La Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP) souhaite une rencontre avec le nouveau président du conseil d’administration d’Air Mauritius, Arjoon Suddhoo, « pour ouvrir un dialogue franc et constructif » afin de mettre fin à la « discrimination » dont sont victimes les quelque 700 employés d’Airmate Ltd, une entreprise subsidiaire détenue à 100% par la compagnie d’aviation nationale.
Dans une lettre au nouveau président du conseil d’administration d’Air Mauritius en date du 11 mars dernier, la CTSP, par la voie de Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo – respectivement président et secrétaire générale –, indique que la Private Enterprises Employees Union (PEEU), qui représente les intérêts des quelque 700 employés d’Airmate Ltd, est affiliée à cette confédération syndicale. Les deux syndicalistes rappellent que ces employés ont été recrutés en 2008 pour travailler pour la compagnie d’aviation nationale, « mais qu’ils sont payés trois fois moins que ceux d’Air Mauritius pour faire le même travail et dans les mêmes conditions ». Reeaz Chuttoo et Jane Ragoo avancent que cette « flagrante discrimination » envers les employés d’Airmate Ltd est une violation de la Section 20 de l’Employment Rights Act (ERA), qui stipule, entre autres, que « work of same value should be equally remunerated ». Selon la CTSP, « il y a une impérieuse nécessité de corriger cette injustice criante envers les employés d’Airmate et nous pensons que ce problème peut être résolu à travers un dialogue franc et constructif ».
Dans une injonction logée en Cour suprême, la PEEU a contesté la décision d’Air Mauritius de céder les actions qu’elle détient dans Airmate Ltd à une tierce compagnie. « Si nous laissons Air Mauritius faire cela, nous n’aurons aucune possibilité de défendre les intérêts des employés d’Airmate Ltd, car cette dernière serait alors sous une autre administration. Heureusement que les hommes de lois de la compagnie d’aviation nationale ont pris l’engagement devant la juge de ne pas aller de l’avant avec cette décision. Ce qui nous ouvre désormais la possibilité de démontrer que la création d’Airmate n’est rien d’autre qu’une ruse pour dépouiller les employés de leurs droits légitimes », a déclaré Reeaz Chuttoo. Samedi dernier, lors d’une assemblée des employés d’Airmate Ltd au siège de la CTSP, à Rose-Hill, Reeaz Chuttoo avait qualifié Air Mauritius de « gangster de l’économie », de par la façon dont les droits des employés d’Airmate Ltd ont été lésés pour maximiser les profits de la compagnie d’aviation nationale. À noter que l’expression « gangsters de l’économie » a été inventée par Raymond Fisman et Edward Miguel dans leur livre Les gangsters de l’économie : Corruption, violence et pauvreté des nations (2008), pour dénoncer les gouvernements, bureaucrates et trafiquants qui détournent l’aide au développement et exploitent les travailleurs.
Lors de cette assemblée, leur avoué, Me Kaviraj Bokhoree, avait poussé l’explication plus loin : « Si l’on permet à une compagnie nationale comme Air Mauritius de créer une compagnie subsidiaire comme Airmate Ltd afin de confisquer les droits fondamentaux des employés, cela créera ce qu’on appelle en droit “un précédent diabolique”. Demain, toutes les autres compagnies de Maurice pourraient alors créer de telles compagnies subsidiaires pour porter atteinte aux droits fondamentaux des employés. La création d’Airmate Ltd est, pour nous, ce qu’on appelle en droit un “colourable device” pour faire des économies sur le dos des travailleurs, car, ne l’oublions pas, Airmate Ltd est le bébé du scandale de “hedging” dans le sens que cette compagnie permet à Air Mauritius de diminuer le coût de sa main-d’oeuvre. » Me Rama Valayden, Leading Counsel dans cette affaire, avait pour sa part fait un vibrant plaidoyer auprès des employés d’Airmate Ltd pour qu’ils se montrent solidaires dans cette épreuve.