L’attente et les spéculations autour de l’organisation de l’élection partielle prévue dans la circonscription No 7 (Piton/Rivière-du-Rempart), si on regarde de plus près, pourraient placer les observateurs politiques mauriciens dans la même situation que les personnages de la pièce de Samuel Beckett, En attendant Godot. Cette pièce présente deux personnages attendant l’arrivée de Godot, qui n’est jamais arrivé. En attendant, ils s’engagent dans une discussion sur une variété de sujets. Vishnu Lutchmeenaraidoo a soumis sa démission le 21 mars dernier et a, en passant, annoncé qu’il donnera la réplique à ses détracteurs à un moment ou un autre.

Depuis, le Premier ministre, Pravind Jugnauth, n’a cessé de répéter que l’élection partielle aura bel et bien lieu. « Eleksion parsiel dan mo radar », a-t-il ainsi lancé, sur un ton amusé, mais ferme, devant le nouveau radar Doppler des services météorologiques à Trou-aux-Cerfs. Le Premier ministre a jusqu’ici adopté un ton volontairement politique, comme pour provoquer ses adversaires et les inviter à un combat politique, en préparation des élections générales, qui sont eux aussi plus que jamais dans le radar politique. Mais au-delà de cette attitude politicienne, le seul message que le Premier ministre envoie, c’est que la Constitution prévoit qu’il y ait une élection partielle quand un siège parlementaire devient vacant, sauf si, entre-temps, il y a eu une dissolution de l’Assemblée nationale.

En fait, le Premier ministre ne peut pas dire ouvertement qu’il n’y aura pas d’élection partielle, à moins qu’il ait l’intention de dissoudre le Parlement avant la publication du “writ of election”, qui doit être publié au grand maximum 90 jours après la date de la démission d’un parlementaire, ce qui dans le cas présent s’est produit le 21 mars dernier. Ce serait à l’évidence trop tôt pour lui de le faire puisqu’il doit en juin faire adopter le dernier budget et le Finance Bill de l’actuel gouvernement. À partir du “writ of election”, il peut fixer la date du Nomination Day dans un délai de 15 à 60 jours. Et à partir du Nomination Day, il dispose d’un délai de 15 à 90 jours pour organiser les élections. Au plus tard, l’élection partielle peut avoir lieu vers la fin novembre.

Le Premier ministre a par conséquent deux agendas électoraux : le premier concerne la partielle (qu’il l’organise ou pas) et le second, les élections générales. Selon les experts, entre la dissolution du Parlement et les élections générales, on dispose d’un délai maximal de 150 jours. Par conséquent, si le Premier ministre envisage d’organiser les élections générales avant la fin de l’année, il pourrait dissoudre le Parlement avant la fin novembre sans organiser les partielles. Mais s’il décide d’aller jusqu’à la dissolution automatique du Parlement, le 21 décembre, il disposera alors jusqu’à mai de l’année prochaine pour les élections. Dans lequel cas, la partielle devrait avoir lieu, même si l’élu ne siégera au Parlement que le temps de sa prestation de serment. Ce qui amène Xavier-Luc Duval à dire que cela relèverait « de la folie » alors que les autres dirigeants de l’opposition, eux, préfèrent parler de gaspillage de l’argent public.

En maintenant le suspense autour de l’organisation de la partielle et des élections générales, le Premier ministre affirme indirectement une de ses plus importantes prérogatives, et qui constitue une arme redoutable, non seulement par rapport aux membres de son gouvernement et de la majorité parlementaire, mais également vis-à-vis de l’opposition : il est le seul à pouvoir décider de la date des élections au moment qu’il considère être le plus approprié pour lui ou son parti.

En attendant les prochains rendez-vous électoraux, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts. Les différents partis politiques mobilisent actuellement leurs partisans à travers l’île en vue du prochain rendez-vous, le meeting du 1er mai, qui devrait permettre de se faire une idée des différents mouvements et des différentes forces politiques actuellement en présence dans le pays.

Jean Marc Poché