Le démarrage des travaux parlementaires reporté à un mois, les états-majors des partis politiques, qu’il s’agisse de l’alliance Ptr/PMSD ou du MMM, passent à l’offensive par rapport aux préparatifs pour la mobilisation en vue des rassemblements du 1er Mai. L’alliance gouvernementale a pris la décision de rabattre ses partisans à Vacoas alors que le MMM a déjà choisi de tenir son rassemblement politique devant la municipalité de Port-Louis. Les dirigeants du MSM, qui se réunissent en cette fin de semaine, devront entamer les préparatifs en vue de cette étape dans la traditionnelle guerre des foules, revêtant cette année une connotation politique différente compte tenu de la conjoncture.
En parallèle, à l’hôtel du gouvernement, le comité mis sur pied par le Premier ministre Navin Ramgoolam pour la rédaction du « nouveau discours-programme sans le boulet du MSM » s’est déjà attelé à la tâche. Dans cette perspective, il faut s’attendre à voir deux préoccupations majeures émerger du lot : les mesures pour atténuer les retombées de la crise économique en Europe dans le sillage des commentaires du board du Fonds monétaire international (FMI), réuni hier à Washington pour se pencher sur le « Mauritius – Staff Report for the 2012 Article IV Consultation », et le projet de réforme électorale qui a fait l’objet de consultations avec le leader de l’opposition Paul Bérenger depuis décembre de l’année dernière.
Toutefois, le véritable enjeu du nouveau discours-programme du gouvernement pour la rentrée parlementaire du 16 avril demeurera les propositions de réforme électorale. À ce stade, le Premier ministre s’est gardé d’apporter des précisions sur le package qu’il compte proposer en vue d’une adoption de cette réforme électorale, dont la principale pierre d’achoppement reste l’élimination du Best Loser System.
La seule indication venant du Premier ministre se trouve dans son message à la nation pour le 12 mars à l’effet qu’il y a « un consensus pour rendre le système plus juste ». Mais il y a encore cet avertissement à peine voilé dans la même intervention selon lequel « person pa gayn drwa aret le processus de réforme » ou encore les mises en garde, soit que la réforme ne vise pas à régler « enn problem politik konzonctirel ou enn problem politik partizan ».
Mobilisation
Un autre obstacle à surmonter touche davantage la présidence de la République. Techniquement, ce discours-programme sera lu par le président de la République le jour de l’ouverture des travaux parlementaires. Sir Anerood Jugnauth n’a toutefois pas mâché ses mots en ce qui concerne le projet de réforme électorale avec une déclaration à Rodrigues selon laquelle « pe rod lagratel ». Ira-t-il jusqu’au 16 avril pour faire état formellement de l’intention de « My Government » pour apporter des réformes au système électoral ?
Le Premier ministre a pour sa part levé un bout de voile sur ses intentions par rapport au discours-programme. C’était lors des échanges à la mi-journée hier à Clarisse House avec les parlementaires de la majorité. « Zot lopozition anvi testé mo mazorité, testé li avek diskour program le 16 avril. Li enn motion de censure déguisée », aurait-il déclaré en substance.
L’impression qui se dégage par rapport à la présidence de la République au sein de la majorité gouvernementale est sans équivoque, notamment « Jugnauth népli éna choix. Swa li lir diskour-program, swa li allé ». Le mot d’ordre lancé par le leadership du Labour est de « resserrer les rangs, rajuster le tir contre la perversion des institutions par l’opposition ».
Néanmoins, au-delà la rhétorique qui fera rage au sein de l’hémicycle après la séance initiale du 16 avril avec le coup d’envoi des débats parlementaires sur le discours-programme, le coup psychologique de la foule du 1er mai est déjà à l’ordre du jour. Les parlementaires travaillistes ont déjà eu pour consigne de « redescendre dans leurs circonscriptions ».
Le MMM, pour sa part, prévoit déjà un calendrier de mobilisation politique à travers l’île en vue du meeting du 1er mai devant la municipalité de Port-Louis. « Nous avons déjà entrepris les démarches pour obtenir les autorisations nécessaires de la municipalité ou encore du ministère des Infrastructures publiques. Après le week-end de Pâques, nous allons passer à la vitesse supérieure avec l’organisation de meetings régionaux et de congrès nocturnes pour le 1er mai », a confirmé au Mauricien le secrétaire général du MMM Rajesh Bhagwan.
Le bureau politique du MMM, qui s’est réuni hier après-midi, a pris note des derniers « “moves” de panique » du Premier ministre, qui n’a pu cacher son irritation devant le fait que le leader de l’opposition avait été placé à la table d’honneur à la State House mardi lors du déjeuner offert au président des Seychelles James Alix Michel. L’explication officielle donnée à Navin Ramgoolam selon laquelle « inn donn leader lopozition enn promotion » aurait jeté de l’huile sur le feu dans les relations déjà tendues entre le Premier ministre et le président de la République.
Convocation
La lecture du leader du MMM des événements politiques post-12 Mars est que Navin Ramgoolam aurait eu vent des intentions politiques de sir Anerood Jugnauth, en l’occurrence un départ quasi imminent de la State House. « Ramgoolam pe paniké », aurait soutenu Paul Bérenger aux membres du bureau politique. À ce stade, le MMM n’a pas encore arrêté de décision ferme quant à ses intentions pour la rentrée parlementaire du 16 avril avec la parade officielle devant l’hôtel du gouvernement rénové.
Les dirigeants continuent de suivre l’évolution de la situation politique tout en évitant de faire des commentaires publics. « Ramgoolam a déjà intériorisé le fait que le Remake 2000 entre le MSM et le MMM a dépassé le stade de principe et qu’il pourra difficilement renverser la vapeur. C’est ce qui explique des signes évidents de panique chez lui », fait-on comprendre en privé au Sun Trust.
Malgré les conjectures, tout semble indiquer que l’hypothétique départ de sir Anerood Jugnauth de la State House ne devrait pas intervenir avant le début de la semaine prochaine. L’Unfinished Business du redécoupage électoral des arrondissements urbains attend toujours sir Anerood Jugnauth. Dans un dernier développement, la présidence de la République a modifié la date de convocation servie au ministre des Administrations régionales Hervé Aimée. Celui-ci avait été invité par le président de République demain à 11 heures, soit à l’heure du Conseil des ministres. Avec le report d’un mois de la rentrée parlementaire, le nouveau rendez-vous a été fixé au mardi 20 à la même heure.
Comme il l’a fait comprendre en début de semaine, le ministre Aimée a confirmé qu’il ne compte pas se rendre à la State House pour discuter du redécoupage. Une correspondance officielle a été adressée à la présidence de la République, lui rappelant que la Commission électorale est l’instance appropriée pour discuter de cette affaire.
Ce sera la troisième invitation de la présidence de la République rejetée par le ministre Aimée en huit jours.
Le Premier ministre s’est rendu de son côté à la State House pour le tête-à-tête hebdomadaire avec le président de la République, une occasion d’obtenir confirmation officielle des intentions de sir Anerood Jugnauth quant à son projet de visite officielle en Inde à partir de jeudi, notamment dans l’État du Bihar.
Aux dernières nouvelles, le président de la république a pris la décision d’annuler son déplacement en Inde la semaine prochaine pour marquer le Bihar Day. Le gouvernement sera représenté à cet événement par l’ambassadeur mauricien affecté à New Delhi.