Le Central CID maintient la pression sur la Banque des Mascareignes, la filiale mauricienne du deuxième plus grand groupe bancaire en France, BPCE, en vue de faire la lumière sur cette troublante affaire de découverts bancaires de Rs 3,6 milliards au groupe BAI. Cette transaction, qui n’a tenu que 24 heures, le temps pour l’empire du Chairman Emeritus, Dawood Rawat, de maquiller une banqueroute caractérisée, a été exécutée le 31 décembre 2009. Compte tenu des dernières révélations de l’ancienne directrice générale de la banque BCBG, Nelly Jirari, les hommes de l’assistant commissaire de police Heman Jangi ont dressé une liste d’au moins cinq membres du Top Management de cette banque pour des convocations à interrogatoire Under Warning et d’éventuelles inculpations. À la mi-journée, le deuxième de la série, l’ancien Corporate Director de la banque, Lobine Unmole, désigné pour assumer les fonctions de General Manager à la Mauritius Housing Company, était attendu au QG du Central CID pour une séance d’interrogatoire Under Warning. De son côté, son ancien collègue au Corporate Department de la banque, Mohammad Bin Alkheez Medhi Ackbarally, 41 ans, aujourd’hui employé à la National Commercial Bank, a passé sa première nuit en cellule au poste de police de Terre-Rouge. En parallèle, les autorités sont sur le point de confirmer le plan B dans le recouvrement des placements effectués par le groupe BAI, le Warehousing formel des avoirs de Rs 4,2 milliards au sein de Britam Kenya par le Sovereign Legacy Fund étant en voie d’être institué.
En cours d’après-midi Lobine Unmole, ancien Corporate Director de la Banque des Mascareignes, qui a retenu les services de Me Gavin Glover, Senior Counsel, était attendu aux Casernes centrales en vue de prendre connaissance des allégations et accusations portées contre lui par l’ancienne directrice de la banque dans le scandale des découverts bancaires exceptionnels de 24 heures. Par le truchement de tierces parties depuis hier soir, le directeur général désigné de la MHC s’est évertué à indiquer au Mauricien qu’il n’avait rien à faire dans les Suspicious Transactions de Dawood Rawat et du groupe BAI alors que depuis lundi soir, son nom figure dans la première partie de la déposition de Nelly Jirari, cette ressortissante réunionnaise interpellée lors d’un transit à Maurice.
Compte tenu du scénario de convocations et d’inculpations provisoires adopté par le Central CID, avec la relance sur de nouvelles bases de l’opération « Daylight Robbery », Lobine Unmole subira un interrogatoire Under Warning sur les événements menant au jeu d’écriture au sujet d’un transfert bancaire de Rs 3,6 milliards sur le compte de British American Investment alors que celle-ci n’avait que Rs 1 000 de crédits sur ses comptes à la Banque des Mascareignes. Reste à savoir s’il sera soumis au même traitement que Nelly Jirari et Mohammad Alkheez Medhi Ackbarally, soit la détention policière en attendant la fin de l’audition des Prime Suspects dans le volet Banque des Mascareignes au sujet de la BAI Mega-Financial Scam.
Pour sa part, l’ex-Corporate Manager Ackbarally, qui a passé sa première nuit en cellule, devait comparaître dans le courant de la journée devant le tribunal de Rose-Hill pour son inculpation provisoire sous le délit de « Conspiracy to make a false entry in a statement of account » en infraction à l’article 109 (1) de la Criminal Code (Supplementary) Act et à l’article 97 (21) (a) de la Banking Act de 2004. Ce suspect, qui a retenu les services de Me Nicolas Henry, a catégoriquement rejeté les accusations portées contre lui dans le Done Deal du 31 décembre 2009 en faveur de la BAI. La police devait objecter à la remise en liberté provisoire de cet ex-Corporate Manager de la Banque des Mascareignes car d’autres suspects potentiels n’ont pas encore été entendus par les enquêteurs du Central CID.
Comme on le sait, à la fermeture des comptes pour l’exercice financier de 2009, la British American Investment avait bénéficié d’une injection artificielle de Rs 3,6 milliards dans le compte portant le numéro 019611000 à la Banque des Mascareignes. Aussitôt ces découverts bancaires exécutés, les fonds furent alloués comme suit : Rs 1,4 milliard sur le compte de ILSAT, Rs 1 million à BAS Holding Co. Ltd et Rs 1,2 milliard à ACRE Services Ltd pour faire accroire que ces entités étaient encore solvables alors qu’elles auraient dû être déclarées banqueroute le 31 décembre 2009. Avant la fermeture de la banque ce jour-là, la décision était exécutée « to debit the said sums from the said bank accounts of the three latter companies to the credit of British American Investment, when in fact and in truth there was not sufficient credit from the very outset in the said bank account of British American Investment ».
L’épisode de ces découverts bancaires de nature exceptionnelle, pour ne pas dire criminelle, de la Banque des Mascareignes au groupe BAI est venu remettre à l’avant-plan la vigilance professionnelle des firmes d’experts-comptables engagées dans l’audit des comptes des compagnies ou encore des professionnels dans les institutions régulatrices, dont le rôle consiste à déceler la moindre dérogation aux procédures et règlements en vigueur. Dans son Audit Presentation pour le bilan financier au 31 décembre 2010, la firme KPMG a relevé cet important mouvement en tirant la sonnette d’alarme sur cet exercice de Round Tripping (voir graphique plus loin).
Ce sera le seul point positif car pour la période 2010-2014, KPMG émettra des Clean Audit Reports pour le groupe BAI en dépit des risques évoqués à la viabilité financière des opérations lors de la présentation du 29 mars 2011. Cette fois, la firme d’experts-comptables BDO, engagée dans l’audit des comptes de la Banque des Mascareignes, pourrait être appelée à soumettre des explications au Financial Reporting Council au sujet de ce manquement. « Un mouvement de Rs 3,6 milliards ne peut passer inaperçu d’autant plus qu’un Short de Rs 10 dans un tiroir de caisse en banque est facilement relevé », fait-on comprendre dans certains milieux autorisés.
Dans cette perspective, les experts-comptables des firmes concernées ne devront pas échapper à une visite, ne serait-ce de courtoisie au QG du Central CID, pour des séances de Questioning ; au cas contraire, le dossier d’enquête sera incomplet. Les officiels de la Banque de Maurice, spécialistes des On-Site Inspections des banques commerciales, devront également rendre des comptes d’autres niveaux par rapport à cet « Gross Oversight ».
En attendant des développements sur le front des enquêtes, le dossier de Britam (Kenya), avec des avoirs de Rs 4,2 milliards au nom du groupe BAI, retient l’attention. Au vu de la chute du cours de ce titre sur la Bourse de Nairobi, soit une baisse de 43,25 % entre avril dernier et la cotation de mercredi dernier, les autorités misent sur le plan B pour sauver les meubles. Ainsi, le Warehousing des actions de Britam Kenya par le Sovereign Legacy Fund devrait se confirmer au plus tard vers la fin de cette année. Cette éventualité n’est pas écartée dans la conjoncture.
Lors d’une interview à l’agence de presse Reuters, le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, a déclaré que « we have given an option to a bank in South Africa to look for a buyer for the whole lot,… but at a price that is much higher than the level today. » A la Bourse de Nairobi, Britam (Kenya) était cotée à 15,75 shillings Kenyans, soit de loin les 28 shillings d’avril dernier quand le BAI Ponzi avait éclaté ou encore les 21 shillings escomptés par les autorités. « If this doesn’t come… then the Legacy Sovereign Fund will buy it », devait ajouter le ministre des Finances.
Néanmoins, un problème majeur reste en suspens, notamment le remboursement de la ligne de crédits de Rs 3,5 milliards à des intérêts de 3,75 % annuellement, consenti par la Banque de Maurice à la National Property Fund Ltd au 30 juin dernier. Ces fonds, qui doivent être remboursés au 30 juin de l’année prochaine, ont été utilisés pour le financement des victimes de Dawood Rawat sous le Super Cash Back Gold. La question qui se pose : comment sera assuré l’acquittement de cette dette de la National Property Fund Ltd, obtenue avec la garantie du gouvernement ?
Par ailleurs, les procédures pour le Management Contract de la clinique Apollo Bramwell ont atteint une nouvelle étape, la firme BDO fixant au 19 octobre la date limite pour la clôture de l’exercice de Request for Proposals. Une vingtaine de sociétés mauriciennes sont appelées à soumettre une série de propositions allant du « management contract and outright acquisition of land and building » de la clinique à une « Equity Acquisition » à 100 % avec différentes variantes.
Initialement, les anciens Special Administrators de BAI Co (Mtius) Ltd and Related Entities, Mushtaq Oosman et Yogesh Basgeet (PwC) avaient misé sur des recettes de Rs 2,1 milliards pour la vente de la clinique Apollo-Bramwell. Cependant, cette éventualité ne s’est jamais matérialisée, le ministère des Finances prenant la décision de procéder au rachat de clinique à Rs 1,2 milliard, plus Re 1, tout en confiant le contrôle de la clinique à la Nationale Health Care Ltd sous la State Investment Corporation. Un projet visant à transformer la clinique en un centre hospitalier universitaire en collaboration avec une université française a aussi été évoqué.
Pour en savoir davantage sur le devenir de la clinique de Dawood Rawat, il faudra repasser après le 19…