Le couple Owen et Mary-Anne Griffiths, directeurs de La Vanille Crocodile Park en a rêvé et aujourd’hui son projet de conservation d’Ebony Forest Reserve Chamarel est une réalité. Un lieu privilégié pour les espèces endémiques et qui se situe sur 50 hectares de forêts privées. Un dépaysement total pour le randonneur en quête de nouveautés et où sur un peu plus d’une douzaine d’hectares on retrouve plus de 120 000 arbres indigènes plantés par l’équipe de conservation des Griffiths. Conserver, restaurer et recréer une forêt indigène est la démarche que veulent atteindre les promoteurs et l’objectif semble être atteint, à entendre ceux qui ont visité cet endroit qui semble venu d’une autre galaxie.
Une forêt vierge de Chamarel inexploitée et qui fait aujourd’hui partie de notre patrimoine écologique. Le sud-ouest sauvage de notre île bénéficie d’un nouveau cachet exotique et écologique et laisse le visiteur bouche bée devant la splendeur que peut offrir ce coin perdu. C’est ici que le couple Griffiths a choisi d’acquérir en 2005 un terrain à Chamarel pour protéger la forêt indigène de l’île. Il leur a fallu onze années d’attente et de détermination pour mettre en relief cette forêt réputée pour ses bois d’ébène. Le couple Owen et Mary-Anne Griffiths veut à travers leurs actions éduquer le public sur le besoin de conservation de la biodiversité que renferme ce coin de Chamarel tout en développant l’écotourisme à travers des activités liées au trail. Situé non loin des terres des 7 couleurs, le décor où se niche Ebony Forest Reserve Chamarel est majestueux. À notre arrivée la charmante Maguy Gassian et notre guide Nethy nous convient vers le musée qui renferme toutes les anecdotes historiques de notre île. Un clin d’oeil qui attire la curiosité tant la conception bien rodée du musée va de pair avec les explications tournant autour des animaux qui ont vécu sur notre île, de la déforestation causée par les hommes, de l’empreinte laissée par les Portugais, les Français, les Hollandais. Un musée qui renferme 8 millions d’histoires. Dans deux autres ailes, on découvre un centre à la fois écologique et un autre éducatif qui permettront aux élèves du primaire et du secondaire de mieux apprivoiser notre faune et notre flore. Ces enfants et adolescents pourront se reconnecter avec la nature en marchant au milieu de la forêt tout en ayant une prise de conscience et de sensibilisation sur la manière de préserver ce lieu.
Allons promener dans les bois…
Si l’Ebony Forest Reserve Chamarel a pu voir le jour, c’est précisément pour sauver les 2 % de notre forêt restante. C’est à bord de la jeep en compagnie de Nethy, le guide que démarre notre balade sous un soleil de plomb. « Nous allons pénétrer dans le Fly Catcher Forest, qui se révèle être une des dernières forêts de bois d’ébène à Maurice et qui permet au randonneur de faire l’expérience de traverser une forêt de bois d’ébène à travers une passerelle. » Le Fly Catcher Forest signifie Coq des bois et notre guide nous demande de bien observer les alentours pour découvrir le coq des bois avec son plumage irisé. Et, indique-t-il, il existe dans cette forêt 13 265 plantes dont 145 espèces de plantes indigènes dont le bois Café, le bois Chandelle, Trochetia… Chaque site restauré a été pourvu d’un nom et certains panneaux indiquent même la pensée des arbres : I produced oxygen, food etc.… Ceux qui ont choisi de marcher plutôt que de se faire véhiculer en Jeep peuvent mieux s’imprégner de l’atmosphère qui se dégage et on peut même étreindre un arbre qui a vécu à l’ère du Dodo, comme un moyen de se reconnecter avec cette nature qui a longtemps été considérée comme la grande oubliée. Attention cependant au bois puant : ne pas le toucher car il dégage une odeur pestilentielle comme l’indique son nom, mais qui est essentiel pour l’environnement étant considéré comme une espèce rare et dont le bois servait autrefois pour la construction et la menuiserie. Notre guide poursuit que ceux qui ont colonisé l’île ont tout essayé, on y retrouve même le bois tambour.
Nethy habitué à convier les visiteurs autour d’une promenade boisée dira : « Ce projet s’est fait avec l’idée de retourner la forêt à son état vierge tout en laissant un riche patrimoine aux passionnés de l’écotourisme. Une autre équipe s’est attardée au travail de désherbage. » Nethy nous conte à sa manière les autres espèces qui se trouvent sur ce site comme l l’oiseau à lunette gris, le merle de Maurice. Ainsi que d’autres espèces indigènes dont le Paille-en-queue, les hirondelles et le fameux Ebony en termes de plante, en nous expliquant qu’il existe onze espèces de bois d’ébène à Maurice. Tout en confiant ; « On récolte des graines endémiques qu’on propage et certains de ces oiseaux se chargent de répandre ces graines dans la nature. Mais, il n’est nullement question d’introduire des cerfs ou des singes, car on ne veut protéger l’environnement et non pas le dégrader. » Sur la passerelle de Flycatcher Forest qui renferme une forêt d’ébénier dont on gravit les marches à hauteur de 300 mètres, on est happé par l’environnement des plantes. Nethy relate que certains plants d’ébène ont des taches causées par le lichen. « Les oiseaux vivent en harmonie et en symbiose dont le bulbul, le picpic. » Le guide dit que les oiseaux se nourrissent de fruits et d’insectes. On y retrouve même un gecko à queue bleu se prélassant sur une feuille sans se soucier des visiteurs. On peut même apercevoir un vol de chauve-souris, l’unique mammifère de l’île. Après la passerelle de marche et d’observation, cap sur le Sublime Point où on escalade le Piton Canot pour avoir une vue panoramique de 360° degrés sur tout l’ouest de l’île. La marche pour atteindre ce site ne dure qu’une trentaine de minutes. Cette vision est à couper le souffle et déclenche un ravissement au sein de l’équipe. On peut y contempler vu d’en haut le Morne Brabant, l’île aux Bénitiers et toutes les chaînes de montagnes s’étendant du nord à Pieter Both. La forêt de Chamarel s’étend majestueusement provoquant de part et d’autre un frisson. Chacun voulant se faire prendre en photos pour immortaliser cet instant unique. Et, pour passer une fringale subite due à ces moments de marche, un snack attend les randonneurs où moyennant Rs 10, on peut consommer des samoussas ou des gâteaux frits aux piments et fromage.
La visite s’achève avec un retour au starting-block, le visitor’s point où certains se précipiteront vers le restaurant Takamaka pour y découvrir ses pizzas au feu de bois relevées de poisson salé, de légumes grillés, de marlin, sans compter sa salade de palmiste au marlin ou de fruit à pain. Promenons-nous dans les bois d’Ebony Forest Reserve Chamarel et développons nos propres formes de méditation qui consiste à faire corps avec la nature. Ebony Forest Reserve Chamarel est à la fois inspirant, relaxant, une balade au coeur de la forêt qui donne cette impression d’être en apesanteur et nous insuffle cette âme d’écolo. Un projet qui vaut bien une reconnaissance au couple Griffiths, les gardiens de la forêt qui a su éveiller bien des consciences sur l’importance de protéger nos forêts. L’entrée est à Rs 200 pour les adultes, Rs 120 pour les enfants et Rs 150 pour les seniors.