Le Special Education Needs Authority (SENA) Bill débattu mercredi dernier à l’Assemblée nationale a été voté sans amendement . Ce projet de loi a été présenté suite à l’accord des Ong œuvrant dans ce domaine spécifique. « Il y a eu unanimité avec les Ong pour mettre en place cette instance », a déclaré la ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun. Présentant ce texte de loi, la ministre de l’Éducation affirme qu’il est passé par plusieurs phases dans son élaboration et toutes les parties prenantes ont été consultées.

Elle ajoute que les lois de différents pays – tels le Royaume-Uni, l’Inde ou la Chine – ont été analysées pour « apprendre ». Et de préciser : « Nous avons pris le soin que le contexte local soit primé. » Elle a fait comprendre qu’un expert indien était à Maurice pour l’ébauche du projet de loi. Selon la ministre, le bien-être des apprenants qui ont des besoins spécifiques doit interpeller tout le monde. « Les Special Education Needs School vont dans le bon sens », dit-elle ajoutant que la SENA fera une évaluation précoce de l’enfant pour son accompagnement.

Elle dit regretter que les débats aient été « honteux ». Elle réfute ainsi les arguments de l’opposition, pour qui le projet de loi « vise à “ségrégationner” les enfants ayant un handicap ». Et de répondre : « Nous devons nous assurer que ces enfants ont une éducation de qualité et nous devons être sûrs qu’ils ont le bon environnement. Je suis triste de la manière dont les choses ont été abordées ! » Deson cpité, critique sur le projet de loi, la députée de l’opposition Aurore Perraud s’inquiète du choix des membres qui siégeront sur le conseil d’administration de la Special Education Needs Authority. Elle dénonce une « mainmise complète » sur le choix des membres et se demande quels sont les critères utilisés s’agissant de leur choix. « Pourquoi c’est à la ministre de nommer et de choisir le président du board ? » se demande-t-elle. « Pourquoi prendre en otage ce board et museler les muets, ligoter les handicapés et dominer ceux qui sont vulnérables ? » dit-elle. Elle estime que le board « est politisé » et que la politique à outrance « le plombera ». Elle ajoute : « Ce n’est pas un moyen pour pouvoir caser encore d’autres membres de “Lakwizinn” ? » La députée déplore aussi l’absence des parents sur le board et des personnes handicapées, et se demande pourquoi « c’est à la ministre de l’Éducation de choisir deux personnes ayant de l’expérience dans le domaine dans ce secteur spécialisé ». Elle poursuit : « Si le SENA se penche sur la forme, il y a beaucoup de lacunes dans le fond.  » Et d’ajouter que ce projet de loi « est une grande déception ».

Elle estime que c’est « jeter de la poudre aux yeux des aveugles et berner les handicapés ». Aurore Perraud ne cache pas que les enfants handicapés « sont mis à l’écart » et indique que le Disability Bill « se fait attendre depuis des années ». La députée a été à plusieurs reprises appelée par la Speaker car, selon elle, « il faut être en lien avec le projet de loi ». Toutefois, elle fait un peu de résistance pour expliquer ses propos. Les députés de l’opposition étaient remontés contre la Speaker. Le député du gouvernement Ravi Rutnah a été critique contre l’ancien régime sur le choix des membres au sein du conseil d’administration du National Women Entrepreneur Council, répondant ainsi aux critiques d’Aurore Perraud. Ses propos ont visiblement agacé les membres de l’opposition, dont le député Guy Lepoigneur. Grande a été la surprise lorsque le Deputy Speaker, Joe Lesjongard, a déclaré qu’il est celui qui décide si les propos sont pertinents au projet de loi ou pas. Ravi Rutnah n’a pas lui aussi manqué de fustiger les membres de l’opposition, « qui ne cessent de dire que Maurice est une dictature », comparant même le pays à la Corée du Nord. « They think they will get political mileage out of it », dit-il. Pour le député Reza Uteem, ce projet de loi ne tient pas en compte l’éducation inclusive. « Quelle est la politique de ce gouvernement s’agissant des droits des enfants ? » se demande-t-il.

Selon le député ce projet de loi « n’était pas nécessaire » et souligne qu’il aurait préféré le Disability Bill. « Il nous faut une loi-cadre qui protégera les droits des handicapés », dit-il. Reza Uteem estime que « des enseignants doivent être formés pour travailler avec des enfants handicapés ». Et d’ajouter qu’il « faut aussi revoir le budget offert » aux écoles spécialisées.