Une vingtaine de poètes et de dramaturges mauriciens ont répondu présents à l’invitation de Lalit jeudi dernier au siège de Lalit, à Grande-Rivière Nord-Ouest. Cela pour participer au grand après-midi de poésie en soutien à l’écrivain palestinien Ashraf Fayadh, réfugié en Arabie Saoudite et qui a été condamné à mort pour apostasie par la justice de son pays d’accueil. Un après-midi émouvant qui s’est poursuivi par une discussion sur la situation des réfugiés dans le monde, le régime saoudien et la liberté d’expression, souligne Alain Ah-Vee au Mauricien.
Cet après-midi de poésie au Book Lover de Ledikasyon Pu Travayer (LPT) répond à un appel lancé par le festival international de littérature de Berlin en hommage à Ashraf Fayadh. Âgé de 35 ans, le poète a été condamné pour apostasie par la Cour de Justice saoudienne, en novembre 2015, « pour avoir prétendument tenu des propos blasphématoires lors d’une discussion de groupe et dans un recueil de poèmes. » Ce jour-là, indique Lalit, 121 séances similaires se sont tenues dans 43 autres pays.  
La séance a démarré avec une présentation d’Alain Ah-Vee sur LPT, éditeur d’un des romans de Linsey Collen qui avait été frappé par la censure et des menaces dans le passé pour blasphème. Umar Timol a ensuite récité un de ses poèmes intitulé « Les mots». Après cela, les participants se sont succédé sur scène pour lire des textes écrits par Ashraf Fayadh et dont la majorité provient d’« Instructions within », publication à la base de la condamnation de l’écrivain.
En français, en anglais et en créole, les textes ont été lus en fonction des traductions ou des adaptations existantes ou proposées pour l’occasion. Pascale Nadal, Helina Hookoomsing, Tania Haberland et Gaston Valayden ont lu « Frida Kahlo’s Moustache » à quatre voix sous forme théâtrale. Ont également participé à cette soirée : Norman Tambanivoul, Vincent Pellegrin, Noor Adam Essack, Vijay Naraidoo, Alain Fanchon, Aqiil Gopee, Yusuf Kadel, Sarah-Jane Naraina, Begum Bedulla, Indranee Canthiram and Anne-Marie Joly.
Sedley Assonne a, quant à lui, lu une traduction en créole du texte « The seeds » écrit par le journaliste Fawaz Turki, une autre victime de « la politique de répression saoudienne. » Dini Lallah a choisi un extrait de « The Wing of a lost bird », écrit par la journaliste et auteure pakistanaise Feryal Ali Gauhar, dont le fiancé, un Palestinien, a été tué dans un crash d’avion en 1992, alors qu’il pilotait Yasser Arafat. Henri et Marie-France Favory ont clos cette première partie de la soirée avec un long extrait d’« Instructions within », traduit en créole.
Par la suite, Lindsey Collen a fait un récapitulatif de l’organisation de cet événement qui a permis de porter la réflexion sur un certain nombre de sujets : l’importance des travaux d’artistes et de poètes dans la société, l’existence de la peine de mort en Arabie Saoudite et ailleurs dans le monde, l’importance d’« equitable judicial proceedings », la liberté d’expression et de conscience, la vie précaire des réfugiés et surtout celle des millions de Palestiniens, qui ont cherché refuge en Arabie Saoudite et « finally the impunity with which the Saudi regime flaunts human rights, supported as it has been and still is by the US and its allies. » Les discussions, fait ressortir Lalit sur son site internet, ont aussi porté sur la necessité « to get Saudi Arabia suspended from the UN Human Rights Council, and the importance of stopping the Mauritian Government’s setting up an Embassy in Riyadh, as Minister Soodhun has announced it will do. »