Six jours se sont écoulés depuis l’écroulement de l’empire Rawat, avec des avoirs évalués entre Rs 33 milliards et Rs 36,7 milliards. Dans la conjoncture, l’unique certitude demeure : les sociétés concernées, Apollo Bramwell, Courts, Iframac et autres Solis doivent retrouver des repreneurs pour pouvoir survivre. Mais à quel prix ? En face de ces éléments dramatiques minant des familles emportées dans un tourbillon, nullement « of their doing », a surgi une controverse de nature hautement politique avec le volet de l’empire Rawat adjugé contre la roupie symbolique.
Il y a certes eu des garanties du gouvernement pour les déposants de la Bramer Banking Corporation Limited, qui est remplacée par la New National Commercial Bank avec un Required Capital de Rs 200 millions injectées des fonds publics. Puis, la prise en charge par une nouvelle entité d’assurance avec le soutien financier de l’État des 135 283 polices d’assurance à contributions régulières à la BAI. Les emplois du personnel de la Bramer et de la BAI sont saufs, à l’exception de ceux au rang d’Executives. Mais d’autres zones d’ombre encore plus dramatiques subsistent. Les 24 175 investisseurs dans le Super Cash Back Gold de la BAI avec des placements de Rs 21,6 milliards sont transformés en orphelins démunis de ce qui fut la galaxie Dawood Rawat. De grosses incertitudes planent sur d’autres sphères de la planète Rawat car les employés des autres sociétés, comme Apollo Bramwell, présentée comme un fleuron dans le domaine médical dans cette partie de l’océan Indien, Iframac, concessionnaire de voitures, avec la marque fétiche Mercedes-Benz ou encore Courts, une adresse incontournable pour les ménages, s’interrogent sur ce que leur réserveront les Conservators, nommés par la Financial Services Commission, André Bonieux et Mushtaq Oosman. Les autorités, que ce soit le gouvernement ou encore les Conservators de BAI Insurance, sont catégoriques sur un point. Le Super Cash Back Gold avec une cagnotte de Rs 21,6 milliards n’est pas la priorité du jour. En moyenne, ce Scheme spécial avec un Rate of Remuneration au-delà de toute espérance avait attiré des contributions de Rs 900 000 par investisseur même si des sources autorisées avancent que dans certains cas, elles seraient dans la fourchette de Rs 10 à Rs 15 millions par individus.
Le fait criant et cruel est qu’il y a aussi des cas où des retraités ou autres bénéficiaires de Lump Sum ou encore de compensation de Voluntary Retirement Scheme (VRS) avec la réforme sucrière ont pris la décision de placer toutes leurs économies dans des produits d’assurance et d’investissement de la BAI. Dans cette catégorie se trouvent des veuves ou des sexagénaires avec des mises variant entre Rs 1,5 million et Rs 2 millions croyant avoir pris une assurance contre tous les risques sur l’avenir. Aujourd’hui, ils font face à une réalité à laquelle ils ne s’attendaient nullement devant les « propos mielleux des sales agents de BAI ».
Super Cash ?Back Gold : ?« Les détenteurs ?pas couverts »
Les Conservators André Bonieux et Mushtaq Oosman sont catégoriques à ce chapitre. « Les détenteurs de polices d’assurance Super Cash Back Gold ne sont pas couverts par la reprise par la nouvelle société à être incorporée pour les polices d’assurance à paiements réguliers et resteront sous la responsabilité de BAI Insurance. Les Conservators devront réaliser les investissements de la BAI, sous l’autorité de la Financial Services Commission, afin de disposer des fonds suffisants pour effectuer le remboursement de ces polices », soutiennent-ils. Ils ajoutent également qu’« afin d’accorder un traitement équitable à tous les détenteurs de polices d’assurance Super Cash Back Gold, aucun bonus intérimaire ou de maturité ne sera effectué préalablement à la disponibilité de fonds suffisants par les Conservators. Il est probable que ces paiements se fassent en plusieurs tranches au cours de ces prochains mois ».
Ces éclaircissements apportés officiellement ont jeté un désarroi parmi cette catégorie des clients de la BAI, qui sont sans défense et accablés face au désastre de ce conglomérat économique. Certains, qui se sont documentés sur le précédent de Trinidad, avec le scandale Clico, comprenant la BAI, s’interrogent sur le délai. « Nous avons appris que pour le cas de Trinidad, avec l’écroulement de la compagnie d’assurances en 2009, ce n’est qu’il y a quinze jours que le gouverneur de la Banque Centrale de ce pays a annoncé le premier remboursement des Policy Holders », font-ils comprendre en essayant d’obtenir des éléments de réponses.
Dans l’immédiat, il n’y a que des questions alors que les réponses et encore plus les assurances se font de plus en plus rares. Les Conservators de PwC, qui travaillent en étroite collaboration avec des actuaires du groupe en Afrique du Sud, mettent actuellement les bouchées doubles pour un premier constat des lieux. « C’est un exercice qui ne se fait pas du jour au lendemain. C’est un travail qui prend du temps. Nous comprenons les appréhensions des Policy Holders », a déclaré André Bonieux au Mauricien.
Le calendrier de travail établi prévoit que les Conservators de la BAI Insurance comptent soumettre un premier rapport préliminaire sur les Assets and Liabilities de la BAI à la Financial Service Commission vers la fin de la semaine prochaine. « Actuellement, les actuaires se penchent sur le volet des polices d’assurance souscrites et les coûts à prévoir. Ils sont déjà en présence des documents et devront faire le déplacement à Maurice pour des consultations. De notre côté, nous procédons à une évaluation des avoirs de la compagnie », ajoute André Bonieux.
À partir de ce rapport, les Conservators décideront en collaboration avec la FSC de la marche à suivre, soit la liquidation des Toxic Assets ou engager des négociations avec des repreneurs potentiels des opérations encore viables et qui peuvent être sauvées. Cette étape ne devra être franchie que dans un délai minimal de trois semaines pour éviter toute destruction of value of the assets (terme comptable), fait-on comprendre dans les milieux autorisés.
Craintes relatives aux contrats
Ce scénario fait monter la tension dans des sociétés du groupe BAI, dont Apollo Bramwell, Iframac, Courts, Ascensa, Solis ou Voyages, engagées dans différents secteurs économiques. Ces employés s’interrogent toujours sur l’avenir de leurs emplois avec la nouvelle configuration et se demandent s’ils bénéficieront des mêmes avantages offerts aux 401 employés de Bramer et aux 407 employés à plein-temps et 895 Sales Agents de la BAI. « Answer to this fundamental question is simply missing », indique-t-on en attendant le bilan financier établi par les Conservators.
D’autres craintes se posent relativement aux contrats décrochés par des sociétés du groupe BAI du temps où Dawood Rawat avait ses entrées et sorties à l’hôtel du gouvernement. L’un de ces plus importants est la gestion de la flotte de voitures de Mauritius Telecom par la subsidiaire Fleetmaster d’Iframac. Un des syndicats des employés de Mauritius Telecom avait dénoncé des abus, comme le non-paiement de déclarations à l’époque de la mainmise de BAI sur le gouvernement. Des employés de MT réclament une enquête sur ce contrat avec Fleetmaster pour évaluer si cette importante société a eu Value for money et se demandent si la direction de Mauritius Telecom prendra les devants en résiliant le contrat avec la coquille vide qu’est devenue Iframac.
D’autres sociétés, comme Solis, considérée comme une entité viable dans le secteur du tourisme, font face à de graves difficultés d’opération depuis la fin de la semaine dernière. Cette compagnie du groupe BAI, qui emploie 120 personnes dans le tourisme réceptif, a perdu en début de semaine un contrat de Rs 35 millions. L’un de ses concurrents a capitalisé sur les déboires du groupe BAI pour décocher le contrat en question.
Simultanément, Solus ne bénéficie plus de facilités de crédits sur le marché avec les malheurs du groupe BAI, gênant du même coup ses opérations. En sus de cela, la BAI devait rembourser en début de semaine une dette de Rs 33 millions à Solus suite à un arrangement intervenu entre partenaires d’affaires. Aujourd’hui, il n’existe aucune chance de recouvrer ce montant. Le seul salut du personnel de Solis est que les Conservators décident d’identifier un repreneur pour relancer les activités avant qu’il ne soit trop tard.
Le suspense et les craintes sont les même dans les autres sociétés BAI, dont la clinique Apollo Bramwell, qui accumule des pertes année après année, dont Rs 770 millions à la fin de 2013 et des dettes de Rs 1,5 milliard…