Les résultats de la compagnie Sapmer, partenaire du conglomérat mauricien IBL dans le seafood hub, jettent un véritable coup de froid sur ce secteur économique. Jusqu’ici, le seafood hub se présentait avec des prévisions de croissance robustes, dont 21,4 % cette année, alors que les Export Oriented Enterprises affichent seulement 1 %, le port franc 3,6 % et l’ICT 6,6 %. L’une des raisons derrière ces appréhensions au sujet des risques d’une décélération se trouve dans les chiffres du denier bilan financier du géant Sapmer pour le premier semestre.
La compagnie Sapmer, qui a engagé des investissements conséquents dans la plateforme seafood de Maurice, a enregistré des pertes de Rs 150 M (3,75 M d’euros) à la fin de juin dernier contre des profits de quasiment le même ordre pour la période correspondante l’année dernière. Du même coup, les prévisions que la barre du chiffre d’affaires de 100 millions d’euros pourrait être franchie d’ici la fin de cette année pourraient être revues à la baisse.
Trois facteurs majeurs ont affecté la performance de Sapmer, un des principaux opérateurs dans le domaine de la pêche au thon dans cette partie du monde : une forte baisse du prix du thon brut, les effets du stockage sur l’activité de pêche australe et des répercussions défavorables du taux de change du dollar américain, portant préjudice à la trésorerie de la compagnie.
Commentant la performance de Sapmer, la presse économique internationale souligne que « the net loss was also brought on by a net financial debt of €2.42m, primarily related to borrowings contracted for the five tuna ships, and despite a tax credit of €1.65m. The poor first half mean Sapmer looks set to miss its €100m annual turnover target again this year, as first-half revenues topped just €46.52m, a drop of 16 % from €55.54m in the same period last year. The drop in revenue was driven by a 31 % fall in sales of toothfish, rock lobster and whole tuna, which generated just €33.7m, against €49.2m last year ».
Ces resultats enregistrés par l’un des opérateurs du seafood hub, en partenariat avec IBL, sont en conformité avec les derniers chiffres publiés par Statistics Mauritius confirment cette baisse de performance dans le créneau des fish and fish preparations. Au cours de la période de janvier à juin de cette année, les exportations de ce secteur ont généré des recettes de Rs 6,8 milliards, soit Rs 200 millions de moins que la période correspondante l’année dernière.
Pourtant, le volume a accusé une nette croissance, passant de 47 745 tonnes l’année dernière à 53 978 cette année. En 2013, Maurice avait exporté 108 547 tonnes de conserves de poisson pour des recettes de Rs 14,6 milliards. Devant l’évolution défavorable de la situation, Sapmer et ses partenaires élaborent des stratégies de rechange.
« Sapmer rappelle mettre tout en oeuvre pour accélérer la montée en puissance de son activité valorisation afin d’accroître la valeur ajoutée de ses produits et se prémunir de la volatilité du prix du thon brut. Un travail important est ainsi mené pour améliorer la structure de coûts de l’activité thonière, valoriser au maximum les captures et développer de nouveaux produits afin d’extraire le maximum de valeur de la totalité des produits pêchés », fait-on comprendre dans les milieux spécialisés.
Sapmer, qui a investi dans quatre thoniers, opère à Maurice une capacité de stockage de quelque 6 100 tonnes, soit trois fois supérieur à celle disponible à l’île de La Réunion. La dernière newsletter de cette société de pêche confirme son intention de renforcer sa présence dans cette partie de l’océan Indien, avec la construction de nouvelles installations frigorifiques aux Seychelles. Cette nouvelle infrastructure, qui sera opérationnelle à partir de l’année prochaine, permettra aux thoniers de Sapmer de débarquer leurs prises dans l’archipel, soit dans la zone la plus rapprochée de leurs bases d’opération.
Aux Seychelles, le thon surgelé sera trié et stocké dans des chambres froides avant d’être acheminé vers les deux usines à Maurice. Sapmer ajoute que « les durées d’escale et de transit des senneurs-surgélateurs s’en trouveront réduites. Ce plan d’action doit permettre à Sapmer d’atteindre rapidement les objectifs qualitatifs et quantitatifs pour son activité thonière dans l’océan Indien ».
La performance du seafood hub, tributaire des facteurs comme le cours international du thon brut ou le taux de change du dollar américain, sera suivie à la lettre par les autorités mauriciennes dans un contexte économique marqué par la morosité dans les principaux secteurs…