Deven Maulloo, consultant international en matière d’énergie renouvelable, est d’avis que la démarche d’utiliser les terres agricoles abandonnées par les planteurs à des fins de production d’énergie renouvelable est mauvaise « car il y va de la sécurité alimentaire du pays ». Il suggère l’utilisation des milliers de toits qui sont disponibles dans le pays sur lesquels, selon lui, on peut produire une centaine de MW d’électricité à partir du solaire.
« Ceux qui n’ont pas les moyens pour investir dans de tels projets peuvent louer leurs toits à d’autres », déclare Deven Maulloo, qui déplore le silence des autorités agricoles face à la démarche d’abandon des terres agricoles. « Beaucoup de personnes croient que le projet de ferme photovoltaïque sur les terres agricoles va leur rapporter beaucoup d’argent. Ce n’est pas vrai. C’est en cultivant leurs terres qu’ils vont gagner de l’argent. Quant à l’électricité renouvelable, il faut la produire sur les toits et la vendre au Central Electricity Board (CEB) d’après un plan amélioré que celui proposé aux petits producteurs, il y a quelque temps ». Selon lui, il y aurait environ 250 000 bâtiments qui disposent de toits plats adéquats. « Je pense ici aux hôtels, aux usines, aux grandes maisons, aux écoles et autres. Un tel projet n’a aucune incidence sur la terre. Or, il nous faut entre trois et quatre arpents de terre pour produire un MW d’électricité en photovoltaïque », fait-il ressortir. Ce qui devrait aussi permettre à beaucoup plus d’individus de produire de l’énergie renouvelable.
M. Maulloo ajoute que beaucoup de personnes pensent aujourd’hui que le pays a un besoin immédiat d’énergie photovoltaïque ou éolienne. « Le réseau que nous avons à Maurice a fait ses preuves, il nous donne notre électricité 24 heures sur 24. Il est efficient et fait tourner notre économie Nous n’avons pas eu de trop gros problèmes avec notre réseau ». L’introduction d’une énergie renouvelable intermittente, dit-il, risque de perturber le réseau. « Notre pays est petit et il y a des risques si on introduit trop d’énergie renouvelable sur un réseau ferme », souligne notre interlocuteur. « Le photovoltaïque ne peut offrir que quatre à cinq heures d’électricité par jour. Son coefficient est de 1:6. Alors, qui va combler les 5:6 qui manquent ? Car il faut savoir que la photovoltaïque ne peut couvrir 100 % de notre demande. Comment bâtir et développer notre économie avec si peu d’électricité ? » dit-il, avant d’ajouter que le pays aura besoin d’un back-up en énergie ferme.
S’agissant du stockage d’énergie, Deven Maulloo avance que la technologie n’est pas encore au point et n’a pas encore fait ses preuves. « Qui investira dans une unité de stockage qui ne produit pas de l’énergie par elle-même ? Il y a aussi un coût pour faire opérer cet équipement et finalement, comment va-t-on se débarrasser de cet équipement lorsqu’on ne pourra plus l’utiliser ? On va polluer le pays ». Pour lui, le stockage d’énergie est un luxe que seuls les riches individus peuvent se payer. M. Maulloo travaille avec un groupe de consultants en matière d’énergie renouvelable basé en Grande Bretagne. Il a déjà complété une dizaine d’études pour certains pays en Afrique, dans les Balkans et en Inde.