Pour la deuxième fois en six semaines, le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, a animé des points de presse pour évoquer la vulnérabilité de la croissance à Maurice dans une conjoncture de récession en Europe. Hier matin, il a davantage souligné les risques à la baisse (Downside Risks) pour cette année dans le sillage des dernières prévisions du Fonds monétaire international (FMI) tout en acceillant favorablement les suggestions contenues dans la dernière édition de MCB Focus, qui a révisé à la baisse les prévisions de la croissance de 3,5% à 3,2%.
Le Grand Argentier a évité de s’engager dans la polémique autour des chiffres de la croissance économique pour 2013. « Initialement, nous avions opté pour des projections optimistes de 4% cette année. Entre-temps, il y a eu le ralentissement dans l’économie mondiale. Nous ne sommes pas encore sûrs au sujet du taux pour cette année. La MCB est venue de l’avant avec une révision à la baisse en tenant en ligne de compte la morosité dans les investissements, plus particulièrement la mise à exécution des projets publics. Mais le gouvernement prévoit des dépenses additionnelles de l’ordre de Rs 1 milliard suite aux inondations du 30 mars. Je ne dispose pas des vertus de la boule de cristal. Je préfère me fier aux prévisions de Statistics Mauritius. Mais les 3,2% avancés par la MCB représentent un bon chiffre », a-t-il répondu à l’heure des questions.
Le vice-Premier ministre et ministre des Finances se dit favorable à un débat comme celui suscité avec la publication de MCB Focus en fin de semaine. « Les priorités définies dans le rapport de la MCB rejoignent celles que le ministère a systématiquement retenues, en l’occurrence l’éducation, l’infrastructure, les technologies, l’innovation, la productivité, l’Africa Strategy et la promotion du FDI », dit-il.
Lors de son exposé initial, Xavier-Luc Duval s’est appesanti sur la détérioration de la situation internationale, notamment la récession annoncée en Europe. « Avec l’un des principaux partenaires, représentant environ 60% des exportations ou du marché touristique, faisant face à la récession, nous ne pouvons pas dire que nous allons en sortir indemnes et éviter des répercussions néfastes. Impossib ki péna l’effet », fait-il comprendre.
« Les risques véritables se portent sur la croissance et rien d’autre. L’inflation est moins un problème que la croissance, même si nous devrons être vigilants face à l’inflation. Au ministère des Finances, la priorité des priorités demeure la croissance. Sans croissance, il ne peut y avoir de création d’emplois ou encore de la richesse nationale », soutient-il.
Crise de la demande
« Ces marchés font face à une crise de la demande. Avec cette absence de demande, des retards dans la mise à exécution des projets d’infrastructure, qui peuvent être rattrapés dans une certaine mesure puisque nous sommes encore en avril, sans oublier des conditions climatiques difficiles depuis le début de l’année, il est évident que des effets devront se faire sentir au niveau de la croissance. »
De l’autre côté du tableau, Xavier-Luc Duval fait état des efforts de diversification dans la conjoncture de crise, soit un budget de Rs 800 millions sous forme de « support to industry », la desserte de Shanghai par Air Mauritius avec l’arrivée de 7 000 touristes de cette destination en trois mois, un vol sur Beijing à partir de juillet, un budget de promotion touristique de Rs 130 millions sur la Chine, la percée du textile mauricien sur l’Afrique de même que celle des services financiers.
Il a annoncé une mission prochaine de prospection conjointe gouvernement-secteur privé des investissements en République populaire de Chine. Le timing sera défini en marge de l’évolution de l’épidémie de grippe aviaire. Il a également fait état des efforts du gouvernement en faveur des petites et moyennes entreprises avec le guichet pour les PME ayant déjà déboursé Rs 1,8 milliard et Rs 80 millions sur Rs 250 millions aux micro-entreprises avec un chiffre d’affaires inférieur à Rs 10 millions.
Au chapitre de l’emploi, le démarrage du Youth Employment Programme il y a deux mois a vu le recrutement de 500 jeunes, dont 115 détenteurs de diplômes universitaires. Il a ajouté que le nombre d’emplois créés l’année dernière était de 9 000 contre 4 000 pour le précédent exercice.
Xavier-Luc Duval a également commenté la série de Ponzi Schemes faisant l’objet d’enquêtes au Central CID. « Péna okenn permis ki existé ki permet kokin dimounn. Okenn Ponzi pa ti gagn drwa à okenn permis », s’insurge-t-il. Il a confirmé que le secrétaire financier, Ali Mansoor, s’est vu confier la responsabilité d’enquête sur cette affaire en vue d’apporter des mesures correctives.
Tout en concédant qu’il pourrait y avoir des améliorations à apporter sur la réactivité et l’intensification des enquêtes par les diverses institutions concernées, le Grand Argentier est revenu à la charge contre l’opposition au sujet des amendements apportés en septembre 2003 aux pouvoirs de la Financial Intelligence Unit. Il a fait circuler les amendement concernés en soutenant que « ces réductions de pouvoirs de la FIU sont substantielles ».
En ce qui concerne Sunkai Co. Ltd., il s’est demandé « comment une société enregistrée en date du 24 juillet de l’année dernière aurait pu faire installer un billboard depuis deux ans comme l’a déclaré le leader de l’opposition à l’Assemblée nationale mardi ? »
À une question de la presse sur les propositions de réforme dans le cadre du Staff Report on Article IV Consultation du FMI, Xavier-Luc Duval a déclaré que l’abolition des subsides sur les prix de vente au détail du riz, de la farine et du gaz ménager « n’est pas à l’agenda du gouvernement ». « Il ne faut pas oublier que ceux qui tentent de faire peur avec l’abolition des subsides avaient eux-mêmes aboli ces mêmes subsides quand ils étaient au gouvernement. Ce sont des suggestions du FMI. Nou pa pé accepté sa bann suggestions-là », a-t-il dit.