La zone portuaire, considérée comme un des endroits les plus sécurisés de la capitale et de l’île, était devenue ces cinq derniers mois une véritable passoire. En effet, un réseau de contrebandiers, comprenant des employés du port avec la complicité de certains douaniers et des gardes de sécurité d’une société privée, opérait sans être inquiété. Leurs cibles étaient les conteneurs de produits frigorifiés de qualité en transbordement à Port-Louis en vue de réexportation. Le préjudice causé aux compagnies maritimes et d’assurance se monte à plus de Rs 10 millions jusqu’ici et il n’est pas exclu que la valeur des produits, dont du homard et du poisson frigorifié, augmente au fur et à mesure que l’enquête de la Port Police progresse. Une autre enquête parallèle avec la découverte d’une affaire de contrebande de légine par les mêmes officiers de police du port leur a été retirée en fin de journée hier pour être confiée au Central CID.
Ce matin, dans la principale affaire de contrebande avec des conteneurs pillés dans la zone portuaire, l’escouade de la Port Police, menée par le chef inspecteur Hector Tuyau sous la supervision de l’assistant surintendant de police Boodram, a procédé à l’arrestation de sept suspects, placés en détention policière pour les besoins de l’enquête. D’ici la fin de la semaine, une quinzaine d’autres arrestations devraient intervenir.
Les quinze suspects recherchés par la Port Police seraient des douaniers de la Mauritius Revenue Authority aussi bien que des employés du port, d’une société de gardiennage et d’une autre compagnie privée opérant dans l’enceinte du port. Techniquement, la zone portuaire où sont stockés les conteneurs de marchandise frigorifiés (Reefer) est placée sous surveillance avec des caméras installées aux endroits stratégiques.
Or, les limiers de la Port Police ont été surpris d’apprendre dans le cadre de l’enquête, qui a démarré à la fin de la semaine dernière, qu’au cours de ces cinq derniers mois, les caméras de surveillance n’avaient enregistré aucun mouvement dans la nuit. Pourtant des conteneurs ont été à moitié dévidés de leurs cargaisons.
Les premiers interrogatoires ont confirmé que les caméras de surveillance étaient trafiquées et dirigées dans d’autres directions pour que « le travail de pillage se fasse ». L’examen des enregistrements des caméras de surveillance de la société Proguard se poursuit actuellement pour établir le délit de complot dans cette affaire de contrebande contre des employés de cette société de sécurité, qui accumule les contrats dans des endroits stratégiques.
Une fois les scellés et les cadenas de ces conteneurs enlevés, les produits, dont des homards, du poisson et de l’agneau, étaient placés dans des véhicules officiellement enregistrés dans le port pour être transportés sans éveiller des soupçons. Les hommes du chef inspecteur Tuyau dressent actuellement la liste des mouvements de ces véhicules de même que des employés affectés en vue de la prochaine série d’interrogatoires et d’arrestations à partir de la fin de la semaine.
Les sept premiers suspects interpellés interviennent à la fin de la chaîne de la contrebande car ce sont principalement eux qui écoulaient sur le marché local les produits volés. L’intérêt de cette enquête policière porte sur le contrôle de la douane dans la zone portuaire. La prochaine arrestation des premiers officiers de la MRA devrait confirmer cette complicité avec les contrebandiers.
Protestations et réclamations
Cette enquête dans le port a démarré suite à la déposition d’un employé de la représentation de la Mediterranean Shipping Corporation à l’effet que les cadenas des conteneurs réfrigérés étaient enlevés pour des actes caractérisés de cambriolage puis replacés avant leur réexpédition à leur destination finale. Le choix des conteneurs indique que le cerveau derrière ce réseau est bien placé pour accéder aux bills of lading des cargaisons et au mouvement des bateaux.
Le représentant de la MSC a souligné dans sa déposition que ces cinq derniers mois, les destinataires de ces conteneurs à l’étranger, notamment des pays de la région, avaient logé des protestations et des réclamations car les conteneurs étaient systématiquement à moitié vides. Un haut cadre de la MSC fait partie des premiers prévenus interpellés.
D’autre part, en début de semaine, sur la base de certaines informations, l’escouade du chef inspecteur Tuyau en compagnie d’officiers de la MRA a effectué une descente des lieux dans les magasins frigorifiés de l’Agricultural Marketing Board de Trou-Fanfaron. Une cargaison de légine, un poisson dont la pêche est contrôlée, y a été découverte. Les 735 kilos de légines mesurant en moyenne 15 centimètres de long, appartenant à la société Inoco Co Ltd, ont été placés sous scellés pour les besoins de l’enquête.
Hier après-midi, les démarches entreprises par la Port Police auprès du laboratoire du ministère des Pêcheries à Albion pour des analyses ont été vaines. La raison de ce refus est que les poissons avaient déjà été étêtés. Entre-temps, des directives ont été émises par les Police Headquarters aux Casernes centrales à l’effet que cette enquête soit retirée de l’autorité du chef inspecteur Tuyau pour être menée par le Central CID.
La première vérification porte sur le permis pour importer la légine. Ce permis n’est octroyé que par le Prime Minister’s Office. Avec la réception de ce dossier, le Central CID a constitué une cellule spéciale pour effectuer des descentes des lieux, procéder à la saisie des documents avec les premiers interrogatoires d’ici demain matin.