Elle est souvent évoquée, mais certains refusent toujours de la reconnaître. D’autres la dénoncent avec véhémence sous le couvert de l’anonymat, par crainte de représailles. Pour cause, la discrimination raciale existe bel et bien à Maurice et fait de nombreuses victimes, que ce soit dans la rue, au travail ou ailleurs. Elle semble même faire partie des moeurs mauriciennes car considérée, particulièrement par la classe politique, comme une réalité locale à ne pas négliger. La discrimination raciale est tellement présente dans le monde qu’une Journée internationale encourageant son élimination lui est dédiée chaque année, le 21 mars.
Les exemples de discrimination raciale sont flagrants et quotidiens. Mais de guerre lasse, elles ne sont pas dénoncées pour autant : la réalité mauricienne est ainsi faite, et il semble impossible, ou presque, de changer les choses. Dans le cadre de la Journée pour l’élimination de la discrimination raciale l’an dernier, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon paraissait avoir trouvé la solution mais, malheureusement, son appel ne semble pas avoir été entendu. Il l’affirmait pourtant : “Si on veut éliminer le racisme, il nous faut lutter contre les politiques publiques et les comportements individuels qui le perpétuent.” Mais le chemin pour y parvenir s’avère bien long…
Être “bien né”.
La discrimination raciale à Maurice se décline sous plusieurs formes. Présente depuis la colonisation, elle a traversé les années et s’est montrée tellement tenace qu’elle a fini par s’installer dans nos moeurs. Dans la vie courante, la perception que les emplois du secteur public sont “réservés” à une communauté et ceux du secteur privé à d’autres, n’est pas fortuite. D’un côté comme de l’autre, certains diront qu’il est difficile, voir impossible, de gravir les échelons si on n’a pas le profil ethnique qui convient. Et ce, peu importe les diplômes qu’on détient. Parfois même, cela ne suffit pas : il faut aussi être “bien né”, avoir le nom qu’il faut, ou les bons contacts, pour réussir.
Solidarité malsaine.
Mais si certains arrivent à se faire embaucher, les déboires ne sont par pour autant finis. Ce policier, qui compte une vingtaine d’années de service, vit cette situation au quotidien. Dévoué à son métier, il a tout fait dans l’espoir d’obtenir une promotion. Mais cela fait déjà une dizaine d’années qu’il attend, alors que d’autres “sont passés sur sa tête”. Des procédures de promotion que certains comparent même à un jeu de saute-mouton. Il s’est pourtant vu confier les responsabilités du poste à plusieurs reprises, et à assumé l’intérim avec brio. Mais de là à se voir officiellement promu, c’est une autre paire de manches. Malgré sa frustration, son amour pour son travail lui permet heureusement de tenir le coup.
Ce policier digère mal, également, l’attitude et le manque d’impartialité de certains de ses collègues quand il s’agit d’interpeller une personne appartenant à leur communauté. Pour lui, un délit reste un délit, peu importe celui qui l’a commis, et il n’a pas hésité à procéder à l’arrestation de certains de ses proches quand cela s’est avéré nécessaire. Cependant, pour d’autres, sous prétexte que la personne incriminée est de la même communauté qu’eux, il faut lui accorder “une chance” et la laisser partir. “Il existe une solidarité malsaine entre eux, ce qui fait que certains se sentent protégés”, laisse-t-il échapper.
Equal opportunity.
Cette discrimination raciale se retrouve également dans certains domiciles où des familles étrangères embauchent des employés de maison. Là, c’est la loi de la jungle. L’attitude de certains employeurs rappelle même parfois la période de l’esclavage, indique la syndicaliste Jane Raggoo. “Tôt ou tard, il y aura une révolte si cela continue”, affirme-t-elle. Certains se croient ainsi au-dessus des lois, ou ont tendance à répéter à Maurice ce qu’ils font dans leur pays d’origine.
Transparency Mauritius (TM), bien qu’étant davantage engagée dans la lutte contre la corruption et la promotion de la bonne gouvernance, condamne la discrimination raciale sous toutes ses formes, à Maurice comme ailleurs. Pour Jeet Golam, membre de TM, il existe un cadre légal et institutionnel assez bien établi pour lutter contre la discrimination en général, dans le secteur de l’emploi, entre autres. Il explique aussi que la Constitution de notre pays pose comme principe qu’il ne doit pas y avoir de discrimination, quelle soit basée sur la race, le lieu d’origine, l’opinion politique, la croyance, la couleur, le genre ou la religion. L’Equal Opportunity Act est supposée venir renforcer la législation à cet effet. Mais pour l’instant, les efforts sont davantage orientés vers la mise sur pied de la Commission qui va recueillir les doléances.
En attendant, nos interlocuteurs condamnent sans réserve toute forme de discrimination, qui, selon Transparency Mauritius, doit être endiguée par tous les moyens.
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Antidémocratique
L’ancien Attorney General, Rama Valayden, estime qu’il faut des lois et des personnes qui croient vraiment en des equal opportunities pour tous, pour pouvoir enfin venir à bout de la discrimination. Il ne trouve d’ailleurs pas normal qu’on puisse faire passer une loi pour l’égalité des chances, et qu’elle ne soit pas mise en vigueur par la suite. Tout comme il ne trouve pas logique de nommer des personnes à des postes stratégiques pour des raisons autres que leurs compétences. “Les nominations faites selon l’appartenance communautaire constituent une discrimination raciale. Il faut cesser cette pratique”, soutient-il. Alors que nous venons de fêter le 44e anniversaire de l’Indépendance et les 20 ans de notre République, Rama Valayden est d’avis que la pratique de la discrimination raciale ne nous fait pas agir en tant que nation.
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Sharpeville
C’est pour commémorer le jour où 69 personnes ont été tuées par la police en 1960, au cours d’une manifestation pacifique à Sharpeville, en Afrique du Sud, que le 21 mars a été décrété Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Ces personnes protestaient contre les lois ayant trait aux laissez-passer imposées par l’apartheid. En proclamant cette Journée en 1966, l’ONU invite la communauté internationale à faire encore plus d’efforts pour éliminer toutes les formes de discrimination raciale.
Le thème choisi cette année pour cette journée est “Le racisme et les conflits”, qui vient rappeler que discrimination et racisme sont souvent à la base d’affrontements meurtriers faisant de nombreuses victimes.