Avec la situation économique dans la zone Euro, qui ne donne quasiment aucun signe de redressement, les dernières analyses de Statistics Mauritius, publiées en cours de semaine et consacrée à une radioscopie du chômage à Maurice en ce début d’année, sont révélatrices à plus d’un titre. Le fait global est que depuis 2008, la tendance est de nouveau à la hausse pour le chômage, soit de 7,2% en 2008 à 7,9% à la fin de 2011, performance qui est encore inférieure à la pointe de 9,6% en 2005. L’une des principales craintes exprimées jusqu’ici est que l’un des premiers indicateurs socio-économiques, qui pourrait être affecté dans la durée avec la profonde crise économique ébranlant l’Europe reste le chômage, même si le National Resilince Package de Rs 7,3 milliards du Budget 2012 a pour objectif de parer à toute éventualité sur le plan du chômage.
Sur une population active de 582 800 à la fin de l’année dernière, le nombre de sans-emplois enregistrés est de 46 100, soit un taux de 7,9% par rapport aux précédentes années. L’analyse de Statistics Mauritius dans le cadres des données compilées pour les besoins du Continuous Multu-Purpose Household Survey 2011 confirme que les femmes sont davantage affectées par le fléau du chômage que les hommes. Le taux de sans-emplois féminins est plus conséquent que la moyenne nationale, soit 12,5%, alors que chez les hommes, il est inférieur, 5,2%.
Cette surreprésentation féminine se retrouve dans toutes les tranches d’âge, car les femmes constituent 59% des chômeurs, soit plus de 8 500 que les hommes. Le chômage touche plus particulièrement les femmes âgées entre 20 et 34 ans. De ce fait, la moyenne d’âge de la femme en quête d’un emploi est de 31,8 ans, soit une année de mois que chez les hommes.
« The change over time was smoother for male than for female. Female unemployment rate increased to attain a peak in 2005, after which it declined till 2009 when it took an upward trend and then declined again in 2011. The disparity between male and female unemployment rate was higher in 2011 than in 2011 », avancent les analystes du ministère des Finances.
Mais ce qui est encore plus grave, c’est que le taux de chômage est plus élevé chez les jeunes. Les statistiques officielles confirment qu’au moins un jeune âgé de moins de 20 ans sur trois est inscrit au chômage avec plus de 17 000 de sans-emplois qui sont dans la fourchette d’âge de 16 à 24 ans, alors que le nombre de chômeurs âgés de 40 à 65 ans se monte à 9 700.
Les jeunes filles de moins de 20 ans arrivent plus difficilement aujourd’hui à se faire embaucher, car elles représentent presque la moitié, ou plus exactement 48,1%, de chômeurs dans cette tranche d’âge
« The disparity between male and female unemployment rate was highest in the lower age group ; the difference was nearly 22 percentage points among the unemployed below 20 years and around 2 percentage points among those aged 50 years and above », note ce rapport de Statistics Mauritius, disponible depuis cette semaine.
A ce stade, une majorité de chômeurs sont des célibataires. La principale source de soutien des sans-emplois reste la cellule familiale avec dans 48 % des cas, des parents assurant les besoins élémentaires et quotidiens dans 35 % d’autres cas, cette responsabilité devant échoir sur les épaules du conjoint ou de la partenaire.
Presque 7% des hommes sans travail bénéficient de l’aide de leurs parents, alors que plus d’une femme sur deux en situation de détresse professionnelle peuvent s’appuyer sur les épaules du conjoint. D’autres formes d’encadrement émanent d’autres membres de la famille, de l’épargne et de l’assistance sociale.
Le tableau sur le plan académique révèle que deux chômeurs sur trois, soit quelque 27 700, ne détiennent pas de School Cerificate, un sur cinq (19%) n’a pas décroché le Certificate of Primary Education (CPE) de la fin du cycle primaire. Les chômeurs détenteurs du School Certificate (SC) et du Higher School Certificate (HSC) sont respectivement de 17% et de 7%.
Attention, aussi grave que cela puisse paraître, 16% des sans-emplois, soit 7 200, dont 4 200 de sexe féminin, recensés par les autorités sont des détenteurs de diplômes et degrés obtenus après des études universitaires.
Le paradoxe reste que les femmes à la recherche d’emplois sont des fois plus qualifiées que les hommes. 42% d’entre elles ont décroché leur School Certificate contre 38% chez les hommes. Mais dès que l’on monte en grade sur le plan académique, elles perdent cet avantage : « A slightly higher proportion of unemployed men (16%) attained tertiary level education as compared to unemployed women (15%). »
La durée minimale de chômage pour toutes les tranches d’âge est de cinq mois avec au moins 40% des chômeurs ayant à subir cette attente. Force est de constater que la durée moyenne de chômage est de 13,8 mois pour les deux sexes confondus avec un important préjudice pour la femme-chômeur. Celle-ci passe en moyenne 16 mois pour chercher du travail, alors que les hommes ont un peu plus de chance avec 10,7 mois pour pouvoir décrocher un job.
« The proportion unemployed for less than six months was highest among those aged under 20 years while the proportion unemployed for less than 24 months was highest among those in the upper age groups », commente le rapport.
Deux-tiers des adultes en quête d’emplois ont des expériences professionnelles. Les pertes d’emplois sont plus importantes dans le secteur tertiaire, car 55% de ceux qui ont de l’expérience viennent de ce créneau, plus spécifiquement le commerce en gros et au détail, malgré la multiplication de grandes surfaces et de complexes commerciaux à travers l’île et dans la restauration.
« Another 40% had worked previously in the secondary sector, mainly in manufacturing followed by construction », ajoute le document et les 5% restants dans le domaine agricole suite aux différents Voluntary Retirement Schemes dans l’industrie sucrière au cours de ces dernières années.
Pour les besoins de leur reconversion, les chômeurs privilégient davantage des postes à plein temps que du travail à mi-temps. Des possibilités d’emplois dans le service civil restent très prisées pour ceux en quête d’emplois, car 78,7% en font leur priorité aux dépens d’autres débouchés. Moins d’un sur deux est d’accord pour un emploi à temps partiel : « The proportion who would accept a job below or outside their level of qualification or training was around 48% ».
Les secteurs d’emplois les plus prisés par ceux en quête d’emplois sont le secteur manufacturier, la construction, l’hôtellerie, la restauration et l’administration publique. Par ailleurs, un chômeur sur 20 qui s’est vu offrir un emploi a rejeté l’offre avec pour principales excuses l’éloignement du lieu de travail, ses salaires pas suffisamment intéressants, ou encore des heures irrégulières de travail.
Un indicateur, qui mérite que l’on s’y penche, est le fait que 18% des chômeurs n’écartent pas la possibilité de démarrer leurs propres entreprises. Les statistiques officielles expliquent que le nombre dans cette catégorie se monte à un peu plus de 15 000. Les lignes d’activités économiques présentant des attraits particuliers à ce chapitre sont la manufacture, le commerce et la restauration.
L’absence de fonds pour le démarrage représente une des contraintes majeures dans cette démarche d’entrepreneuriat. « Only 9% of the job seekers tried to set up their own business and more than half of them reported that the main problem faces was lack of funds », concède Statistics Mauritius.
L’autre volet de ce rapport rédigé au nom du ministère des Finances touche à la population active de 536 700 personnes. « The workforce comprised around twice as many as women and was concentrated in the age group 30 to 50 years. The mean age of a worker was 40,5 years for ames and 39,2 years for females ». 17% de la population active sont engagés dans le secteur du Self-Employment.
Les autres principales caractéristiques du monde du travail sont les suivantes : la durée moyenne de la semaine de travail est de 41,7 heures avec 45,4 heures pour les employés et 42,3 heures pour les employés, alors que celui qui est à son propre compte ne consacre que 37,9 heures à des activités professionnelles pendant la semaine ; la moyenne des salaires pratiqués sont de Rs 14 700 par mois pour un employé contre Rs 24 600 pour un employeur et Rs 10 300 pour celui qui est à son propre compte ; les salaires les plus élevés sont pratiqués dans le secteur tertiaire, soit Rs 16 300 par mois, dont Rs 18 800 pour les hommes et Rs 12 500 pour les femmes, dans le secondaire avec Rs 11 700, soit Rs 13 200 pour les hommes et Rs 7 400 pour les femmes et Rs 10 100 dans le secteur primaire, soit Rs 11 400 pour les hommes et Rs 6 200, confirmant qu’il y a du chemin à parcourir avant mettre en pratique le principe d’Equal Pay for Equal Work.
En conclusion, ce rapport sur le chômage et l’emploi souligne l’importance de plus en plus accrue du secteur tertiaire, soit presque 100 000 emplois de plus en dix ans : « Over time, the tertiary sector has become increasingly important in terms of employment. From 2001 to 2011, employment in this sector rose from 245 800 to 340 600. Its share over total employlent also increased from 52% to 63% ».
Par contre, le secteur primaire, notamment les activités agricoles, a enregistré une baisse de 57 300 à 44 500 et la même tendance dans le secondaire de 172 500 à 151 600, en raison principalement de la restructuration manufacturière.