Branle-bas de combat à Rodrigues en cette fin de semaine, notamment au sein de la force policière. Un trafic de Proxies en vue du scrutin du 10 décembre prochain pour les prochaines élections générales fait actuellement l’objet d’une enquête de haut niveau, confiée au responsable du CID de Port-Mathurin, le Sub-Inspector Rangasamy. Du côté de la Commission électorale et de l’Electoral Supervisory Commission, on affirme suivre avec intérêt le déroulement de cette enquête et attendre les conclusions pour entériner des mesures correctives subséquentes selon les dispositions de la Representation of the People Act. Par ailleurs, la Commission électorale a déjà posté sur son site internet une copie du Code of Conduct for the National Assembly Legislations 2014 en vue du  Nomination Day de lundi.
Des recoupements d’informations effectués par Le Mauricien, les hommes de la CID de Port-Mathurin ont interrogé deux Rodriguais, qui étaient en possession de Proxy Forms à être soumis au Chief Clerk des Police Headquarters de Camp-du-Roi. Dans le premier cas, un pompier de Rodrigues a déposé au bureau du Chief Clerk une enveloppe contenant une vingtaine de Proxy Forms signés au nom des policiers, qui ne pourront pas se rendre dans les bureaux de vote vu qu’ils seront de service le 10 décembre prochain.
Dans le second cas, le frère d’un politicien a effectué le même exercice avec des Proxy Forms au cours de ces derniers jours. L’enquête de la police vise à déterminer si ces Proxies n’ont pas été achetés par des candidats aux élections générales contre le paiement d’une forte somme d’argent. Les deux Rodriguais concernés ont été longuement entendus sur leurs liens de parenté avec les bénéficiaires directs des Proxy. L’un d’eux était accompagné de son homme de loi, Me Chen Lyle Lamvohee. Ils ont pu rentrer chez eux après avoir fourni des explications en attendant la suite de l’enquête policière.
Un autre réseau de “trafiquants d’élections” est également à l’oeuvre à Rodrigues ces jours-ci. Des électeurs économiquement vulnérables sont en effet ciblés par des agents politiques. Une somme de Rs 2 000 est proposée à chacun d’entre eux contre la remise jusqu’au lendemain du vote de toutes pièces d’identité, dont l’ID Card, le passeport, le permis de conduire ou le Bus Pass. De ce fait, ils ne seront pas en mesure d’aller voter pour les candidats de leur choix le 10 décembre.
Les dirigeants de l’Alliance Sov Rodrigues, soit le leader du Front Patriotique Rodriguais Johnson Roussety et celui du Mouvement Militant Rodriguais Christian Leopold, ont attiré l’attention des autorités sur ce scandale, constituant un déni de démocratie. Lors d’un point de presse en début de semaine, Johnson Roussety avait mis en garde les fonctionnaires, dont des policiers, qui pourraient être tentés de monnayer leurs Proxy Forms pour la somme de Rs 3 000 en moyenne.
Johnson Roussety est allé encore plus loin dans ses allégations en demandant au Divisional Commander de la police à Rodrigues d’assumer ses responsabilités en cette période électorale. « Ena ene parti qui fine aste 250 Proxy ek ena ene delegue ki fine gagne Rs 50 000 pou amene campagne Roche-Bon-Dieu. Sa delegue la li sou tous les jours, li fine commence bwar largan la », devait-il déclarer en substance.
Interrogé au sujet de ces allégations de nature très troublantes pour cet exercice démocratique, le commissaire électoral, qui a tenu en ligne de compte les protestations de l’Alliance Sov Rodrigues et qui a eu des consultations avec le commissaire de police, Dhun Iswur Rampersad, dit prendre « très au sérieux ces allégations autour des Proxy Forms ».
D’ailleurs, après des consultations approfondies pendant la journée, la Commission électorale et l’Electoral Supervisory Commission ont émis un communiqué soulignant que les délits de “bribery” et de “treating” sous la Representation of the People Act sont sanctionnés par des peines sévères. « The Electoral Supervisory Commission and the Electoral Commissioner have taken cognizance of certain reports in relation to the alleged misuse of proxy papers in Rodrigues. It is understood that the matter is being enquired by the police. The Electoral Supervisory Commission and the Electoral Commissioner have asked for a full report from the Commissioner of Police in the latter and will take such action as the circumstances warrant », note le communiqué officiel.
D’autre part, le code de conduite de la Commission électorale pour le scrutin du 10 décembre peut être consulté sur le site internet de la Commission. La teneur est sensiblement la même que le code pour les élections générales de 2010, avec l’élimination des “baz” des partis politiques dans les circonscriptions. La Commission électorale rappelle : « All candidates undertake to keep their election finances and expenses transparent and within the limits provided for by law. They shall at all times bear in mind the consequences of not observing the provisions governing the authorised amount of election expenditure, and in particular the criminal sanctions for non-compliance. »
A l’article 9 du code de conduite, la Commission électorale s’appesantit sur le fait que : « All candidates undertake to bring information or complaints of breaches of the laws to the relevant authorities and of the CODE to the Electoral Supervisory Commission. They undertake to report forthwith to the Police any act of illegal payment, bribery, treating, personation, illegal practice, breach of the authorised amount of election expenditure; these acts being prohibited by the Representation of the People Act. »