-du-Tombeau et ailleurs. Pour ce qui est des Rs 100 000 aux taximans, cela avait été annoncé dans le budget. »