ZIBYA ISSACK

Si la coexistence à Maurice est un rêve pour beaucoup, elle demeure bel et bien une réalité pour nous. Même s’il suffit parfois d’une étincelle pour brûler la beauté de notre cohabitation, il y a toujours une flamme bien plus forte qui est là pour ranimer la paix intercommunautaire dans le cœur des Mauriciens. À Maurice, le Chinois aime bien le Biryani comme le Musulman raffole du riz frit. On guette l’arrivée de chaque fête, non seulement à cause des jours fériés qu’elle ramène, mais aussi pour l’ambiance exclusive  qu’elle génère.

Pendant le mois du Ramadan, les Musulmans ressentent une joie différente. On ne mange pas pendant la journée mais on prépare avec plaisir le repas du soir. Le Ramadan nous rappelle le sens de l’entraide, de la générosité et de la compassion; l’occasion également de manger autrement, de se recueillir et de se réunir autour d’un bon iftaar (la rupture du jeûne) où toute une variété de plats est disponible. Pendant la période du jeûne, nos frères et sœurs de confessions différentes mangent un peu comme nous. Plus tôt dans l’après-midi, ils s’empresseront de prendre, au rayon des supermarchés, des dattes et des “Naan” (Pain indien) succulents.

L’entraide va au-delà des frontières communautaires. Ce qui m’a particulièrement frappée cette année, c’est l’élan de générosité de nos frères tamouls de la Tamil League. Ils ont instinctivement ouvert leur parking aux Musulmans fréquentant la mosquée de Réduit pendant la journée. Dans des écoles ainsi que des firmes privées et publiques, on évitera de lancer des Tea Parties habituelles, ne serait-ce que par respect pour ce mois de jeûne ? On attendra la fin du Ramadan pour reprendre les fêtes dans la joie et la bonne humeur. D’autres collègues feront aussi l’effort de cacher leurs grandes bouteilles d’eau ou de manger discrètement pour ne pas éveiller la faim en nous. Il y en a même qui profiteront de ce mois pour jeûner pendant un jour ou deux avec nous, afin de mettre à exécution un régime spécial. De la considération, rien que cela pour se solidariser et nous gagner l’âme.

L’incontournable “biryani”

On ne peut imaginer Eid sans un bon “biryani”. Connu pour son mélange de saveurs d’herbes et d’épices, le “biryani” se mange chaud ou carrément “haud”. En une bouchée, on devrait ainsi pouvoir  dire que le “biryani” est bon et “(c)haud” avec ses pommes de terre fondantes à la vapeur enivrante. Avec le temps, la méthode de cuisiner le “biryani” a peut-être changé mais son prestige est resté le même. Sa préparation exige beaucoup de temps et d’expérience pour un repas réussi. Comme le terme l’indique, le “biryani” signifie le « mélange »  – un mélange qui rassemble toutes les communautés de l’île. C’est un plat qui arrive à nous réunir.

Eid va au-delà des clivages. Elle apporte la paix, efface l’amertume, apporte la réconciliation et rétablit facilement l’esprit de concorde parmi les Mauriciens. Il s’agit aussi peut-être là de l’incontournable pouvoir des « poudinn vermisel » !